Sommet européen : l'Europe doit rester dans le peloton

Article publié le 3 juillet 2012
Article publié le 3 juillet 2012
Deux visions existent pour commenter les agissements des acteurs politiques et économiques sur la scène du drame qui se déroule en Europe. Le nouvel acte est celui du sommet de Bruxelles mais il ne sera sûrement pas l’épilogue.

L’Europe est arrivée en ville. Je l’ai trouvée chez moi, en Italie, la dernière fois que je suis rentré de Berlin où je vis aujourd’hui. C’était il y a 3 semaines, dans l’une des rues de mon village, au pied des Alpes. En revenant de la gare, j’ai donc vu la nouvelle filiale d’une des principales banques allemandes. J’avais déjà été frappé par l’expatriation d’une autre banque, cette fois italienne, lors d’un voyage en direction de Vienne. L’enseigne de l’établissement se trouve désormais en République Tchèque et à Vienne. C’est cette même banque qui est située à l’angle de la place de mon quartier.

Tout ce que je sais de l’Europe, je le dois à ma banque

L’Europe est arrivée. Mon village qui 10 ans auparavant avait résisté à l’ouverture d’un Mac Donald sur sa place principale, accueille maintenant le symbole de la stabilité monétaire, de l’assurance et de la sécurité. Mais est-ce vraiment ainsi ? La presse italienne, nous a pourtant déjà raconté, durant les jours d’explosion de la crise, que l’exposition du système allemand était plus risquée que celle du système italien quand il s’agissait de s’implanter dans un pays où la dette est brûlante.

L’Europe est arrivée, mais pas trop. L’Europe comme ensemble d’obligations, comptes bancaires, fonds communs de placement est bel et bien une réalité, même si celle-ci est déjà en train de mourir. D’une part, il y a la vision de l’Europe comme société de débiteurs et créditeurs qui est en ce moment a été discutée à l’occasion du sommet européen de Bruxelles. La rhétorique de certains partis politiques européens et de la presse de boulevard, n’hésite pas à différencier les bons des mauvais débiteurs . Et ce, sans tenir compte du fait que la majeure partie des dettes des « mauvais » (les pays présumés vivre au crochet des autres pays) circule dans l’économie des « bons ». Ces mêmes « bons » qui se réjouissent des salaires en or des multi-diplômés tout en encensant les financiers et les banquiers. Bref, la représentation d’un conflit en noir et blanc n’aide pas à le résoudre. Bien au contraire, il servira plutôt à couvrir seulement les intérêts de ceux qui spéculent sur lui.

D’autre part, il y a l’idée d’une Europe comme communauté politique, fondée sur l’égalité des droits et des devoirs, pour laquelle, comme cela s’est déroulé en septembre 2011, j’ai voté en tant que citoyen européen. Lors des élections locales de Berlin, j’ai donc placé ma confiance dans une Europe capable d’exprimer une politique vraiment commune. Une Europe représentative non seulement de l’expression des 27 gouvernements, mais également de celle de millions de citoyens ainsi que d’un Parlement en mesure d’approuver une politique économique solide. Enfin, une Europe en mesure d’exprimer une politique sociale et du travail, qui met le citoyen au centre et qui ne fait pas du travailleur « la grande obsession financière » de ces derniers mois.

Déclarations peu fiables.

Cette fracture entre les deux visions de l’Europe ne peut pas subsister dans le temps. Des personnalités du monde financier comme George Soros ou Christine Lagarde parlent d’une échéance de 3 mois. Mais si la crise de l’Europe est avant tout une crise politique, ce calendrier limité ne nous laisse pas d’issue. Ces jours-ci, la presse européenne nous offre des scénarios allant de l’inquiétude à la catastrophe en cas de chute de l’Euro. L’Europe elle-même est en danger, et dans sa totalité. C’est en tout cas ce qu’a déclaré Angela Merkel ces derniers jours devant le Bundestag. La sincérité de ces affirmations reste à voir. Les déclarations officielles, à la veille des réunions internationales, ont aussi une valeur tactique par rapport aux négociations.

Quoi qu’il en soit, la responsabilité d’une absence de construction politique au niveau européen se fait ressentir depuis des années maintenant. Si sur le front de l’élargissement de l’Union on a procédé à des étapes forcées, on s’est moins occupé de la coopération communautaire. Pèse aussi l’absence de responsabilité commune sur les choix politiques de chaque gouvernement, alors que les responsabilités financières sont passées au peigne fin. Pris séparément, chaque gouvernement de la zone euro a désormais perdu le contrôle de son économie. A la crise politique et économique s’ajoute désormais une déconcertante crise d’idées.

« Ou l’on fait l’Italie, ou l’on meurt », criait Garibaldi, héros du Risorgimento italien tandis qu’il combattait en Sicile. Y-a-t-il quelqu’un qui, mutatis mutandis, aspire à ce rôle aujourd’hui ? Qui sera sur la scène du drame pour endosser le rôle du héros dans cette crise vers l’unité ou la défaite ? Dans tous les cas, l’épilogue sera commun.

Photos : Une : B Rosen/Flickr; texte: digitalnoise/flickr; Vidéo: euronewsit/YouTube.