Steve Jobs School : l'éducation avec application

Article publié le 8 mars 2014
Article publié le 8 mars 2014

La Hol­lande est-elle en train de fomenter une révolution à l'école ? À ce jour, le pays a déjà ou­vert 7 Steve Jobs School où, dès leur plus jeune âge, les élèves sont éduqués tablettes en main, à grands coups d'applications. Plongeon au sein des nouvelles pratiques d'un enseignement très tactile.

De­puis quelque temps, les ta­bleaux in­ter­ac­tifs et autres ta­blettes ont fait leur ap­pa­ri­tion dans les écoles pri­maires d’Eu­rope en tant qu’ou­tils de sou­tien aux mé­thodes tra­di­tion­nelles. Cette année, la Hol­lande est allée en­core plus loin en lan­çant 7 Steve Jobs School. L’ob­jec­tif dé­claré de la fon­da­tion 04NT (« Ins­ti­tu­tion pour une nou­velle ère ») pro­mo­trice du pro­jet est de doter les nou­velles gé­né­ra­tions de com­pé­tences né­ces­saires pour être, plus tard, com­pé­ti­tives dans un futur tou­jours plus mar­qué par le nu­mé­rique.

Les fon­da­men­taux de cette ré­vo­lu­tion di­dac­tique pré­su­mée se concentrent sur la dis­tri­bu­tion d’un Ipad par en­fant, le chan­ge­ment ho­raire des cours tra­di­tion­nels (en­core à l’étude par les ins­ti­tu­tions néer­lan­daises, nda) et la créa­tion d’une école vir­tuelle qui pren­dra la forme d'un ré­seau so­cial.

Pré­sen­ta­tion d'une des Steve Jobs School.

Se sau­ver l'in­ter­face

Le pro­gramme d’édu­ca­tion de l'as­so­cia­tion Steve Jobs fait l'ob­jet de pas mal de cri­tiques, pré­ci­sé­ment di­ri­gées contre une opé­ra­tion dé­crite comme pu­re­ment com­mer­ciale. À tra­vers le sym­bole de l'Ipad, le pro­jet me­na­çerait les écoles tra­di­tion­nelles, dé­man­tè­le­rait les bi­blio­thèques sco­laires et pro­dui­rait des épi­dé­mies de dé­mence nu­mé­rique in­fan­tile. Pour­tant, nous avons dé­cou­vert une réa­lité bien dif­fé­rente. Un ven­dredi matin plu­vieux, 6 mois après le lan­ce­ment du pro­jet, nous frap­pons à la porte de l’école De Ster – la seule d’Am­ster­dam à faire par­tie du club O4NT. L’école est si­tuée dans le quar­tier de Zui­doost  - un des ar­ron­dis­se­ments de la ville-  tou­ché par l’im­mi­gra­tion de masse.

Bart Ver­voort, le di­rec­teur, nous ra­conte com­ment le pro­jet - qu’on ima­gi­nait stan­dardisé - s’est adapté à la po­pu­la­tion sco­laire de De Ster. L’école a com­mencé par ac­cueillir des élèves âgés entre 5 et 6 ans,  en ex­hor­tant les pa­rents à por­ter un re­gard dif­fé­rent sur l'ins­truc­tion de leurs en­fants. « Nous avons dé­cidé d’agir pro­gres­si­ve­ment pour évi­ter de per­tur­ber les en­fants. C'est lié à la na­ture de notre im­plan­ta­tion qui com­porte des défis par­ti­cu­liers. Ici convergent des na­tio­na­li­tés et des mi­lieux cultu­rels dif­fé­rents. Pour l’en­fant, le prin­ci­pal défi n’est pas d’ap­prendre le néer­lan­dais, mais d’ac­qué­rir des concepts qui sont com­muns aux cultures oc­ci­den­tales mais aussi étran­gers à sa culture d’ori­gine. Notre mode d'édu­ca­tion n'est pas celui pré­co­nisé par le Ni­ge­ria ou le Ghana, par exemple. Le pro­blème prin­ci­pal ne ré­side pas dans l’Ipad, mais dans l'idée de se confron­ter à ces dif­fé­rences cultu­relles ». Certes, mais com­ment un Ipad peut-il com­bler ces dif­fé­rences ? S'il concède ne pas « beau­coup connaître les jeux vi­déos », Ver­voot pense qu'ils peuvent être un moyen de sur­mon­ter les bar­rières et de sti­mu­ler le ta­lent de ses élèves. L’Ipad d’Apple (no­tam­ment grâce à sa va­riété d’ap­pli­ca­tions, nda)  per­met d’adap­ter l’en­sei­gne­ment aux com­pé­tences, aux rythmes et au po­ten­tiel des élèves grâce à une flexi­bi­lité sans pré­cé­dent.

