Sophie Walker : la femme qui marche sur la politique anglaise

Article publié le 28 septembre 2016
Article publié le 28 septembre 2016

Le Women's Equality Party (WEP) n'existait pas il y a 18 mois. Aujourd'hui, c'est l'une des forces politiques qui a le plus grandi au sein de la politique britannique. Nous nous sommes entretenus avec son leader, Sophie Walker, pour parler de son ancienne campagne pour la mairie de Londres, la nomination de Theresa May et sur son envie de rendre son parti obsolète un jour.

Une journaliste et une comédienne entrent dans un bar et montent un parti politique. Cela pourrait ressembler au départ d’une blague, mais c’est exactement ce que le Women of the World Festival (le festival des Femmes du Monde, ndt) a inspiré à Sandi Toksvig et Catherine Mayer. Le Women’s Equality Party (WEP) fut officiellement enregistré au mois de juillet 2015. Douze mois plus tard, il comptait plus de 65 000 membres et sympathisants enregistrés.

Un combat contre la maladie et le statu-quo

Pour la dirigeante acteulle du parti, Sophie Walker, la raison de cette montée soudaine de popularité est simple : « L’électorat recherche des alternatives au statu quo. Tout autour du monde nous sommes dans un cycle anti-systémique, et le Woa puisé dans une profonde veine de frustration face à la vitesse glaciale du changement en faveur des droits de la femme.

Neuf millions de femmes n’ont pas voté aux élections générales de 2015, beaucoup d’entre elles parce qu’elles étaient frustrées d’être traitées comme un petit groupe d’intérêts spéciaux. On voit cela élection après élection, même dans le référendum sur l’UE cette année. Les vieux partis essayent de devenir une sorte de passe-partout pour le pays, mais ils n’arrivent pas à comprendre les vrais problèmes que les gens rencontrent dans leur vie. Pas seulement les femmes, mais les personnes noirs et les minorités ethniques, les personnes handicapées – elles ne sont pas inclues dans la conversation. »

Lorsque les problèmes de femmes sont mentionnés dans la politique traditionnelle, dit Walker, ce n’est jamais une priorité. C’est souvent à travers des lunettes mal avisées comme le tristement célèbre bus rose d’Harriet Harman. « C’est souvent perçu comme un jeu politique. Les partis vont se procurer des résultats de sondage durant la phase préparatoire des élections, qui leur disent qu’ils ne s’en sortent pas très bien auprès des femmes, puis ils sortent tout un tas d’idées politiques qui nous visent spécifiquement. Lorsque je suis allée utiliser mon vote en 2015, mon vote si précieux, il est devenu clair pour moi qu’aucun parti ne voyait la valeur de mon vote ou ma valeur en tant qu’électrice. »

Journaliste pour Reuters, Walker a aiguisé son activisme bien avant la fondation du WEP. Sa fille aînée a reçu le diagnostic du Syndrome d’Asperger en 2010. Un diagnostic qui a pris cinq ans à établir, puisque la majorité des recherches sur Asperger et d’autres types d’autisme repose sur la façon dont ils se manifestent chez les garçons et les jeunes hommes. Son blog à propos de ses expériences est devenu un livre, Grace Under Pressure, et l’a amenée à incarner un rôle de défenseuse à la National Autism Society (Société Nationale de l’Autisme, ndt).

« Ce fut une période très difficile pour nous, confie Walker, clairement déterminée à ne pas s’attarder sur le sujet, mais cela a également été le principal élément qui m’a fait comprendre que je pouvais œuvrer pour le changement, et en conformité avec le changement que je souhaitais voir. C’est horrible de dire que ce fut un "voyage" (on peut presque entendre ses yeux se lever vers le ciel face au cliché) mais c’est ce que c’est. Cela m’a permis de mieux comprendre le chemin qu’il nous reste à parcourir. »

« Nous sommes le seul parti qui veut se voir être mis au chômage »

La plateforme du WEP est bâtie autour de six objectifs clés : une représentation égale au Parlement, la fin de la différence de rémunération homme-femme, « l’égalité parentale » (y compris les congés partagés pour les nouveaux parents, ndlr), une éducation égale, un traitement égal dans les média (avec la fin du body shaming et de la sexualisation de la publicité), et la fin des violences dans toutes leurs formes faites aux femmes.

