« Sexe, mensonges et médias » : le sulfureux ménage à trois débusqué par Jean Quatremer

Article publié le 16 avril 2012
Article publié le 16 avril 2012
Par Aris Kokkinos Jean Quatremer, correspondant de Libération à Bruxelles a été le premier journaliste à évoquer en 2007 sur son blog le problématique rapport aux femmes de Dominique Strauss-Kahn. Aujourd’hui, il vient d’écrire un livre sur l’affaire DSK et sur ses conséquences dans le journalisme. Il a répondu aux questions de Cafebabel Bruxelles.

Est-ce que la connivence entre journalistes et politiques est une spécificité française, y a-t-il des cas similaires à Bruxelles ?

Il y a eu une époque où les journalistes étaient dans une connivence très forte avec les institutions européennes, qui a pris fin avec la chute de la Commission Santer. Un des problèmes de ces relations c’est que lorsqu’un journaliste épouse un politique, il apporte dans sa corbeille de mariage son carnet d’adresses. C’est le cas d’Anne Sinclair et de Dominique Strauss-Kahn. Elle a amené des amis journalistes qui ont défendu le couple au moment où l’affaire du Sofitel a éclaté. On voit le piège de ces relations: non seulement le journaliste tombe dans la connivence, mais aussi son entourage.

Est-ce qu’à Bruxelles il y aurait des comportements similaires à celui de DSK ?

En 25 ans de journalisme, c’est la première fois que je rencontre un politique qui se comporte de cette façon-là avec les femmes. Je n’ai pas enquêté dans sa chambre à coucher, j’ai recueilli des témoignages qui confirmaient que le personnage avait un problème. Au-delà de ça, si j’entends parler d’un politique européen qui harcèle une de ses subordonnées, et que je réunis les preuves, je sortirai l’affaire.

Vous dites qu’Anne Sinclair défend une vision pompidolienne de la société, en référence à l’article 9 sur la protection de la vie privée. Est-ce qu’il faut être de droite pour être pompidolien ?

Non ! Justement, depuis que j’ai publié ce livre, la presse de gauche ne me soutient pas, même dans mon propre journal, qui est heureusement en train de changer grâce à Nicolas Demorand. Mais je trouve ça succulent de voir des gens de gauche défendre une vision de la société qui date de Pompidou, puisque l’article 9 était une loi attentatoire à la liberté de la presse.

En 2007, vous publiez l’article sur DSK dans votre blog, ce que vous n’auriez pas pu faire dans la version papier de Libération. Est-ce que la fréquence de sujets liés au sexe sur internet a aussi libéré la parole des journalistes ?

Internet est en train de transformer profondément la presse. C’est pour ça que j’ai fait ce livre. Si la presse ne s’adapte pas rapidement, nous allons disparaître. Parce que l’information n’est plus seulement verticale, elle est horizontale. Si les journalistes ne s’adaptent pas à cette nouvelle réalité, les gens se nourriront de rumeur. Si les journalistes croient qu’ils vont pouvoir survivre en pratiquant la dénégation du monde réel, ils se fichent le doigt dans l’œil. L’annonce de l’arrestation de DSK est partie de Twitter, a été reprise par le site Atlantico, puis par les sites des journaux, et donc il fallait enquêter sur DSK. Les puissants bénéficient d’une omerta, mais s’ils chutent ils voient l’horreur de cette soi-disant transparence médiatique qu’on applique à tout le monde.