Stelios Elliniadis : Le monstre est toujours là, il terrorise les peuples et pille les pays

Article publié le 9 juillet 2015
Article publié le 9 juillet 2015

Le jour où sont annoncées des réformes immédiates sur les retraites et les taxes, proposées par Tsipras, nous nous entretenons avec Stelios Elliniadis, journaliste et membre du Comité Central de SYRIZA qui nous prévient que malgré les grandes avancées faites avec le soutien des citoyens, " le monstre est toujours là, il terrorise les peuples et pille les pays. "

1) Que signifie le NON du référendum pour les Grecs, et quel message envoient-ils au reste de l'Europe ?

Le vote " Oxi " est un message très fort contre l'ordre établi en Europe, sur les plans politique et économique. C'est un refus de l'austérité imposée, une déclaration d'indépendance contre des attitudes néo-colonialistes, et un rejet de l'ancienne classe des partis politiques et politiciens qui ont entraîné tout le pays vers un épais bourbier. 

2) Quelles pourraient être les prochaines étapes de renégociation de la dette afin de recevoir plus d'argent ?

Il n'y aura pas de bon accord sans une réduction généreuse de cette dette gigantesque (qui représente actuellement 180 % du PIB). L'austérité serait permanente, ne serait-ce que pour essayer de rembourser les intérêts annuels d'une dette de 330 milliards d'euros. Cela a été récemment confirmé une fois de plus par le Fonds Monétaire International. Avoir de l'argent seulement pour entretenir le faible système bancaire de la Grèce et rembourser les créditeurs augmenterait la dette, et aggraverait la récession. Et surtout, c'est le plus important, continuerait à appauvrir les gens.

La Grèce a besoin d'argent et d'outils pour relancer son économie, pas pour faire perdurer la crise actuelle présente depuis cinq ans. Dans le futur proche, avec les banques fermées depuis plus d'une semaine et les fonds qui disparaissent, la délégation grecque va devoir faire face à une pression continuelle pour se soumettre aux exigences des " institutions " européennes. Espérons que le gouvernement grec, fort de la volonté de son peuple, ne capitulera pas.

3) Quelles mesures peuvent être appliquées et lesquelles sont non-négociables ?

Le verdict du référendum est assez clair. C'est une expression très démocratique pour revenir sur des actes qui détruisent la nation entière. Mais les valeurs démocratiques, en Europe, sont appliquées de manière sélective. Même un allié devrait être condamné à mort s'il ne suit pas les ordres de la direction politique et financière de l'Europe, alors que la responsabilité des dégâts causés par les précédents gouvernements grecs revient en grande partie aux politiques infligées par cette même direction. À l'heure actuelle, je pense qu'il y a encore de grands obstacles sur la route avant de voir un réel progrès.

Les Grecs ont été soulagés de voir qu'après de grosses baisses des salaires et des retraites, le nouveau gouvernement n'a imposé aucune baisse depuis cinq mois. C'est une mesure défensive minimale. Par ailleurs, une augmentation de la TVA à 23 % sur les destinations touristiques, demandée par les créditeurs, serait un coup dur pour la seule " industrie " qui fonctionne encore en Grèce.

À cause des exigences de la Troika, l'économie grecque a subi une dé-industrialisation rapide et un repli encore plus accéléré de son secteur agricole, qui produisait des denrées alimentaires de très bonne qualité. Maintenant, nous consommons des pommes de terre venues d'Égypte, des tomates de Hollande, du fromage d'Allemagne , du lait d'Italie, de la viande de Bulgarie, des citrons de Turquie et des oignons de Pologne. C'est un génocide économiqe, social et culturel !

Pour que ses politiques soient appliquées, la direction européenne soutenait les politiciens locaux attachés à ces politiques. Cela a pris au moins vingt-cinq ans, avec une intensification depuis 2000, de pousser notre pays au bord de l'effondrement. Les banques privées et les banques de l'État prêtaient beaucoup d'argent en sachant pertinnement qu'à cause de la petite ampleur de l'économie grecque, il n'y avait aucun moyen de rembourser la dette.

Leur objectif était de prendre toute une nation en otage. La prochaine étape est de demander la rançon. Et c'est contre cela qu'on lutte. Ils possèdent déjà des biens très importants, à grande valeur stratégique, comme la société grecque de télécommunication, et ils demandent la " libération " de la compagnie grecque d'énergie, des ports et de quatorze aéroports dans les zones touristiques vitales, et ont déjà le contrôle du seul aéroport d'Athènes.