Après des réactions positives du public en général et de plusieurs collecteurs de fonds, Walker et le WEP ont décidé de tester leur plateforme en conditions réelles durant l’été 2016. Ils ont présenté des candidates aux élections de l’Assemblée galloise et du Parlement écossais, ainsi que 11 candidates à l’Assemblée de Londres, avec Walker elle-même se portant candidate au poste de maire de Londres.

« Le problème avec le fait de faire entrer des femmes dans la politique, c’est que ça coûte très cher », explique Walker, faisant référence au dépôt de 10 000£ (environ 11 500€) que chaque candidat est tenu de payer pour pouvoir se présenter aux élections pour le poste de maire. « Si vous êtes une femme, surtout si vous étiez à la maison à vous occuper des enfants, c’est une énorme barrière. Le WEP a soutenu activement ses candidates et nous avons présenté des femmes vraiment fantastiques, y compris des personnes venant des minorités LGBT ou ethniques. »

Pour Walker, la campagne pour les municipales avait pour but d’attirer l’attention sur les sujets que les autres candidates n’abordaient tout simplement pas. « À Londres, il y a toujours un débat sur le logement, parce qu’il y a une forte demande en logements. Mais j’ai été la seule candidate à demander : "À quoi ressemble un logement abordable lorsqu’il existe un écart de rémunération de 23% entre les hommes et les femmes ?". D’autres candidates parlaient des crimes à l’arme blanche, mais j’ai été la seule à parler de ce que l’on peut faire pour baisser le taux des violences domestiques dans la ville. »

Bien qu’il n’ait pas réussi à remporter de siège aux élections, le WEP a certainement laissé son empreinte, remportant un total d’environ 350 000 votes en Écosse, au Pays de Galles et à Londres. Walker a reçu 250 000 votes en premier et second choix au premier tour des élections du maire – un résultat honorable pour une force si nouvelle sur la scène politique.

Mais plus important que les votes, cela a amené les politiques du WEP à être intégrées à la vie politique générale – une chose qui ravit Walker.

« Nous avons démontré l’importance du travail en collaboration pour rendre la loi plus efficace. Nous avons été approchés par les Démocrates Libéraux afin d’aider à rédiger la législation qui s’attaque au problème de la vengeance pornographique, et maintenant Sadiq Khan s’est engagé à entreprendre un audit portant sur la différence des salaires entre hommes et femmes à l’Hôtel de Ville.

Être non-partisan ne signifie pas rester neutre, cela signifie rassembler les gens. À chaque fois que d’autres partis utilisent notre langage dans leurs discours, on applaudit et on place la barre plus haut. On veut toujours que les gens volent nos idées. Nous sommes le seul parti politique qui veut se voir être mis au chômage. »

« Je n'ai encore rien vu de Theresa May»

Dans un article d’opinion pour Newsweek un jour après le référendum sur l’UE, Walker a écrit que l’empressement de « jeter l’ancien » était une opportunité pour une plus grande représentation des femmes en politique. Alors avec Theresa May à la barre et un tiers de son cabinet occupé par des femmes, est-ce que Walker a l’impression que son vœu a été exaucé ? « L’importance du leadership féminin ne peut pas être minimisé. Il devrait être naturel pour les jeunes femmes de voir d’autres femmes à des postes de pouvoir. Mais cela signifie diriger avec une compréhension de l’expérience des femmes, et je n’ai pas encore vu cela de Theresa May. »

« Durant ses 100 premiers jours au pouvoir nous lui demanderons constamment de s’engager dans nos six fers de lance politiques, et de montrer qu’elle comprend le besoin d’une réelle parité homme-femme dans ce pays. » Il est intéressant de noter que le Cabinet de May comporte plus de femmes que celui de Cameron, mais qu’il y a en réalité moins de femmes dans son équipe complète des premiers rangs.

Ce serait bien, approuve Walker, si les politiques du WEP étaient entièrement adoptées par les partis politiques traditionnels. Mais ce jour est encore loin d’être arrivé. « Je veux que les femmes de ce pays soient libres et égales », conclut-elle. « En attendant que ce soit le cas, on se prépare définitivement pour les prochaines élections générales. »