Sexisme au pays des cyclones : qui sème le vent, récolte la tempête

Article publié le 9 février 2016
Article publié le 9 février 2016

Les météorologues prédisent la météo, analysent les données satellite et se creusent la tête pour donner un nom aux zones de basse pression et aux anticyclones, aux ouragans et aux typhons. Les futurs parents connaissent bien le problème. Une étude vient de montrer que l'importance de donner un prénom féminin aux tempêtes est souvent sous-estimée. Les conséquences, elles, sont catastrophiques.

 « Katrina », « Audrey », « Joaquin »... C'est ainsi que sont surnommées les tempêtes. Elles ravagent des zones côtières entières, rasent des habitations et font déborder les fleuves. Cela est d'autant plus surprenant que ces gigantesques sillons ravageurs portent de jolis prénoms.

Un groupe de chercheurs de l'Académie Nationale des Sciences américaine a découvert lors d'une étude, que les tempêtes à qui l'on attribue un prénom féminin font clairement plus de victimes que celles qui portent un prénom masculin. Pour cela, ils ont analysé 92 tempêtes de l'Atlantique qui ont secoué le pays entre 1952 et 2012. Au cours d'une autre expérience, ils ont interrogé des individus sur l'intensité et la nature dangereuse de 10 tempêtes : cinq avec un prénom féminin, cinq avec un prénom masculin. Le résultat est étonnant : celles avec un prénom féminin ont été considérées comme moins dangereuses. Cela signifie concrètement que les gens ont pris des mesures de prudence lorsqu'il était déjà trop tard. Les soi-disant stéréotypes sexistes seraient responsables de ce mauvais jugement. Les hommes sont le sexe fort. Les femmes, le sexe faible ou tout du moins plus faible. Ces stéréotypes sont profondément ancrés en nous, êtres humains, peu importe que nous les refusions ou les partagions. 

« Une pipe que tu n'es pas prête d'oublier ! »

Quand la tempête « Alexandra » est considérée comme moins dévastatrice que la tempête « Alexander », il faudrait reconsidérer la dénomination très rapidement. C'est ce que pensent également les chercheurs et il n'y a pas qu'eux. Depuis la fin des années 80, de nombreuses féministes se battent pour obtenir un nouveau système d'appelations. Des gros titres tels que « Katrina détruit la Nouvelle-Orléans », « Katrina ravage 320 millions d'arbres », « Sandy fait rage en Amérique du Nord : au moins 29 morts » ou « 21 personnes meurent à cause de Hanna » évoquent le fait que le mal personnifié porte un prénom féminin. Et cela va encore plus loin. À la Nouvelle-Orléans en 2005, « Katrina » a même été traitée de « salope ». Des T-shirts sur lequels on peut lire « Une pipe que tu n'es pas prête d'oublier ! » ont été commercialisés.

« Quel est le point commun entre les femmes et les tempêtes? Quand elles repartent, elles emportent les voitures et les maisons ! » Les blagues sur le sexe faible comme celles qui sont racontées autour d'une table majoritairement masculine où les rires sont garantis, ne relèvent définitivement plus du 21ème siècle.

Dans de nombreux pays, les prénoms féminins et masculins donnés aux cyclones changent chaque année. Wikipédia tient scrupuleusement une liste à ce sujet.

En Allemagne, pour la somme de 300 euros, on peut avoir une voiture d'occasion pleine de rouille, ou bien donner un nom à un anticyclone. Pour 200 euros, les zones de basse pression sont encore plus avantageuses. L'argent est reversé aux étudiants en météorologie de l'Université libre de Berlin. Mais cette démarche n'est absolument pas une solution en matière de problématique des appellations.

Des tornades, dont le titre est un prénom et dont les paroles traversent inexplicablement les générations, sont déjà assez dégradants. Le fait de donner un prénom aux catastrophes naturelles, qu'il soit masculin ou féminin, devrait manifestement donner lieu à davantage de vents contraires.