StudiVZ : un annuaire trop rentable ?

Article publié le 12 décembre 2006
Article publié le 12 décembre 2006

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Le StudiVZ, un annuaire virtuel étudiant, est considéré outre-Rhin comme un grand succès du web 2.0. Mais ploie sous le feu des critiques.

Tout avait pourtant si bien commencé. En 2005, trois étudiants allemands, Ehssan Dariani, Michael Brehm et Dennis Bemmann décident de lancer un réseau social étudiant sur Internet : le StudiVZ [abréviation de ‘Studentenverzeichnis’ pour annuaire étudiant]. Sur cette plate-forme web, chaque étudiant a la possibilité de s’inscrire, de créer sa page personnalisée, de communiquer avec d’autres étudiants et même de fonder un groupe. Un projet qui correspond parfaitement à la déferlante du web 2.0 ou l’Internet deuxième génération, incarnée par les géants communautaires MySpace ou YouTube.

En à peine un an, près d’un million d’étudiants allemands s’inscrivent au StudiVZ, le site devient la coqueluche des médias et remporte le concours du meilleur site web ‘Online-star'. L’annuaire étudiant se décline bientôt dans toute l’Europe : des copies du site sont créées en France, en Pologne, en Italie et en Espagne. Voilà pour la success story officielle.

Version officieuse

Le côté obscur du projet a lui été dénoncé par les blogeurs. Au départ, les critiques à l’égard du StudiVZ restaient anodines : l’initiative était considérée comme un clone cheap du précurseur américain FaceBook, le premier service de réseau social étudiant anglophone lancé en 2004 aux Etats-Unis. Les prestations du StudiVZ étaient jugées médiocres par beaucoup d’internautes et des spams et des publicités clandestines auraient été mises en lignes par l’équipe du site.

Péchés de jeunesse, voire erreur de débutants ambitieux. Le site n’est après tout que le fruit d’une « petite entreprise inoffensive », comme aiment à répéter ses fondateurs. Pour autant la question du modèle économique ne manque pas de susciter les commentaires. Comment se finance le StudiVZ ?

Le magnat du web allemand, Oliver Samwer, a lui-même admis avoir investi près de 500 000 euros dans le projet. Dans une interview accordée au quotidien Tagesspiegel, il annonçait que cet investissement devait avoir un taux de rendement actuariel de 25% minimum par an. Une stratégie qui ressemble fort à un business juteux. Mais ce n’est pas tout. Le groupe éditorial ‘Holtzbrinck Ventures’ aurait également placé des billes dans l’affaire, injectant près de deux millions d’euros dans le StudiVZ.

La question du retour sur investissement reste un mystère. Michael Brehm, l’un des fondateurs, a déclaré vouloir « se financer grâce à la publicité ». Une version qui ne convainc personne et surtout pas le blogueur Rainer Meyer, alias ‘Don Alphonso’, qui affirme que le StudiVZ aurait en réalité été racheté par la société éditant son grand frère américain, FaceBook.

Sans protection

Plus généralement, les critiques qui ont trait au StudiVZ concernent la question des données personnelles des utilisateurs. Un talon d’Achille commun à tous les réseaux sociaux issus du web 2.0. Ces données sont à la fois la richesse du site qui doit permettre leur échange sans pour autant perdre la confiance des utilisateurs. Aux Etats-Unis, les détracteurs du FaceBook ont prouvé que des entreprises, et même la police, pouvait avoir accès aux profils de candidats ou de suspects. Harvey Jones et José Hiram ont en outre découvert que des firmes pouvaient télécharger les profils ciblés de certains internautes.

Des accusations qu’Ehssan Dariani, co-fondateur du StudiVZ, s’empresse de démentir. « Les lois sur la protection des données personnelles sont ici en Allemagne les plus dures au monde. Et nous les respectons largement.  » Pour autant, le StudiVZ présente de nombreuses failles quant à la sécurité. Le blogueur Rainer Meyer a ainsi découvert un groupe dans lequel les 700 membres –tous des hommes- étaient appelés à s’échanger des photos de jeunes femmes, commentaires à l’appui. Sans que les intéressées, bien évidemment, ne soient au courant.

Si une telle mésaventure représente un risque pour tous les réseaux sociaux, il s’agit aussi d’un danger probablement impossible à éviter. Il est notamment reproché aux responsables du StudiVZ d’avoir sous-estimé les risques en n’informant pas suffisamment ses utilisateurs. Aujourd’hui, les gérants du site ont interdit les éléments pornographiques aux membres de ce groupe, de façon à ce que les remarques et propos sexistes ne soient plus accessibles aux internautes surfant au hasard.

Le StudiVZ ne souhaite pas pour l’instant répondre aux accusations émanant de la blogosphère, se contentant de lancer des opérations type, « Qui réalise les plus belles cartes de Noël ? » Une grande partie de la communauté du StudiVZ ignore cette affaire mais cette entreprise risque de se voir malmenée par les médias qui en ont déjà fait leurs choux gras. Entre temps, les dirigeants du StudiVZ ont réagi : le site [aujourd'hui rétablie] est longtemps resté indisponible, afin de corriger les failles à la sécurité. L’avenir dira si ces changements seront suffisants pour sauver le projet et regagner la confiance des utilisateurs.