Sibiu, capitale culturelle en freestyle

Article publié le 5 janvier 2007
Article publié le 5 janvier 2007
La ville roumaine de Sibiu, située en Transylvanie, a été retenue comme Capitale européenne de la culture 2007, aux côtés de Luxembourg.

C’est Richard Wagner, un écrivain allemand né en Roumanie, qui, le premier a parlé dans le Neue Züricher Zeitung du ‘miracle de Sibiu’ à propos de la nomination de la première ville roumaine comme capitale européenne de la Culture 2007. Personne n’avait jamais voulu croire à la possibilité d’une sélection de Sibiu si ce n’est son maire, Klaus Johannis, qui, dès janvier 2004, avait proposé la candidature de sa ville. Au final, le jury de Bruxelles a été convaincu par les candidatures de Sibiu. Et de Luxembourg

Il faut dire que ces trois dernières années, la municipalité de Sibiu -appelée aussi ‘Hermanstadt’ en allemand- n'a pas ménagé ses efforts et s’est lancée dans des chantiers drastiques avec des travaux de reconstruction, de restauration ou de rénovation à tous les coins de rue. La mairie a en outre multiplié les investissements et les contacts afin de prouver à tous qu’elle méritait son titre de « cosmopolite ».

Jeune et vieille ville

Depuis, les habitants de Sibiu aiment à évoquer leur « jeune vieille ville » pour décrire le contraste entre l’architecture de la ville avec ses tours et murs d’enceinte datant du Moyen-âge et l’actuelle bouillonnante vie sociale. « Théâtre, film, photographie et festival de jazz sont pourtant traditionnels à Sibiu », explique Stela Matioc, coordinateur du programme. Car depuis des siècles, Roumains, Allemands, Hongrois et Roms vivent ensemble dans un climat de tolérance mutuelle et de curiosité réciproque, une raison pour laquelle la ville se considère comme naturellement multiculturelle.

’Jeune depuis 1191’

L’agence de publicité internationale GAV/ Scholz and Friends a d’ailleurs vendu Sibiu sous le slogan suivant : « Sibiu. Jeune depuis 1191 » et le spot de publicité est diffusé régulièrement sur ‘Euronews’ et la chaîne ‘Travel’. Finies les images fatiguées de Dracula et de ce romantisme décadent traditionnellement accolés à cette région des Carpates. En lieu et place s’esquissent les traits d’une cité jeune, dynamique, multiculturelle. Une réputation que Sibiu aimerait transmettre à ses voisins européens.

Le label de ‘Capitale européenne de la Culture 2007’ était d’ailleurs la meilleure image possible pour la campagne d’accession de la Roumanie à l’UE. « Le mélange entre différentes générations, styles de vie et groupes ethniques font de Sibiu l’une des cités les plus cosmopolites de Transylvanie, » poursuit Matioc. Le cliché d’une ville arriérée où rien n’existe si ce n’est la corruption a eu tôt fait d’être enterré.

Exil ou renaissance

Le programme des festivités pour ‘Sibiu, capitale européenne de la culture 2007’ commence le 1er janvier et ne concurrencera pas les cérémonies de l’adhésion à l’UE de la Roumanie censées se dérouler lors de la nuit de la Saint-Sylvestre. Le passage à la nouvelle année a ainsi été célébré avec un concert de musique classique interprété par la Philharmonie des nations, jouant sous la direction du grand chef d’orchestre allemand Justus Franz. Autre réjouissance de la soirée, un spectacle sons et lumières imaginé par le groupe hexagonal ‘Groupe F’ –qui avait déjà réalisé la cérémonie de clôture des JO d’Athènes en 2004-.

En 2007, ce sont près de 250 évènements qui seront organisés à Sibiu dans les domaines musicaux, du théâtre, de la photographie, des arts et du cinéma. Une trentaine de projets ont aussi été prévus en collaboration avec la ville de Luxembourg qui partage d’ailleurs avec la Transylvanie un lien historique. Au 12ème siècle, de nombreux immigrés originaires de la région mosellane de Luxembourg se sont installés en Transylvanie, donnant à Sibiu son caractère alémanique.

L’anthropologiste Anne Schieltz a retracé cette histoire dans son projet de film ‘Exil ou renaissance’, réalisé en collaboration avec des étudiants de Diekirch (Luxembourg) et de Sibiu afin de donner aux plus jeunes la vision d’une Europe unie.

Une organisation speed

Autre grande rendez-vous, le Festival de cinéma Transylvania qui se déroule généralement dans la ville de Cluj/Klausenburg, aura lieu cette année à Sibiu. L’exposition de photos ‘Attention, Gypsies ! Story of a misunderstanding’ [Attention gitans ! Histoire d’un malentendu] au Musée Astra de Sibiu et au Luxembourg, donne un éclairage ethnologique sur la région en dépeignant la minorité Rom de Roumanie. La communauté hongroise présente de Sibiu se présentera elle-même aux spectateurs dans le cadre d’un projet pluridisciplinaire d’expositions, de séminaires et de musique intitulé ‘Ars Hungarica’.

500 000 touristes sont attendus pour 2007, la plupart d’entre eux durant la période estivale. Les organisateurs se demandent aujourd’hui dans quelle mesure l’infrastructure locale sera en mesure de résister à cet afflux d’étrangers. La plupart des restaurants, des cafés et des bars se concentrent dans un petit quartier au cœur de la ville, même si de nombreux logements seront disponibles aux alentours.

Le projet ‘Sibiu, capitale européenne de la Culture’ a probablement été bouclé dans l’urgence et la précipitation. Gageons que la ville saura résister à la pression et à l’afflux de visiteurs. L’organisation de ce type d’évènement reste finalement assez ‘freestyle’ dans le cadre bien huilé des manifestations européennes.

Photo du texte : Ariadna Matamoros

Bande annonce officielle des capitale européennes de la Culture retenues en 2007