don't worry, be appli

On compte de nom­breuses ap­pli­ca­tions di­dac­tiques et la plu­part d’entre elles sont dis­po­nibles en néer­lan­dais grâce à la grande ex­pé­rience de la Hol­lande, un pays connu pour être l'un des pre­miers à s'être en­ti­ché des nou­velles tech­no­lo­gies. Le choix des ap­pli­ca­tions s'ap­puie sur les re­cherches me­nées au sein de l’O4NT, dans les­quelles les en­sei­gnants gardent un rôle pré­pon­dé­rant.

Ver­voort fait re­mar­quer que, com­pa­rées aux livres « les ap­pli­ca­tions per­mettent de faire des mises à jour constantes sans in­ves­tis­se­ment im­por­tant ». Mal­gré son en­thou­siasme, le di­rec­teur a tou­te­fois dé­cidé de fixer une li­mite : l’uti­li­sa­tion de l'Ipad doit se res­treindre à 30% de la jour­née de cours. En clair, l'école De Ster avance à vi­tesse contrô­lée, en res­pec­tant une cer­taine dis­tance de sé­cu­rité : le nombre d’ap­pli­ca­tions ins­tal­lées est dé­li­bé­ré­ment li­mité à un maxi­mum de 6 et les dis­po­si­tifs ne sont pas en­core connec­tés à In­ter­net. La ta­blette co­ha­bite tou­jours avec les livres ainsi que les jeux créa­tifs ins­pi­rés des mo­dèles d’en­sei­gne­ment à suc­cès comme le Reg­gio-Emi­lia ou le Dal­tron. Les deux ni­veaux d'en­sei­gne­ment « vir­tuel et tan­gible » dia­loguent avec des ré­sul­tats sur­pre­nants. « Un jour, une en­sei­gnante m’a ap­pelé pour me mon­trer les tra­vaux de 2 élèves : ils avaient construit une voi­ture à par­tir de mo­dèles pro­po­sés par l’ap­pli­ca­tion Construc­tor », confie Ver­voort.

le futur au bout des doigts

Les ob­jec­tifs à venir ? L’uti­li­sa­tion d’une ap­pli­ca­tion-référence qui per­met aux en­sei­gnants de suivre les pro­grès des élèves selon la ca­té­go­rie concer­née. Ceci, avec l’in­té­gra­tion de nou­velles classes au pro­jet et sur­tout la mise en place d’autres in­ter­faces qui im­pliquent les étu­diants dans la pla­ni­fi­ca­tion du par­cours d’en­sei­gne­ment.

La mise en œuvre com­plète du mo­dèle brandé « Steve Jobs » né­ces­site éga­le­ment une plus grande par­ti­ci­pa­tion des pa­rents. Ces der­niers mois, le di­rec­teur et les en­sei­gnants ont es­sayé de res­pon­sa­bi­li­ser cer­tains pa­rents en les fai­sant par­ti­ci­per ac­ti­ve­ment mais sur­tout, en es­sayant de les fa­mi­lia­ri­ser avec l'Ipad. Beau­coup sont ceux qui ne com­prennent pas en­core très bien le po­ten­tiel pé­da­go­gique de l'ou­til. « Nous avan­çons tou­jours avec pru­dence, afin d’évi­ter les risques et pro­té­ger la mo­ti­va­tion des en­sei­gnants », af­firme Ver­voort, en s'ap­puyant sur les ex­pé­riences les plus en­cou­ra­geantes. Pas de vraie ré­vo­lu­tion donc, ici à Zui­doost, mais un futur proche qui se des­sine gen­ti­ment. Avec le doigt.

Cet ar­ticle fait par­tie d'un dos­sier spé­cial consa­cré aux jeunes en­tre­pre­neurs en Eu­rope et édité par la ré­dac­tion. Re­trou­vez bien­tôt tous les ar­ticles à la Une du ma­ga­zine.