4) Ce geste de rébellion pourrait-il être perçu comme un acte irresponsable ?

Comment montrer au reste de l'Europe un acte de compromis ?

5) Récemment, la télévision et la presse ont dévoilé les horreurs des gouvernements précédents ; retraite prématurée (53 ans), faux comptes. Comment cela se fait-il que vous assumiez la responsabilité, mais pas la punition ?

Oui, c'est une rébellion si un mouvement de survie résiste, se bat contre sa propre extermination. Le gouvernement SYRIZA a fait plus de compromis que ce que le peuple estime rationnel. Et c'est une question très délicate. Le vote NON est plus radical, plus direct. Les gens demandent un traitement juste. Ils disent qu'ils ne sont pas une proie, prête à être consommée. L'ordre établi européen est entièrement responsable des marionnettes qui ont dirigé pendant tant d'années. Les conglomérats européens ont alimenté l'explosion de la corruption en Grèce.

Tous les gros scandales impliquant des politiciens grecs sont liés à Siemens et à d'autres entreprises, allemandes pour la plupart, fournisseurs de matériel pour les Jeux Olympiques, vendeurs d'armes (chars, sous-marins etc.) et d'autres biens hors de prix. Le peuple européen n'est pas correctement informé. Beaucoup pensent que l'argent a surtout été dépensé pour les retraites et les salaires, ce qui est faux. Les dirigeants politiques ont été généreux avec leurs propres cercles (hauts salaires, faux emprunts, retraites prématurées et multiples, exonérations d'impôts etc.), mais ce n'est pas le cas pour la majorité des travailleurs, qui sont maintenant sans emploi.

Plus de 1 800 000 personnes sont au chômage, quelques centaines de milliers sont à temps partiel, d'autres sont payés entre 300 et 500 euros par mois sans nombre d'heures maximum, et 300 000 commerces ont fermé. Certaines rues sont pleines de gens qui dorment sur le trottoir et beaucoup, des milliers, se sont suicidés, ruinés et déprimés. Qu'est-ce que c'est, si ce n'est un désastre complet ? Il est évident que ceux qui ont créé ce chaos sont protégés par la direction. Ils ont même été encouragés, sans honte, par les officiels européens durant la campagne du référendum. Ils veulent des serviteurs et des régimes dépendants, pas un peuple libre qui s'auto-gouverne.

6) Pensez-vous que ce geste peut représenter le début de la fin de l'Europe, ou le véritable rétablissement de ses valeurs fondatrices ?

On voit des indicateurs forts que notre " rébellion " a un certain impact en Europe. Il y a beaucoup de chemin à faire, je ne suis pas spécialement optimiste pour le moment, mais les choses commencent à bouger dans le bon sens un peu partout. Nous avons de l'espoir quand nous voyons ce qui mijote en Espagne, en Italie, chez nos voisins turcs, et dans une moindre mesure, dans la majorité des pays européens où des mouvements anti-austérité et des personnes exceptionnelles osent remettre la direction en question, car elle a brutalement dévié des valeurs collectives des Européens.

7) Varoufákis a démissionné, pourquoi ? La réaction du FMI ?

À propos de Varoufákis et du FMI, il est encore très tôt pour interpréter le départ de Varoufákis du gouvernement. En ce qui concerne le FMI, nous devons rester attentifs, mais ne pas prendre pour acquis ce qu'annoncent les officiels de temps à autre. Ils nous induisent assez souvent en erreur, volontairement.

Seuls, les Grecs ont peu de chances de retourner les politiques de la direction. Nous avons fait des avancées importantes, nous avons le soutien de la majorité de la population, mais nous avons besoin d'alliés, de beaucoup d'alliés à l'étranger. Le monstre est toujours là, il terrorise les peuples et pille les pays.

Et en parlant de terrorisme. Vous n'imaginez pas la terreur qui a été déversée par les médias controlés par des entités privées. Il n'y a aucun mot pour le décrire. Et c'est très encourageant de voir que, avec toutes les banques fermées sur décision de la Banque Centrale Européenne qui a arrêté de les financer juste avant le référendum, les gens se sont levés et ont dit très fort, malgré toutes les menaces et les chantages, " Oxi ! ".