Sri Lanka : les oubliés du Nord

Article publié le 24 janvier 2005
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Article publié le 24 janvier 2005

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Si des endroits comme Galle ou Ko Phi Phi sonnent familièrement à nos oreilles après le tsunami, la région tamoule du Sri Lanka - pourtant très touchée - est l’objet de peu d’attention de la part des médias internationaux.

Depuis des dizaines d’années, un conflit sanglant oppose Cinghalais et Tamouls, les deux plus importantes communautés de peuplement sri lankaises. Ce conflit trouve ses racines dans la période coloniale, sous domination britannique (1796-1948). Les occupants préfèrent alors clairement les Tamouls, qui ne représentent pourtant que 18% de la population totale, contribuant ainsi à poser les fondements du conflit ethnique qui prévaut actuellement. Représentant 74 % de la population, les Cinghalais, une fois l’indépendance acquise mettent en place le gouvernement.

Dans les années 1980, la situation devient extrêmement tendue : les Tamouls décident de fonder le Front Uni Tamoul de Libération (Tamil United Liberation Front, TULF), un parti qui se donne pour but la poursuite d’un Etat tamoul uni indépendant (l’Eelam tamoul). Des micros partis se forment parallèlement, comme celui des Tigres de Libération de l’Eelam Tamoul (LTTE), qui sont prêts à en venir aux armes pour fonder cet leu état. Le 24 juillet 1983, les guérilleros du LTTE exécutent 13 soldats du gouvernement sri lankais à Jaffna, déclenchant ainsi une guerre civile qui durera 17 ans. Alors qu’en 2000, le gouvernement norvégien s’interpose entre les deux parties comme médiateur, le LTTE proclame unilatéralement le cessez-le-feu et se déclare disposé à parler de paix.

Entre guerre et paix

Le processus de paix est pourtant bloqué, depuis qu’en 2003 la Présidente Kumaratunga s’est nommée elle-même à la tête de trois ministères clefs, qui étaient jusque là subordonnés à l’autorité du Premier ministre, ouvrant ainsi une crise gouvernementale. Le Premier ministre Ranil Wickremesinghe s’était effectivement montré disposé à consentir de grosses concessions au LTTE, pour lui arracher une promesse de paix. La Présidente et le Premier ministre ont persisté dans leurs positions politiques figées. C’est la perspective des élections au début de l’année 2004 qui décide la Présidente Kumaratunga à accepter une coalition avec le JVP, un parti radical pro-cinghalais. Elle peut ainsi former un nouveau gouvernement sans son ancien Premier ministre Wickremesinghe. A la veille du tsunami, la majorité politique affiche de nouveaux projets et tout laisse présager une nouvelle explosion d’affrontements civils.

Le combat autour de la distribution de l’aide internationale

Après le tsunami, les deux parties opposées donnent des signes de rapprochement. La Présidente convie ainsi le LTTE à participer à sa Task Force – bien entendu après qu’elle a présenté publiquement ce groupe majoritairement composé de cinghalais… L’organisation séparatiste tamoule, considérant cela comme inacceptable, constitue son propre groupe de crise. Et c’est ainsi qu’est gaspillée la dernière chance de rapprochement. Le soulèvement des Tamouls a en outre donné lieu à la visite de Kofi Annan au Sri Lanka. Mais, suite à des protestations émanant du gouvernement de Colombo, le Secrétaire général des Nations Unies a renoncé à un voyage initialement prévu dans la région tamoule au nord du pays. S’insinue depuis lors un combat plus amer pour le partage de l’aide internationale : des dons ont même été brûlés. Le LTTE, n’étant pas reconnu par la communauté internationale (aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et en Inde, il est même sur la liste noire des organisations terroristes), ne bénéficie d’aucune livraison directe d’aide mais juste d’une part de l’aide internationale acheminée vers Colombo. Le ravitaillement du Nord est de fait catastrophique. « Jusqu’à maintenant, on n’a reçu aucune aide et il n’y a que deux organisations internationales de secours sur le terrain », souligne Ravishankar Murugan, le représentant de l’Association des Etudiants Tamouls de France (AETF). Le fossé entre le gouvernement de Colombo et le LTTE va ainsi en s’accroissant, alors que la perspective de la paix est de plus en plus fuyante. Pour Jehan Perea, du National Peace Council au Sri Lanka « l’asymétrie entre le gouvernement du Sri Lanka et le LTTE s’est creusée. » Le gouvernement mené par Kumaratunga risque d’exploiter la situation afin d’affaiblir plus durablement le LTTE et de l’isoler de la communauté internationale. Jehan Perera poursuit : « La communauté internationale devrait conditionner l’octroi d’une aide de reconstruction au Sri Lanka à la survie du nouveau processus de paix ». Les évènements de ces dernières semaines ont distinctement montré que le gouvernement sri lankais et le mouvement séparatiste des Tamouls n’étaient pas prêts à se rapprocher. L’Union européenne et les Nations Unies devraient s’accorder sur une stratégie commune qui permettrait de faire pression, à long terme, sur les deux parties. C’est le seul moyen de surmonter l’immobilisme politique.