"Solomon" signifie l'intégration à la société grecque à travers un magazine!

Article publié le 14 juin 2016
Article publié le 14 juin 2016

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Faites connaissance avec le premier magazine interculturel grec en ligne, dont les rédacteurs viennent d'Afghanistan, de Biolorussie, de Grèce, du Pakistan, de Russia et de Somalie.

La crise des réfugiés des deux dernières années est sur chaque titre dans les  médias. Selon leur ordre du jour, tous les médias présentent la crise en cours à partir d’une perspective différente. Certains médias, comme le français "Libération", publient des articles entièrement produits par des journalistes, photographes et écrivains syriens. En Grèce, les flux continus de réfugiés et d'immigrants ont donné naissance à "Solomon", le premier magazine dans le pays dont  la majorité des rédacteurs ne sont pas grecs. L'équipe éditoriale est composée de personnes d'Afghanistan, de Biélorussie, de Grèce, du Pakistan, de Russie et de Somalie ! Le magazine multiculturel est numérique et le contenu est à la fois en anglais et en grec. Il a commencé à opérer avec sept personnes d'origines et d'horizons différents et maintenant il est composé de plus de 23 membres. 

J'ai rencontré Fanis Kollias, l'initiateur du magazine et Roza Vassilat, la rédactrice en chef. Nous avons discuté des défis et de l'objectif de "Solomon" qui, selon l'équipe est      d’«encourager les réfugiés, les immigrants et la population locale à se joindre à la co-organisation de la société par la libre expression de leurs points de vue, de leurs idées et de leurs compétences". 

Q. Comment l'idée de "Solomon" est-elle venue et comment votre équipe a-t-elle été formée?

Fanis: En Octobre 2015, nous avons fondé «Les réfugiés souhaitent la bienvenue à la Grèce» et grâce à cette initiative, j'ai rencontré un réfugié d’'Afghanistan qui vivait depuis neuf ans en Grèce. Il avait besoin d'un endroit, et pendant que nous discutions, nous avons réalisé que des gens créatifs, des gens instruits qui se trouvent maintenant parmi des immigrants ou des réfugiés n'ont pas accès à des projets intéressants. Cette personne en particulier travaille comme chef. Il me disait combien de choses il aimerait faire et auxquelles il voudrait participer, mais son cercle social est limité à la communauté afghane. Son problème est qu'il n'a pas la moindre idée d’à qui parler. Suite à cela, comme j’ai une expérience dans les  médias, j’ai eu  l'idée de créer un magazine. 

Au départ, l'idée était que les rédacteurs ne seraient que des réfugiés, s’est révélée être une erreur. J'ai parlé de mon idée à mon amie Rosa qui est journaliste. Elle a adoré et nous avons convenu de mettre en place un magazine écrit par des réfugiés et qui devrait également se référer aux réfugiés. Nous nous sommes demandé … De quoi avons nous besoin ?  La réponse était les réfugiés. Nous sommes entrés en contact avec le Forum grec des réfugiés qui nous a dirigés vers Nadir de l'Afghanistan et Hassan de la Somalie. Nadir aime la photographie et il est le responsable photos du magazine. L'étape suivante a consisté à entrer en contact avec "Melisa", une ONG pour les femmes immigrées. Voilà comment nous avons rencontré Nonna de la Biélorussie et Anna de la Russie. Les deux travaillent pour un journal russe. Notre dernier membre est Khan. Nous l'avons rencontré ici à Impact Hub Athènes. Il travaille sur une application qui fournit des informations correctes aux réfugiés qui viennent en Grèce. Il avait aussi un blog en ourdou, où il a traduit  desnouv elles sur la Grèce. Tous les membres parlent le grec et la communication de tous les jours est également faite en grec.

Q. Pourquoi l'idée de départ était une erreur ?

Fanis: Nous avons décidé de créer un magazine numérique parce-que nous avions déjà de l’expérience. Je travaillais depuis six ans dans l'industrie des médias, ainsi que Rosa. Nous ne cherchions pas un fossé à combler. Dans un premier temps, nous avons pensé que les réfugiés avaient besoin de s'exprimer pour être en mesure de se faire entendre. Mais si vous ne parlez pas avec eux, vous ne connaissez  pas leurs besoins. Leur besoin réel était l'interaction avec les habitants pour construire un terrain d'entente afin de travailler ensemble. Ils n'ont pas aimé l'idée d'un magazine créé par des grecs qui serait géré par eux.  Dans la civilisation occidentale, nous avons tendance à penser que nous sommes plus civilisés que les autres et, que par exemple, nous pourrions civiliser tous ces gens en provenance du Moyen-Orient. Ce genre de pensée les sous-estime par défaut et ne contribue pas à leur intégration. Alors Anna, Khan, Hassan, Nonna et Nadir nous ont aidés à apprendre ceci. Depuis, la philosophie "de Salomon" est qu'il n'y a pas super-héros! Nous travaillons ensemble et nous avons mis en place quelque chose pour la société tout entière,  pas seulement pour les réfugiés. Parce-qu'en fin de compte, l'intégration est l’affaire de tous.  

Rosa: Voilà pourquoi "Solomon" s’adresse à la population locale, aux réfugiés, à tout le monde.

