Soy Nero: Hollywood? Non, un no man's land au Proche Orient.  

Article publié le 25 avril 2016
Article publié le 25 avril 2016

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Soy Nero, le film de Rafi Pitts présenté à la Berlinale, propulse les spectateurs à la frontière entre le Mexique et la Californie, nous mène de Los Angeles jusqu'au Proche Orient, dans un no man's land sous occupation militaire américaine. Ce n'est que là-bas que le protagoniste peut espérer obtenir la carte verte tant désirée.  

Nero vit près de la frontière entre le Mexique et la Californie. Les jeunes jouent au volley de part et d'autre du grillage de séparation. Les bruits des hélicoptères de surveillance de la zone frontalière font partie du quotidien. Le protagoniste du film est né à Los Angeles et y a grandi jusqu'à ce que sa famille soit déportée. Il veut y retourner à tout prix et devenir citoyen américain, mais sa seule chance d'atteindre son but -une carte verte- est de s'engager dans l'armée américaine, comme l'ont fait avant lui son père, mort au combat, et son cousin, revenu blessé après sa mission.

Ses tentatives de passer la frontière américaine sont d'abord infructueuses. Un des douaniers lui demande où il a appris à parler si bien anglais. 'À Hollywood', répond Nero en souriant. Mais ce n'est pas vers cette usine à rêves que son chemin le mènera quand il finira par être admis dans le pays et à rejoindre LA en autostop. Il fait une courte halte à Beverly Hills pour y voir son demi-frère et que ce dernier lui remette un faux passeport. Il est dorénavant Jésus, ou Jesus. Et l'armée américaine envoie Jesus au Proche-Orient pour qu'il y défende un idéal de liberté, en vain, et par la force, aux côtés d'une poignée d'autres soldats.

Rêver, de loin 

Le spectateur se retrouve propulsé avec le protagoniste au milieu d'un no man's land où un petit groupe de soldats un peu perdus est censé défendre la liberté d'un pays où ils résidaient et qui se trouve à présent à des milliers de kilomètres.  De longues errances de la caméra nous donnent l'impression d'être prisonniers de ce désert. Nous ne voyons que deux fois des voitures franchir le check point américain. La première fois, une famille nombreuse doit être soumise à la torture des contrôles obligatoires, la deuxième fois, une voiture explose, ce qui donne lieu à des échanges de tirs nourris.

Même un pacifiste convaincu se demande avant tout qui est l'ennemi de qui, et quel est le but de cette destruction absurde au milieu de cette région perdue.  Là aussi, bien loin de la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis, des hélicoptères tournent au-dessus de la tête du jeune Jésus, qui, même loin d'Hollywood, n'a pas abandonné son rêve d'obtenir un passeport américain. 

Injustice mondiale et destins de migrants 

Le réalisateur Rafi Pitts  dédie son film à tous les soldats qui furent renvoyés par les Etats-Unis dans le pays de leurs parents à leur retour de mission, alors qu'ils pensaient se battre pour un meilleur avenir. Rafi Pitts est né en Iran et s'est vu forcé de s'exiler en Angleterre en 1981, lors de la guerre entre l'Iran et l'Irak. L'histoire de ce destin de migrant, racontée sans ambages, fait écho non seulement à un épisode de la vie de Rafi Pitts, mais elle ouvre une vaste réflexion sur le thème des inégalités dans le monde, et comment elles concernent tout un chacun.  

Au sortir de la projection, ce n'est certainement pas seulement le manque de caféine qui est la cause de mon mal de tête, mais il y a un café à quelques pas seulement, si près que ça en est scandaleux. Pendant mon trajet de Berlin-Ouest vers Neukölln, Jesus est assis en face de moi. Un Jesus hipster, un vrai panneau publicitaire, depuis ses chaussures de sport jaunes jusqu'au bout de sa barbe. Il commente le design des derniers écouteurs BOSE sur son iPhone. Mon mal de tête ne va décidément pas passer.

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Ich bin ein Berliner - cet article a été rédigé par l'équipe de cafébabel Berlin-Team.