Simone Veil: la perte d'une grande dame de France

Article publié le 1 juillet 2017
Article publié le 1 juillet 2017

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

La France a perdu une personnalité comme l'histoire offre peu.” – Edouard Phillipe.

Le 30 juin est un triste jour pour la France qui perds un grand symbole illustrant sa devise nationale de Liberté, Égalité et Fraternité. Simone Veil s’est éteinte à l’age de 89 ans, laissant derriére elle une vie historique.

Une survivante

Rescapée de la Shoah, elle fut d’abord arrêtée, ainsi que sa famille, le 30 mars 1944.  Deux semaines plus tard, elle, sa mère et sa soeur Madeleine sont envoyées au camp d’Auschwitz-Birkenau pour y travailler de force apres avoir etait marquées de leur matricule. Ensuite transférées au camp de Bergen-Belsen, sa mère y mourra du typhus deux mois plus tard, sa soeur en réchappant de justesse.

Une fois rentrée en France, elle se disait prête à témoigner, mais avait l’impression que personne ne voulait entendre son histoire, comme elle l’a confié à Annette Wieviorka dans un entretien en Juin 1990.

Ses deux soeurs (la deuxième était dans la Résistance) et elle étaient les seules survivantes de la famille Jacob, leur père et leur frère n’étant jamais revenus des camps.

Combat politique

En 1956, elle passe avec succès le concours de la magistrature. En tant que haut fonctionnaire de l’administration pénitentiaire pendant la Guerre d’Algérie, elle aura un de ses premiers grand gestes pour le droit des femmes: faire transférer en France des prisonnières de guerre algériennes qu’elle estimait être exposées à de mauvais traitements et au viol.

Mais son plus grand combat féministe, et surement le plus connue, restera la loi pour l’avortement.

Passée ministre de la Santé sous la présidence de Valéry Giscard-d’Estaing, elle présente un projet de loi sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG) après les événements du Manifeste des 343 et du procès de Bobigny. Elle recevra de nombreuses attaques (notamment celle qui l’accusa de vouloir “jeter [les bébés] au four crématoire ” qui la laissa en pleurs) et menaces, mais après plusieurs débats houleux et un discours vibrant et juste de la part de Mme Veil, l’Assemblée Nationale finira par voter ce qui sera nommé de manière éponyme la “Loi Veil”, rendant enfin l’avortement legal, libre et gratuit en France. Elle réequilibrera également les comptes de l'Institut Pasteur et mettra en place des aides pour les mères d'enfants en bas âge.

De l'engagement européen à l'immortalité

De Ministre de la Santé, elle passa, à la demande du Président Giscard-d’Estaing, au Parlement Européen, et fut élue Présidente du dit Parlement, devenant la première femme à ce poste. Elle représentait la parfaite idéologie derrière la formation de cette nouvelle union qu’était la CEE (Communauté Economique Européenne), puisque son objectif premier lors de sa création en 1957 (et celle de la CECA en 51) était d’assurer qu’une horreur comme la Seconde Guerre Mondiale n’arriverait plus. Simone Veil étant une rescapée des camps, son élection fut aussi un symbole puissant pour clamer “plus jamais!”, et elle donna ainsi une veritable autorité morale au Parlement Européen. Elle reçue d’ailleurs le Prix International Charlemagne pour son engagement européen, et la devise européenne “unis dans la diversité” est gravée sur son épée d’Immortelle.

Cette épée et son titre lui ont été donné au premier tour de vote qui l’ont fait rentrer à l’Académie Française le 20 novembre 2008. Le 18 mars 2010 elle fut reçue sous la Coupole par Nicolas Sarkozy, alors Président de la République et protecteur de l'Académie, et deux autres Immortels: Valéry Giscard-d'Estaing et Jean d'Ormesson. Elle reprit le siége de Pierre Messmer, qui fut aussi celui de Jean Racine.

Simone Veil restera toujours un grand symbole français, dont le President Emmanuel Macron souhaite qu’il inspire “(…) nos compatriotes, qui y trouveront le meilleur de la France.” 

C’était une femme de loi, une femme de lettre, et une grande femme du 20éme siècle à qui celles du 21éme doivent beaucoup.