Q. Quel est le contenu de "Solomon"? 

Fanis: le contenu "de Solomon" est divisé en deux parties. La première partie fait référence à la Grèce à travers les yeux de nos rédacteurs. L'idée de fond est que les gens doivent être conscients qu’'être un réfugié ne signifie pas que vous ne pouvez parler que de la crise des réfugiés ou de l'immigration. Par exemple, la rubrique de Anna traite de l'économie sociale. Khan et Nadir travaillent en tant que médiateurs pour les ONG. Par conséquent, ils écrivent sur les réfugiés. Ceci est leur vie quotidienne. Nonna écrit sur la culture, sa chronique ne se réfère donc pas aux réfugiés. La deuxième partie de notre contenu présente les cultures des autres pays. Hassan est en charge de cela. Nous incluons cela parce que l'intégration ne signifie pas l'adoption de la culture du pays d'accueil. Quand un Somalien ou un Afghan arrive en Grèce, cela ne signifie pas qu'il doive oublier  sa propre culture et adopter a culture grecque. Nous voulons en apprendre plus sur leurs cultures. 

Q. Vos différents milieux culturels ont causé des problèmes dans l'équipe ? 

Fanis: Il était impossible de terminer les premières réunions. À l'époque, nous ne savions pas à quoi "Solomon" ressemblerait et quel rôle chacun de nous aurait. Chaque fois, l'un des gars apportait quelque chose de son pays. Une fois, Anna est venue avec un "samovar"; un dispositif électronique pour faire le thé. Cette réunion n'a jamais été achevée. Pour parler sérieusement, les seuls problèmes auxquels nous sommes confrontés est que, parfois, les choses doivent être répétées encore et encore, même si nous parlons tous la même langue. Mais maintenant, nous sommes tous conscients de ce problème. 

Q. "Solomon" est-il rentable ? 

Fanis: "Solomon" a été financé avec le dernier salaire de mon emploi précédent. Avant que le magazine soit publié, nous manquions d'argent. Nous sommes sans aucun problème en ligne depuis six mois. Le bénéfice est minimum. Mais comment l’argent rentre t-il dans un magazine? Pour le premier numéro,  nous avons fait payer un prix minimum (1,50 €) pour chaque téléchargement. Cela n'a pas fonctionné donc le second a été gratuit. Maintenant, nous demandons seulement des dons. Les grecs ne sont pas habitués aux paiements numériques. Les gens ont peur de payer en ligne. 

Q. Quels sont vos projets pour l'avenir ? 

Fanis: Comme nous le disons "Solomon" encourage l'interaction avec les habitants, les réfugiés et les immigrants par la libre expression de leurs points de vue, de leurs idées et de leurs compétences. Les points de vue sont exprimés à travers le magazine. L'étape suivante consiste à mettre des idées et des compétences en pratique. Par exemple, Hassan est chef. Nadir est médiateur et photographe. Khan est programmeur. Nous pouvons utiliser leurs compétences, au-delà du magazine. Nous avons à l'esprit un projet futur lié à la cuisine multiculturelle. Comment nous pourrions mélanger la cuisine grecque avec la cuisine somalienne par exemple. 

Rosa: En ce qui concerne la revue, nous allons maintenir les rubriques existantes. En même temps, nous travaillons constamment sur de nouvelles idées. Chaque rédacteur a beaucoup de nouvelles propositions concernant le contenu de "Solomon". Nous discutons toujours et nous voulons étoffer le magazine avec plus d’"éléments". Nous voulons être plus interactif avec nos lecteurs. 

Q. Est-ce-que "Solomon" peut  jouer un rôle positif dans la crise des réfugiés? 

Fanis: Je vais répondre en disant ce qui suit; chaque fois que nous avons un bénévole qui veut nous aider pour le magazine,  nous lui demandons pourquoi il  voudrait en faire partie. Une fille a dit quelque chose de très intéressant. Elle a dit que nous tous sommes conscients de la crise des réfugiés. Nous lisons, regardons et écoutons les mauvaises nouvelles tous les jours. Et puis "Solomon" est arrivé et a apporté de bonnes nouvelles en ce qui concerne les réfugiés et les immigrants. Personnellement, je pense que "Solomon" offre une perspective alternative sur le sujet afin que les gens puissent voir l'autre côté de la médaille. 

Rosa: Je crois que "Solomon" est comme un voyage; lorsque vous voyagez vous vous rendez compte que vous n'êtes pas seul sur cette planète. Cela vous aide à comprendre que vous ne devriez pas avoir peur de la diversité. Les gens sont habitués à critiquer tout ce qui leur semble étrange, seulement parce-que cela ne leur est pas familier. 

Fanis: Pour reprendre ce qu'a dit Rosa, je dirais que vous pouvez être ouvert à d'autres cultures seulement en rencontrant des gens d'autres pays dans votre propre pays. Par exemple, je n’ai jamais voyagé à l'étranger, mais en rencontrant des gens d'autres pays et en parlant de leur vie, c’est comme si je l’avais fait.   

* Le titre « Solomon » est tiré du nom du personnage principal du livre « Le Voyage de l’Eléphant » de l’auteur portugais Jose Saramago. Le livre raconte l’histoire de Solomon, un éléphant qui ne parle pas avec des mots mais avec des actions.