Street Art à Florence : l'art de mue

Article publié le 23 décembre 2014
Article publié le 23 décembre 2014

La ville de Florence n’est pas vraiment connue pour l’art contemporain – et encore moins pour l’art underground. La raison ? Peut-être parce qu’elle est réputée pour être le « berceau de la Renaissance ». En réalité, l’art urbain est de plus en plus visible, même dans les vieilles ruelles florentines.

Ceux qui connaissent bien la ville connaissent certainement les endroits les plus importants de l’art urbain à Florence. Ainsi, le passage souterrain de la piazza delle Cure regroupe les chefs-d’œuvre des graffeurs de la ville qui travaillent depuis des années sur les murs du souterrain, assurant aux curieux une exposition permanente mais toujours variée. Le passage est divisé en huit galeries où, si l’on est assez chanceux, l’on peut rencontrer les artistes en plein travail. Grâce à Salvatore, ou Totò pour les intimes, l’atmosphère est encore plus particulière. Totò est une véritable légende urbaine qui s’occupe de nettoyer le passage souterrain, conseiller les passants et d’assurer un fond sonore, le tout bénévolement.

Quatre noms à retenir

Parmi les acteurs de l’art urbain à Florence, on peut évidemment citer le Français Clet, dont les œuvres ne peuvent passer inaperçues : que ce soit en marchant dans la rue ou en cherchant à garer sa voiture dans l’une des ruelles de la ville, on tombera forcément sur des panneaux de signalisation revus et corrigés par Clet. Cela fait désormais 18 ans que ce Français vit en Italie et plus particulièrement à Florence. Toutefois, on retrouve aussi sa trace à Bologne, Milan, Rome, Palerme et Londres. Ses œuvres connaissent un certain succès, notamment grâce à des collectionneurs privés européens et américains, mais elles ont également suscité la polémique en Italie. Ce dont il faut se souvenir : lorsqu’il a lancé son projet de panneaux de signalisation en 2010, Clet a installé son autoportrait dans le centre historique de Florence, au Palazzo Vecchio, laissant bouche-bée l’art contemporain italien. 

Les mystérieuses œuvres de Blub ont fait leur apparition à Florence en 2014. Au travers de ses œuvres, l’artiste cherche à répondre à la question suivante : L'arte sa nuotare? (« L’art sait-il nager ? », ndlr) Si son message n’était pas très clair au début, il connaît désormais un grand succès auprès des habitants et des touristes – on peut donc répondre : « Oui, l’art sait nager ! ». Blub reprend les œuvres d’art les plus connues, les plus grands personnages historiques, de même que les célébrités les plus populaires, auxquels il ajoute un masque de plongée et un tuba. Ainsi, si l’on se promène près du Palazzo Vecchio, on pourra croiser Les Amants de Magritte en version sous-marine. Du côté de la piazza della Passera, on restera quelque peu interdit face au profil sous-marin de Dante. Comme Clet, Blub ne s’est pas limité au centre historique de Florence. Sa nouvelle célébrité lui a permis de laisser une trace de son passage à Rome et en Espagne. Avec ses masques, Blub nous met en garde contre la crise historico-politique que nous traversons et le message est clair : lorsque l’on aura tous de l’eau jusqu’au cou, la solution (symbolique) sera de mettre un masque et de tenter de survivre. Derrière ces masques se cache peut-être une possibilité de changement.

Un autre artiste de rue qui rend folle la ville de Florence s’appelle Exit/Enter. Avec son nom, l’artiste florentin veut représenter les situations infinies qui présentent toujours une entrée comme une sortie. Ses petits hommes noirs stylisés sont nés sur le papier il y a des années, avant de le fuir et de se retrouver sur les murs de la ville. Les messages véhiculés dans les œuvres d’Exit/Enter sont toujours critiques mais simples, donc facilement compréhensibles. Chacun de nous, en les observant, peut trouver son préféré étant donné la multitude de thèmes : exit, enter, love, lost, free, contact, etc.

