Strasbourg et les droits de l'homme, une histoire de films, mais pas que

Article publié le 23 janvier 2014
Article publié le 23 janvier 2014

Les droits de l’homme ont connu tous types de supports pour leur défense : textes, chartes, actes, conventions, et déclarations. Strasbourg, à travers un festival international, a choisi le film documentaire. Le festival a pour but de faire parler de ces droits - qui paraissent acquis à la jeune génération – toujours en danger aux quatre coins du monde. 

La fin de l’an­née 2013 à Stras­bourg a été mar­quée par la mise en lu­mière des droits de l’homme. En effet, l’as­so­cia­tion Al­liance Ciné nous a pré­senté la 5ème édi­tion du Fes­ti­val in­ter­na­tio­nal du Film des droits de l’homme du 23 no­vembre au 6 dé­cembre. 25 pro­jec­tions de 16 do­cu­men­taires in­ter­na­tio­naux et lo­caux, en­ga­gés et ci­toyens sui­vis de dé­bats pré­si­dés par les réa­li­sa­teurs ou des in­ter­ve­nants en lien avec le thème se sont suc­cé­dés d’abord au ci­néma L’Odys­sée puis dans les dif­fé­rents centres so­ciaux cultu­rels de la ré­gion. Le fes­ti­val se veut être « une pla­te­forme de pro­mo­tion pour des films in­édits ou peu dif­fu­sés ayant pour objet d’in­for­mer, aler­ter et lorsque c’est pos­sible, d’in­ci­ter à l’ac­tion en ma­tière de droits de l’homme. » ré­vèle Saïda Kasmi, char­gée de la com­mu­ni­ca­tion du fes­ti­val. Les do­cu­men­taires sont tous pro­je­tés en langue ori­gi­nale sous-ti­trés en fran­çais.

Faire par­ti­ci­per le jeune pu­blic

Pour la pre­mière fois, un jury com­posé de sept jeunes de la ville de Stras­bourg a été formé dans le but de dé­si­gner le do­cu­men­taire qui tra­duit selon eux le mieux la ques­tion des droits de l’homme au­jour­d’hui et qui ré­pond le plus aux ques­tions que se pose la nou­velle gé­né­ra­tion à ce sujet. Ce do­cu­men­taire a été choisi parmi une pré­sé­lec­tion de trois do­cu­men­taires : The Boys of Ba­raka : do­cu­men­taire des réa­li­sa­trices amé­ri­caines Heidi Ewing et Ra­chel Grady au sujet du droit à l’édu­ca­tion sui­vant quatre jeunes de Bal­ti­more qui ont la chance de pas­ser deux an­nées dans une école au Kenya loin de la vio­lence. No bur­qas be­hind bars, de la réa­li­sa­trice sué­doise Ma­ryam Ebra­himi, pré­sente pour le débat, nous dé­voile la condi­tion des femmes en Af­gha­nis­tan et plus par­ti­cu­liè­re­ment celle des femmes em­pri­son­nées. Enfin le do­cu­men­taire Ceuta, douce pri­son de Jo­na­than Millet, réa­li­sa­teur fran­çais nous per­met de suivre le quo­ti­dien des jeunes hommes mi­grants vers l’Eu­rope à Ceuta, pe­tite île es­pa­gnole à la fron­tière du Maroc. Un prix sym­bo­lique a été remis à la clô­ture des pro­jec­tions au ci­néma L’Odys­sée à la réa­li­sa­trice sué­doise Ma­ryam Ebra­himi pour son do­cu­men­taire No bur­qas be­hind bars.

Les jeunes ci­né­philes de Stras­bourg ont ré­com­pensé les condi­tions dan­ge­reuses et dif­fi­ciles du tour­nage du do­cu­men­taire, ainsi que le point de vue de la ci­néaste. En effet, elle met en avant le pa­ra­doxe de la condi­tion des femmes en Af­gha­nis­tan. Les femmes sont plus libres der­rière les bar­reaux que dans leur foyer, elles y forment une com­mu­nauté, sans mari, sé­cu­ri­taire et pro­tes­ta­taire. La pri­son re­pré­sente la réa­lité de la so­ciété af­ghane : la jus­tice est cor­rom­pue, ce qui ex­plique les peines dif­fé­rentes et ar­bi­traires dis­pen­sées par les femmes, trois an­nées pour meurtre pour l’une, dix an­nées pour s’être enfui du foyer pour l’autre. Celles-ci sont dé­fi­nies par la somme que la fa­mille ou la belle-fa­mille est prête à ver­ser pour al­lon­ger la peine, due à l’at­teinte de leur hon­neur consi­dé­rant la fuite comme un crime moral. Par ce choix, le jury jeune sou­haite mettre en lu­mière la force des femmes qui néan­moins gardent le sou­rire et l’éner­gie pour ré­sis­ter à la pres­sion so­ciale et po­li­tique, pour té­moi­gner de leur ad­mi­ra­tion pour le tra­vail de la réa­li­sa­trice qui lutte contre les in­éga­li­tés et pour les droits de la femme dans le monde. Droits né­ces­saires et uni­ver­sels, rap­pe­lons-le.

Nadia Bend­jeb­bar

NDLR : La ville de Stras­bourg est par ailleurs sou­vent sur­nom­mée "ca­pi­tale des droits de l'homme" de par la pré­sence de la Cour eu­ro­péenne des droits de l'homme, ins­tance ju­ri­dic­tion­nelle veillant au re­spet de la Conven­tion eu­ro­péenne des droits de l'homme, ra­ti­fiée en 1950 par les Etats membres du Conseil de l'Eu­rope sié­geant éga­le­ment à Stras­bourg