Solana : « C'est Loukachenko et non l’Union européenne qui isole la Biélorussie »

Article publié le 13 mars 2006
Article publié le 13 mars 2006

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Javier Solana, le Monsieur PESC de l'Union, fixe les conditions d'un rapprochement entre Minsk et les 25.

Javier Solana, 63 ans, est le Haut Représentant de l'UE pour une Politique Etrangère et de Sécurité Commune (PESC) balbutiante. Ancien secrétaire général de l'OTAN, cet ancien ministre socialiste espagnol de 63 ans est reconnu pour ses qualités de diplomate.

Comment décririez-vous le régime politique en Biélorussie ?

Je dirais que nous sommes en train de parler d’un pays en Europe qui n’est pas du tout « européen » en termes de respect de la démocratie et de droits de l’Homme. Le peuple biélorusse mérite beaucoup mieux.

L’UE a dénoncé la violation des droits de l’homme en Biélorussie à plusieurs reprises. Cela signifie-t-il que l’UE doit punir ou isoler le régime biélorusse ?

L’UE a affirmé sa volonté de réagir fortement en réponse à la dégradation du régime biélorusse. Dégradation illustrée notamment par l’entrave à l'enquête sur la disparition de trois politiciens de l’opposition et d’un journaliste biélorusse en 1999-2000. Par ailleurs, les élections législatives d’octobre 2004 ne se sont pas déroulées dans le respect des engagements pris par Minsk à l’égard de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE). Cette attitude a conduit l’UE à refuser l'accès à son territoire à 6 hauts fonctionnaires biélorusses. En outre, en réponse aux violations des libertés civiles par des syndicats et des dirigeants biélorusses, l’UE envisage de geler temporairement les avantages qui étaient jusque là accordées à Minsk dans le cadre du schéma de préférences tarifaires généralisées, un accord commercial visant à favoriser l’industrialisation et les échanges dans les pays en développement. Toutefois, permettez-moi d’être bien clair, l’UE ne souhaite pas isoler la Biélorussie. C’est Loukachenko qui isole le pays. L’UE demeure ouverte au dialogue et a clairement fixé les règles que les autorités biélorusses se doivent de respecter afin de normaliser les relations. Le respect de la démocratie et de l’Etat de droit est la condition sine qua non pour entamer un tel processus.

Par quels moyens l’UE est-elle en mesure de promouvoir la démocratie en Biélorussie ?

L’UE a pris des mesures pour soutenir la démocratie et parallèlement pour réagir à la dégradation du régime. Cela s’est traduit en 2005 par le transfert de 2 millions d’euros à l’Initiative européenne pour la démocratie et les droits de l’Homme (IEDDH) qui entend soutenir la démocratisation, une université européenne des Sciences Humaines, des projets médiatiques et le dialogue avec les forces démocratiques du pays. Nous avons aussi fermement réagi à la fraude des dernières élections et avons imposé des interdictions d'occtroi de visas quand cela était nécessaire.

Quand pensez-vous que la Biélorussie sera prête à rejoindre l’Union européenne ?

Une fois que les autorités biélorusses auront clairement fait preuve de leur volonté de respecter les valeurs démocratiques et l’Etat de droit. Nous voulons entretenir de meilleures relations, plus étroites, avec la Biélorussie, notamment dans le cadre de l’Accord de partenariat et de coopération et de la nouvelle politique européenne de voisinage.

Croyez-vous que le Biélorussie verra surgir des mouvements post-électoraux comme en Ukraine en 2004 ?

L’UE soutient le processus démocratique et l’Etat de droit. Si des manifestations ont lieu suite aux élections, l’UE recommandera aux parties concernées de s’abstenir de toute violence.

L’alliance traditionnelle entre la Russie et la Biélorussie est-elle susceptible de biaiser l’application de la politique étrangère de l’Union envers Minsk?

S’il est vrai que la Russie et la Biélorussie entretiennent d’étroites relations sociales, politiques et économiques, la Biélorussie est un Etat indépendant et nous le traitons comme tel.