Sida : la révolution rose d'Elton John

Article publié le 27 juin 2007
Article publié le 27 juin 2007
En juin dernier, plus de 200 000 personnes ont assisté au concert d’Elton John en faveur de la lutte contre le sida. Une affluence qui souligne la prévalence du virus : un peu plus d'1% de la population ukrainienne seraient ainsi contaminée par le HIV.

Il aura fallu la visite d'une star de la pop internationale pour réunir sur une scène, malgré l’actuelle crise politique, le président Viktor Iouchtchenko et les proches du Premier ministre pro-russe Ianoukovitchle. Le 16 juin dernier, plus de 200 000 personnes étaient ainsi réunies sur la place de l’Indépendance de Kiev afin d’apporter leur soutien à la nouvelle campagne de lutte contre le sida, dans un pays où 10 à 15% de la population serait séropositive.

Le concert a été organisé par la fondation ‘Antiaids’, une oeuvre créée par Elena Franchuk, fille de l'ancien président ukrainien Leonid Kuchma et épouse de l'un des hommes les plus riches d'Ukraine, le magnat des média et candidat aux élections parlementaires, Viktor Pinchuk. Une nouvelle campagne sur cinq ans a été lancée en partenariat avec la fondation ‘AIDS’ présidée par Elton John et dont l’objectif est d’aider les enfants séropositifs.

Un hommage à l'anglaise

Certains étaient certes venus pour assister à un concert gratuit donné par une pop star légendaire. Ceux-là ne se rendent probablement pas compte de la gravité du problème sanitaire auquel l'Ukraine est actuellement confrontée, même si l’équipe organisatrice de l’évènement a multiplié les happenings politiques. Des volontaires ont distribué brochures et moyens de contraception pendant le concert, répétant qu'en 2004, 50% des nouveaux cas de séropositivité recensés concernaient des jeunes de 20 à 29 ans, dont 42% de femmes.

Des interviews de séropositifs et des reportages sur les orphelinats destinés aux enfants atteints du virus étaient même projetés sur écrans géants.

« La situation ukrainienne est vraiment dramatique », confie Nataliya Voynarovska, responsable de l’ONG Alliance internationale du Sida en Ukraine. « Nous comptons parmi les pays européens où le virus progresse le plus vite. Nous avons besoin de parler davantage du problème pour que les gens comprennent que des réactions du genre 'ça ne me regarde pas' ou 'de toutes façons, je ne suis ni drogué ni gay' ne mènent à rien ».

Du côté de la fondation ‘Antiaids’, on approuver la démarche. « Il faut qu'une plus grande partie de la population se sente concernée », explique Pavel Pimenov, coordinateur de la communication. « C’est pourquoi nous avons décidé d’inviter une personnalité qui s'est déjà impliquée dans ce combat ».

Une fois sur scène, Elton John a expliqué en anglais, les raisons de sa venue en Ukraine, rappelant que « l'ignorance, la stigmatisation et les préjugés sont les plus grands obstacles à surmonter pour gagner le combat. Nous devons continuer ce travail en Ukraine. Ensemble, nous pouvons faire la différence. Merci Kiev », avant de remercier à nouveau le public par un « spasibo » [merci] russe.

Quid du concert ?

La venue du chanteur avait été largement relayée par les médias locaux comme un événement exceptionnel pour l'Ukraine, peu habituée à recevoir des personnalités d’une telle envergure, encore moins à assister à des concert gratuit. « Il y avait tellement de monde ! », s'est exclamé Kseniya Yaromenko, étudiant à Kiev.

« J'ai apprécié que des contrôles empêchent les gens d'entrer avec de l'alcool : au moins, personne n'était ivre mort ».

Des représentants de l'Eglise orthodoxe de Moscou et de Kiev avaient même fait le déplacement pour soutenir la cause du concert et encouragé toutes les organisations de prévention du Sida à contenir la propagation de l'épidémie. « Pour l'Eglise, c'est un problème à envisager du point de vue spirituel », explique Dimitriy, archevêque de l'Eglise orthodoxe ukrainienne.

« La spiritualité et la religion ont traversé une période difficile dans notre pays. La maladie se propage à une telle vitesse que la jeunesse a perdu la ligne spirituelle qui lui permettait de vivre correctement. Ce problème ne peut être résolu par le gouvernement seul ».

Certaines organisations chrétiennes ont pour autant manifesté leur désapprobation durant le concert : les tambours de l'Union des citoyens orthodoxes d'Ukraine ont ainsi résonné particulièrement fort. « Organiser un tel événement avec un représentant de la culture gay est un blasphème ! », s'est exclamé Valriy Kaurov, à la tête de l'organisation. « Après tout, ce sont les personnes qui ont cette orientation sexuelle qui sont responsables de la diffusion de la maladie ».