Silvana Gandolfi, voyage dans l'imaginaire

Article publié le 3 juillet 2006
Article publié le 3 juillet 2006

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Silvana Gandolfi vit à Rome et écrit des livres pour enfants. Auteur notamment d’« Aldabra, la tortue qui aimait Shakespeare », elle a su conquérir les petits lecteurs du monde entier. Entre thé et voyages, elle raconte ses muses.

J'ai pris rendez-vous avec Silvana Gandolfi dans le coeur de Paris, sur la place des Vosges. Au bout de quelques minutes, je distingue une frêle silhouette vêtue d'une veste orientale qui s’approche. Mon invitée est arrivée : elle me propose directement d’aller dans un salon de thé du Marais. Alors que nous nous dirigeons vers la rue des Rosiers, très impatient je commence à lui poser quelques questions sur son parcours.

Page après page avec une tasse de thé

Gandolfi a passé toute son enfance à Rome mais ses origines sont triestines et russes. Petite fille d'un écrivain d'Odessa traducteur de Tolstoï, sa vie a toujours été mêlée à la littérature: « Déjà toute petite, je lisais tout ce qui me passait sous la main ». Nous entrons dans un café : les fauteuils en cuir ocre sont entourés de tables basses et quelques sucriers sont disséminés ici et là.

« Un thé chaud, s'il vous plaît », susurre Silvana au barman avant de se justifier : « je ne bois plus autant de café, c'est trop excitant. Chez moi à Rome, j’ai une armoire au complet qui est consacrée aux thés. C'est l’une de mes grandes passions.  » Comme pour illustrer ses propos, elle tient délicatement sa tasse avec une main ornée d’un anneau monté d’une mystérieuse pierre carrée.

Lire et écrire...

Les auteurs qui ont bercé Gandolfi s’appellent Dostoïevski, Steinbeck, Flaubert, Stendhal...Après avoir avalé une goutte de thé, elle murmure en me regardant droit dans les yeux. « J'admets que tous les auteurs un peu inquiétants m'ont toujours attiré. J'ai une grande passion pour Emmanuel Carrère et Patrick Süskind ».

Concernant ses propres livres, les histoires sont riches de sensibilité et de fraîcheur. « Le plus intéressant dans la vie d’un auteur » dit-elle, « est ce lien qui se tisse l'écriture et la vie réelle.  » Avant de me raconter quelques anecdotes : « le singe moqueur que je décris dans mon premier livre ‘Le singe dans la bille’, je l'ai retrouvé l'année suivante durant un voyage au Népal. En route vers un temple isolé, j'ai été mordue par un singe. ». A la suite de ce voyage, Gandolfi me raconte qu'elle a terriblement maigri en raison d’une maladie inconnue. « Comme le personnage de mon ouvrage suivant ‘Pâte de dragon’ », confesse-t-elle.

De nouveaux horizons

Les livres de Silvana ont conquis le public de toute l'Europe et du monde entier. De l'Asie orientale, en passant par les Etats-Unis jusqu'à l'Amérique du Sud, de nombreux enfants ont été envoûtés par les histoires racontées dans les pages de ses livres. Mais quelle est la recette magique pour publier un best-seller ? « Dans mes livres, on ne retrouve aucun aspect de la société contemporaine. J'évite le plus possible d'utiliser le langage et les modes des adolescents. J'essaie de situer les histoires dans un passé un peu plus lointain pour parler du monde de l'enfance de façon universelle ».

Lorsque je lui demande d'où viennent ses histoires, mon interlocutrice affirme « avoir réalisé que la naissance d'une idée pour un roman est un désir irréalisable. Cette idée est déjà une brèche dans la réalité. Le monde réel est fait de fissures au sein lesquelles il est possible d'introduire des éléments fantastiques qui vont donner naissance à une histoire ».

Les yeux pétillants de mon interlocutrice ont pratiquement observé le monde entier. « Les voyages me permettent de connaître les cultures de pays différents et de commencer à construire un récit ». Gandolfi se lance ensuite dans une description de sa « journée de travail » : « j'écris souvent à la suite d'un voyage, chez moi à Rome. Je me lève tard le matin, je prends un bain chaud et je prépare un petit-déjeuner à base de thé, yogourt et muesli. Pendant ce temps je réfléchis aux dialogues, à la trame du livre que je suis en train d'écrire. D’autre fois au contraire, je décide de partir pour un long voyage une fois terminée la rédaction d'un livre, comme cela s'est passé pour ‘Aldabra, la tortue qui aimait Shakespeare’ ».

Tortue star

Aldabra est en réalité un atoll isolé et fermé au tourisme dans le cœur de l'océan Indien, peuplé uniquement de grandes tortues. Cette image a inspiré le livre de Gadolfi qui s’est vendu à plus de 11 000 exemplaires dans le monde entier. Le synopsis est certes élémentaire : Venise, une vieille dame excentrique et sa petite-fille, une passion profonde pour Shakespeare et pour la peinture. Dans cette magnifique histoire, le réel et le fantastique se rencontrent pour ensuite se confondre et susciter l'enthousiasme du lecteur.

Un peu comme ma rencontre avec Gandolfi dans ce salon de thé parisien. Après avoir enfilé sa grande veste orientale, elle me salue. Puis glisse et disparaît entre les tables, dans le bruit des conversations et des tasses de thé.