Slawomir Mrozek : immortel absurde 

Article publié le 2 octobre 2013
Article publié le 2 octobre 2013

Sławomir Mrożek, l’un des plus brillants hommes de lettres polonais, est mort le 15 août dernier, très tôt le matin. Je suis très affligée, comme beaucoup de Polonais, parce que nous considérions Mrożek comme un père. Un père que nous croyions immortel.

PREMIERE RENCONTRE

Mariage à Atomice – un livre de référence à l’école primaire. Au début, je n’ai pas pigé la blague : j’étais une petite fille et ma capacité à comprendre le monde n’était pas encore au top. L’institutrice n’interférait pas dans notre raisonnement bouillonnant et attendait tout simplement que nous captions l’essence de l’humour de Mrożek par nous-mêmes. Puis soudain, une illumination. Cette illumination m’a fait lire tout ce qui est apparu sous la plume de Mrożek avec un zèle inédit. Le  « bizarre » devenait peu à peu synonyme de « cool ».

DEUXIEME RENCONTRE

Les récits de Mrożek. Particulièrement celui à propos d’un chat souffrant de la gueule du bois. Ou un autre, à propos d’un éléphant. Ou le récit intitulé « Je veux être un cheval ». Rien que les titres rassemblés forment un drôle de récit.

Tout pouvait arriver sous la plume de Mrożek : aussi  bien au niveau de l'histoire que de la langue elle-même. Ses récits éveillaient le lecteur sur le fait que la réalité est elle-même imprévisible : tant lors de la lecture que dans la vraie vie, il faut apprendre à voir tout ce qui reste caché à première vue. Grâce à cette sorte de maxime, ma tolérance envers les bizarreries grandissait au fil des pages, ce qui m'a servi de palier pour apprécier ses drames. 

TROISIEME RENCONTRE

Les drames de Mrożek. Le premier drame, « Tango », je l’ai lu au lycée. Ma lecture était déjà consciente, je savais plus ou moins à quoi je pouvais m’attendre. Qui aurait pu deviner que les citations de « Tango » allaient trouver leur place dans mon langage ainsi que celui de mes amis ?  Que nous allions raconter aux inconnus crédules qu’un tigre blanc s’était installé dans nos canalisations ? Et en plus utiliser les pseudonymes « AA » et « XX » ?

QUATRIEME RENCONTRE ET LES SUIVANTES

Les journaux. Les colonnes. Les dessins de Mrożek. Ses lettres. Après avoir abandonné l’idée qu’il soit possible de le comprendre entièrement, sont venues la compréhension de son génie et la joie de pouvoir relire les œuvres du maître jusqu’à l’infini. Et ainsi de continuer à découvrir de nouveaux sens.

Bref, je souhaite remercier Monsieur Mrożek pour trois choses :

1. De m’avoir ouvert les yeux sur l’absurde et de m’avoir appris à l’apprécier, ce qui a rendu ma vie plus intéressante.

2. De m’avoir appris à imaginer des événements qui n’ont jamais eu lieu, des endroits qu’on aurait beau chercher et des personnes qui n’existent pas. Et ce, en détails.

3. De m’avoir sensibilisée au fait que nous devons soigner notre particularité, ce qu’il faisait lui-même dans chaque domaine de sa vie en se transformant sans cesse.

Certains livres de Mrożek en français.

Adaptation de Tango de Sławomir Mrożek