Enfin, Urban solid est un groupe d’artistes particulièrement talentueux, créé par deux Milanais. Ensemble, ils travaillent depuis 5 ans en 3D, en utilisant des couleurs vives de façon provocante. Ils travaillent avec des parties du corps ou avec des objets ou personnages reproduits en taille réelle. Leur but est de dénoncer l’état actuel de l’économie internationale et de provoquer le monde contemporain au travers d’œuvres d’art disséminées dans la ville. Ils sévissent à Milan, Florence et Turin, ainsi qu’à Londres, Paris et Amsterdam.                               

Initiatives pour rafraîchir la ville

Cela fait trois mois que de superbes peintures et graffitis ont fait leur apparition sur les murs, fenêtres et niches de Florence. Les œuvres du mouvement Finestra con vista ont conquis la ville et donnent ainsi aux explorateurs urbains la possibilité de découvrir de nouveaux secrets sur notre réalité quotidienne. Cette initiative a été lancée par Clet et Yan Blusseau, deux artistes français résidant à Florence et représentants de Art Mob, qui ont rassemblé 39 artistes de rue, designers et peintres pour réaliser ces nouvelles œuvres dans la nuit du 15 septembre. Grâce à celles-ci, habitants comme touristes peuvent se rapprocher encore un peu plus de l’art contemporain de Florence, qui montre une facette de la ville encore insoupçonnée. La ville n’est plus seulement le centre de la Renaissance, mais elle est aussi une étape importante pour l’art urbain. Par ailleurs, afin de permettre à un large public de découvrir ces œuvres, les artistes ont créé une carte de la ville indiquant l’emplacement de leurs travaux. 

Le mouvement Creative waste 

L'invitation à Florence de jeunes artistes locaux pour qu’ils expriment leur créativité sur les bennes à ordures de la ville a été l’une des initiatives les plus intéressantes de l’événement « Comics in Context 2014 ». L’événement, dont la Scuola Internazionale di Comics et le Portalegiovani del Comune di Firenze ont fait la promotion, s’est déroulé dans le complexe Le Murate de Florence il y a quelques jours. En vous rendant aux adresses suivantes, il est certain que vous verrez les bennes « les plus contemporaines d’Italie » : viale Lavagnini 54, via Pratese 50, lungarno Cellini 61, viale Giannotti, via dei Magliabechi, piazzale Porta Romana (le boulevard où se situe l’entrée de l’Institut d’art), via Forlanini (près de la cantine universitaire), via Baccio da Montelupo (du côté du siège social de la société Quadrifoglio).

Évidemment, tous les habitants de Florence ne se réjouissent pas du travail de ces soi-disant artistes (selon leur propre mot). Ainsi, ils sont nombreux à considérer l’art urbain comme un dommage causé à la vieille ville. Selon eux, Florence devrait rester pour toujours telle qu’elle est, sans montrer aucun signe de vie ni aux touristes ni aux talentueux artistes de rue italiens et étrangers. Pourtant, les artistes ont pris leurs précautions. Par exemple, ceux de l’initiative Finestra con vista n’ont pas travaillé sur les vieilles pierres et ils ont veillé à créer des œuvres qui peuvent être effacées ou enlevées facilement. Il n’empêche que ce n’est pas facile de convaincre les gens que l’art urbain peut être appelé de la sorte sans l’emploi de guillemets. Parmi les œuvres les plus critiquées, on retrouve l’une des créations de Clet, qui a utilisé un mur avec des niches et des fenêtres pour représenter un visage ayant la bouche ouverte : comme s’il s’agissait d’une porte, deux silhouettes noires et de profil courent pour sortir de cette bouche. Le tout se trouve sous un tabernacle où un crucifix est peint. Cette œuvre, ainsi que d’autres, ont été considérées comme irrespectueuses d’un point de vue religieux et spirituel.    

Pendant ce temps-là en Belgique…                             

Depuis quelque temps, une exposition très intéressante a commencé dans la Galleria Cappelleschi de Knokke-Heist, en Belgique, consacrée justement à l’art urbain italien. Les œuvres présentées afin de montrer la diversité de l’art urbain en Italie sont celles dont nous venons de parler. L’exposition se termine le 4 janvier 2015, il vous reste donc encore un peu de temps pour visiter la galerie. Après tout, cela n’arrive pas souvent de pouvoir observer ces précieuses œuvres lors d’une exposition !

Voir : l’intégralité de la galerie photographique, rendez-vous sur le Flickr de Cafebabel Florence.