Subsonica et « la vitesse supersonique de notre époque »

Article publié le 5 avril 2012
Article publié le 5 avril 2012
C’est en Suisse, dans le canton du Tessin, qu’a démarré la tournée européenne des Subsonica. Le groupe musical turinois remplit les stades de toute l'Italie depuis maintenant quinze ans avec son combo d’électro, de dance, et de pop-rock. « L’Istantanee Tour », après Berlin et Bruxelles, passait par Londres (27mars, Koko Club) et Paris (28 mars, La Bellevilloise).
Quelques jours après le début de ce qu'ils appellent leur « retour en piste », nous vous présentons leurs chansons dédicacées aux plus belles villes d’Europe.

« Bruxelles: "Strade" ('routes'), parce que c’est le carrefour d’une Europe qui grandit avec difficulté.Paris: "Istrice" ('porc-épic'), c'est la chanson dédiée à notre ville de Turin (où le groupe s'est formé en 1996), que beaucoup qualifient de " petit Paris".Barcelone: "Onde quadre" ('ondes carrées'), pour l’onde sonore triturée par le synthé.Berlin: "Ali scure" ('ailes sombres '), car il ne faut pas oublier le passé pour construire l'avenir. Londres : "Il diluvio" ('le déluge'), puisque la vague de protestation a aussi gagné ses rues, désormais plus proches de nous, alors qu’elles ne semblaient incarner qu’un futur fantasmé.Madrid: "Istantanee" ('instantanés'), pour parler de la photographie de voyage mais aussi des yeux, les nôtres, observant le monde à travers un objectif. » Ce sont là les chansons-dédicaces de Subsonica pour chacune des étapes européennes de leur tournée, « Istantanee Tour ».

Sous des phares auréolés de monoxyde de bleu

« Nous avons eu l’immense privilège – racontent les Subsonica, au cours de l'interview – de faire de notre passion notre métier, et nous avons fait en sorte de ne pas l'oublier. » Les Subsonica sont nés en écoutant la musique des dancehall et des clubs du milieu des années 90, puis ils ont débuté avec un défi précis : reproduire avec des instruments ce que les DJ faisaient avec leurs vinyles.

De ce petit divertissement d’origine, le groupe en vit encore aujourd’hui, avec ce besoin de faire de la musique quand ils pensent avoir quelque chose à raconter, que cela soit par les mots ou par des sons. Dès le travail de studio terminé, ils sont impatients de remettre les pieds sur scène, parce que c’est là qu’ils s’y sentent le mieux. Ceux qui ont suivi les Subsonica ces quinze dernières années savent bien quelles sont les émotions que l’on éprouve juste avant leurs concerts : une forte montée d'adrénaline qui vous prépare à un étourdissant maelström de lumières, de sons et de distorsions, et qui transforme n’importe quel stade en un énorme « Discolabirinto ». Ce titre est d’ailleurs le quatrième single de l'album Microchip emozionale (1999), et la première expérience d'un clip adapté pour les personnes malentendantes (voir vidéo ci-dessous).

Mais du haut de la scène, quelles sont les évolutions qu’ils remarquent parmi leur public ? « Quinze ans, à la vitesse supersonique à laquelle notre époque avance, c’est un laps de temps énorme. Les générations se croisent et vu du podium, le spectacle est impressionnant. Au niveau des barrières nous voyons des jeunes qui devaient à peine bafouiller "maman" quand est sorti notre premier CD, et puis plus l’on s’éloigne des premiers rangs pour se rapprocher du bloc de mixage et des gradins, plus l'âge augmente, et tout se mélange : vêtements, habitudes, comportements et styles de vie. De notre côté, sur scène, nous cherchons simplement à toujours rester nous-mêmes. » À leurs débuts en 1997 avec le single « Istantanee», les Subsonica apparurent comme une nouveauté, pour ne pas dire anomalie, dans le panorama musical italien. En faisant momentanément abstraction des sonorités, ce qui a le plus surpris, c'est leur capacité à mettre en musique des mots, des phrases et des textes improbables : « mammifère », « atmosphérique », « poussières », « nébuleuses stagnantes » ou « phares auréolés de monoxyde de bleu ».

« Le silence peut générer une grande mélodie »

« Ce qui attire dans notre musique c’est le son. On crée à partir d'un héritage musical bien plus qu’européen, je dirais mondial. La musique que nous aimons écouter vient des cinq continents. On n’a pas peur de jouer avec la voix comme si c’était un accordéon pour musique de bal, de même que nous ne craignons pas le silence qui, à l’intérieur d’une chanson, peut générer une grande mélodie. »

Quant à leur nouvelle tournée européenne, qui a commencé en Suisse le 15 mars et qui se terminait le 31 à Madrid, après les étapes au Koko Club de Londres et à La Bellevilloise de Paris, les Subsonica concèdent que : « C'est génial de réaliser que tu es en train de vivre ce que tu aimes le plus, devant le public d'un autre pays, et que tu le fais aussi devant des milliers d'Italiens qui, pour une raison ou une autre, choisissent de vivre à l'étranger. Ça te fait réfléchir sur la différence entre les frontières d’un État et les propres limites de l’homme face à sa vie. »

Plus de dix ans après leurs premiers concerts internationaux, ils ne sauraient pas cependant en désigner un plus important que les autres. « Parmi les dates mémorables il y a certainement Osaka, au Japon, la première fois que nous ayons changé de continent, puis le premier sold-out à Londres et à Barcelone, et la première fois où nous avons vu notre nom en tête d'affiche à Los Angeles, dans un des "clubs" historiques de la musique mondiale. Et parmi les prochaines étapes, n’importe quel endroit du monde où nous ne sommes pas encore allés : l'Inde, la Chine, la Russie, tous ces endroits que nous n'avons pas encore vus et dont nous ne connaissons pas encore la jeunesse passionnée, le moteur de toute musique. »

Photos : Une textez © Pasquale Modica, grâce à la courtoisie de © la page Facebook de Subsonica; Vidéo: 'Istrice', subsonicavevo/YouTube; 'Discolabirinto', emimusic/YouTube.