Strasbourg vs. Bruxelles : à quand la fin de cet éternel combat?

Article publié le 25 juillet 2008
Article publié le 25 juillet 2008
Strasbourg, le 22 juillet 2008 Par Kerstin Acker Strasbourg est sans nul doute une ville où bat le cœur européen, l’origine de l’esprit européen. Mais Strasbourg peut-elle encore justifier son statut de capitale européenne ? Les détracteurs sont de plus en plus nombreux.
Et ils se font notamment entendre autour de la question du maintien du siège du Parlement, bataille ô combien symbolique. Doit-il accomplir l’ensemble de ses travaux à Bruxelles ? Les pétitions se multiplient, la contestation s’organise.

En face, la réaction s’est fait attendre. Mais elle est là et bien là. L’association « One city », fraîchement créée sous le parrainage de la députée Brigitte Fouré (PPE-DE) et sous la présidence de Pierre Savreux et Fabrice Hinschberger (tous les trois d’Amiens) s’est donnée pour but de « regrouper l’intégralité des activités du Parlement européen (administration, sessions, commissions…) à Strasbourg ».

Mais cette initiative suffira-t-elle à faire taire les contestations ?

L'initiative one-city fait réponse à la pétition lancée par Margot Wallström pour un siège unique du Parlement européen à Bruxelles: retrouvez le site One-City et son groupe sur Facebook.

Une pétition adressée au grand public

Marqués par « la tentative de hold up institutionnel dont Strasbourg est victime depuis plusieurs années », les fondateurs de l’association « One City » ont lancé une pétition qui invite les citoyens européens à signer leur initiative. Il faudrait un million de signatures pour qu’elle puisse être remise à la Commission des Pétitions du Parlement européen et prise en compte.

L’objectif de la pétition : « faire respecter le traité » selon lequel le siège unique du Parlement européen se trouve à Strasbourg ; car « on ne peut pas y toucher, sauf si le départ du siège fait l’unanimité » !

Les arguments de l’association pour le siège parlementaire unique à Strasbourg sont simples: « Strasbourg incarne une certaine conception de l’Europe : l’Europe des peuples, l’Europe de la démocratie, l’Europe des droits de l’Homme ; et lorsque le monde regarde cette Europe, il regarde vers Strasbourg et non vers Bruxelles !», s’insurge avec conviction Pierre Savreux, l’un des deux coprésidents de l’association One City. « Si le Parlement Européen quitte Strasbourg, l’Europe perdra ce qui fait aujourd’hui son originalité, ce qui est attractif, ce qui est original. On ne peut pas perdre ça!», ajoute son associé, Fabrice Hinschberger. Selon eux, cette pétition est absolument nécessaire pour « mettre fin au grignotage insidieux de Bruxelles sur Strasbourg ».

« Strasbourg, source de l’Union européenne »

En terme d’institution, Strasbourg est une capitale de l’Europe : on y trouve entre autres le Parlement européen, le Conseil de l’Europe et la Cour européenne des Droits de l’Homme. Elle joue un rôle considérable dans la communication européenne en suivant les idées modernes de la démocratie et des Droits de l’Homme. Strasbourg est aussi une ville à l’histoire unique, symbole de la réconciliation franco-allemande: quelle autre ville pourrait prétendre avoir changé quatre fois sa « nationalité » en moins d’un siècle ?

« On n’est pas anti-Bruxelles, mais aujourd’hui il faut bien reconnaître que le côté cœur de l’Europe à 27 et peut-être un jour à 33 doit revenir à la source, et Strasbourg est la source de l’Union européenne grâce à la réconciliation franco-allemande », précise Pierre Savreux.

Si le lancement de la pétition « One City » a du succès et si le but du siège unique du Parlement européen a Strasbourg devait se réaliser, beaucoup de choses deviendraient finalement plus claire et facile. L’association veut réaliser « une modernisation du dialogue au sein du triangle institutionnel tout en assurant la synergie et les contrôles nécessaires entre Commission, Conseil et Parlement ». Cela inclut entre autre une dématérialisation, la possibilité de vidéo-conférences, ou bien la représentation permanente de la Commission et du Conseil européen à Strasbourg.

Finalement il ne faut pas oublier qu’en regroupant l’ensemble des activités du Parlement européen en un siège à Strasbourg, on donnera à l’institution démocratique par excellence de l’UE, un lieu clairement identifiable pour tous les citoyens de l’Union : ils verront Strasbourg comme leur capitale où bat le cœur de l’Europe. « Personne ne conteste à Francfort son statut de siège de la banque centrale européenne, personne ne conteste à Bruxelles son statut de siège de l’exécutif européen et c’est la même chose avec le Luxembourg ! Pourquoi devrait-on remettre en cause le statut de Strasbourg ? » s’ étonnent en choeur les deux présidents de l’association.

Parallèlement, l’association souhaite profiter de cette période de présidence française pour faire entendre ses revendications : « c’est l’occasion de remettre ce débat sur le devant de la scène médiatique ! »

Face à une Europe souvent présentée comme technocratique, Strasbourg constitue pour l’association une bonne alternative en vue de rapprocher l’Europe des peuples, « particulièrement après les votes négatifs successifs au projet de constitution et au traité de Lisbonne ». « Strasbourg incarne le côté positif de la construction européenne », parce que « qui d’autre mieux que Strasbourg peut incarner la réconciliation franco-allemande, véritable fondement de la construction européenne ? ».

L’association « One City » invite donc tous les citoyens intéressés à signer cette pétition qui sera remise à la Commission des pétitions du Parlement européen. Elle cherche également à réunir plusieurs soutiens de poids pour appuyer sa position. Des discussions ont notamment été engagées avec Catherine Trautmann (membre du PE, PSE, FR) et Bernd Posselt (membre du PE, PPE-DE, DE) dans une démarche transpolitique et transnationale.

L’association se limite pour l’instant à une action interne au Parlement européen ; elle organisera nénmoins une conférence de presse à la rentrée pour véritablement lancer l’initiative auprès des citoyens.

Une question reste néanmoins en suspens : pourquoi aura-t-il fallu attendre que l’intervention de Picards pour s’engager en faveur de la capitale alsacienne ?