"Si l'Europe veut, elle peut"

Article publié le 1 juin 2009
Publié par la communauté
Article publié le 1 juin 2009
Le blog Electorallemand suit pour le magazine français L'Express la campagne européenne en Allemagne. En coopération avec Café Babel dans le cadre du projet EU Debate 09, le blog de Café Babel Berlin reprendra certains articles d'Electorallemand.
Aujourd'hui : La Bavière et l'Europe

Si il n’est déjà pas facile de citer les candidats aux européennes dans son propre pays, cela devient mission impossible pour des candidats à l’étranger. Pourtant, pour élargir le débat et avoir un autre point de vue sur ces élections, rien de tel qu’un petit tour hors de nos frontières. A Berlin, par exemple, c’est Dagmar Roth-Behrendt qui portera les couleurs du parti socio-démocrate allemand (SPD). Députée à Bruxelles depuis 1989, cette Européenne convaincue, ancienne vice-présidente du Parlement européen, est une spécialiste des questions d’environnement de protection des consommateurs. Depuis quelques semaines, son visage s’affiche dans la rue de la capitale allemande. La campagne européenne est devenue son quotidien.

Sébastien Vannier : quelles sont les réussites dont vous êtes fière dans les quatre mandats que vous avez effectués au Parlement européen ?

Dagmar Roth-Behrendt : Chaque législature avait sa propre dynamique. Les plus grands succès sont ceux qui ont directement une influence positive sur la vie des gens. Que nous ayons de l’eau parfaitement propre par exemple, ce qui n’était pas le cas auparavant à Berlin. Ou un air plus pur ou encore le paquet sur l’environnement. Ce sont des avancées obtenues grâce au Parlement européen, souvent malgré la résistance des pays membres. En matière de protection des consommateurs, nous avons réalisé de petites révolutions mais les citoyens ne le savent que trop peu.

SV : Quelles sont vos motivations pour continuer dans cette voie ?

DRB : Je suis fière de certaines réussites et je souhaiterais pouvoir les continuer. Dans les pays qui viennent de rejoindre l’UE, des domaines comme l’environnement et la protection des consommateurs sont primordiaux. Nous devons leur transmettre le bilan que nous avons déjà atteint.

SV : Qu’est-ce que l’Europe peut parvenir à faire dans le domaine de la lutte contre le changement climatique ?

DRB : ceux qui ne veulent rien faire avancent l’argument : de toutes façons, tant que l’Inde et la Chine ne font rien, ça ne sert à rien. Ce n’est pas ma position. Je suis convaincue que, quand l’Europe veut, elle peut. Nous devons être ambitieux et strict et reconnaître qu’économie et écologie sont compatibles.

SV : Qu’en est-il de la question du nucléaire ?

DRB : Je suis convaincue, comme mon parti, et comme la position officielle de l’Allemagne, que nous devons sortir du nucléaire. Cela reste, de toutes façons, une décision de chaque pays. Mais ceux qui produisent du nucléaire devraient enfin internaliser les coûts externes qui sont énormes. Le nucléaire deviendrait tout de suite moins intéressant.

SV : le lancement de la campagne du SPD, avec des affiches attaquant les autres partis, a été très remarqué. Vous approuvez cette stratégie ?

DRB : Une affiche électorale est là pour éveiller l’attention. Je ne les ai découverts qu’au moment de la publication. Mais je les trouve excellentes. Elle montre ce pour quoi nous ne sommes pas. Ma préférée : « Les requins de la finance voteraient pour la FDP (libéraux) ».

SV : Ne manque-t-il pas le programme du SPD dans cette negative campaign ?

DRB : en lisant bien, vous pouvez lire notre mot d’ordre : la politique sociale. Nous voulons une Europe sociale, une Europe écologique et plus de solidarité. Le social, c’est ce qui manque à l’Europe et Barosso et sa commission nous ont fait reculer dans ce domaine.

SV : assistons-nous en Allemagne à une campagne strictement nationale ?

DRB : les campagnes sont toujours orientées vers la propre population. Mais nos revendications sont européennes. Quand nous critiquons les autres partis, c’est sur leur comportement au Parlement européen.

SV : vous avez débuté au Parlement européen il y a 20 ans, quelle votre vision pour l’Union Européenne dans 20 ans ?

DRB : nous travaillerons de manière plus efficace et plus structurée. Le Parlement comptera moins de députés, ce qui impliquera un problème de représentation. L’UE s’élargira mais je ne veux pas me lancer dans un pronostic pour la Turquie. Cela ne tient pas seulement au fait que des pays comme la France voudront déterminer par référendum cet élargissement. Cela tiendra à la volonté de la Turquie d’effectuer les changements nécessaires à l’adhésion à l’Union. Peut-être ne voudront-ils plus accepter les conditions actuelles. Si la Turquie respecte ces critères d’adhésion, alors le pays aura beaucoup changé d’ici à 2029.

Sébastien Vannier

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