seville, on lutte

Article publié le 25 avril 2013
Article publié le 25 avril 2013
Selon les spécialistes, l’Histoire malgré des hauts et des bas prévisibles, suit un vecteur linéal vers le progrès de l'humanité et le perfectionnement de la civilisation à travers les siècles. Diuen els estudiosos que la història, a resguard dels seus lògics vaivens, conserva a través dels segles un vector lineal cap a l'avanç de la humanitat i el perfeccionament de la seva civilització.

Ainsi, et selon cette théorie, les crises conjoncturelles, les guerres, les révolutions et les régressions ponctuelles, ne sont que des catharsis qui contribuent au progrès de la société et qui augmentent le niveau d'égalitarisme et de développement. La science, la technologie, les services sanitaires, le perfectionnement des structures du gouvernement et l'alimentation éprouvent donc un accroissement constant à travers les siècles en faveur de ce vecteur linéal de l'Histoire.

b-1-10.jpg Cependant, c'est possible que nous soyons en train de pénétrer dans une nouvelle phase historique : des indices plus que suffisants existeraient pour determiner que l'histoire n'est plus un vecteur qui marche de l’avant, mais deux vecteurs opposés, l'un visant vers le progrès et l'autre vers une évidente régression.

Les images de ce reportage parlent d’elles-même.

b-1-1.jpg Les montagnes d'ordures accumulées dans l'Alameda de Hércules constituent plus, bien plus, que le reportage photographique sur un conflit du travail entre la municipalité et son entreprise de nettoyage public.

Sous le poids des déchets se trouve une société ensevelie, non pas comprise comme une simple réunion d’individus, mais décrite comme l'ensemble solidaire et harmonique de tous ses membres.

Par contre, sur la montagne de sacs de poubelle commande triomphalement la globalisation, le capitalisme pur et dur et la mort de l'État Providence et des services publics.

b-1-3.jpg Oblidin-se de qui va tenir raó aquesta vegada. Tractin de romandre aliens a la premsa diària, als incidents concrets de la vaga i fins i tot deixin per un moment de costat els seus particulars filies i fòbies. Oublions qui avait raison cette fois. Tâchons d’ignorer la presse quotidienne, les incidents concrets de la grève ; laissons même de côtè nos prédilections et nos phobies particulierès.

Si le manque de solidarité continue de prendre à son aise, si la crise économique et de valeurs que subissent nos sociétés continue de s'approfondir, alors le jour où il n'y aura plus aucune solution possible au conflit n'est pas loin.

Personne ne s'occupera de nous quand on tombera malades. Personne n'éduquera nos enfants. Personne ne ramassera nos ordures. Personne, malgré ce que l’on puisse posséder, individuellement, disposera de la capacité financière suffisante pour payer de ses propres moyens.

b-1-4.jpg Or, en parallèle, pourvus de nos “smartphones”, nos tablettes, nos appareils photographiques numériques, nous sommes instantanément connectés avec les autres compagnons souffrants de l’humanité.

En temps réel nous pouvons re-twitter, partager sur Facebook ou envoyer à notre liste de courrier électronique n’importe quelle information produite.

Nos rues, où déambulent des clochards et nos enfants non scolarisés, sont pleines de déchets et d’eaux stagnantes, le bouillon parfait pour multiplier les épidémies que l’on croyait révolues.

b-1-5.jpg Alors, ce tweet ne serait pas du tout insensé: “@leondesanmarcos a retuité ça : cent infectés de plus à La Alameda. RT? #pestebubonique”

Ou bien : “Vale Wale, Elena Urbina et cinq autres personnes aiment ton état : la montagne d’ordure de la rue Rioja arrive au quatrième. Des rats aussi grands que des pitbulls. Partagez-le sur vos walls”.

b-1-8.jpg Nous n’aurons pas des services sociaux, mais nous ne manquerons pas de moyens pour échanger de

l’information, des donnés, des plaintes, des photos, des analyses de blogueurs et des news de presse. Un échange interminable d’informations suivi d’une passivité indestructible. On aura passé de l’état de citoyen à celui de temoin et de porte-parole de notre propre manque de citoyenneté. De notre décadance.

b-1-6.jpg Et pendant ce temps, les deux vecteurs de l’Histoire continueraient à faire des progrès en pendule jusqu’à ce qu’ils désintègrent le peu de tissu social qu’il restera, en réduisant tous les progrès sociaux et humanitaires obtenus pendant trois millénaires, tout en portant la technologie à des limites de perfectionnement insoupçonné afin de devenir de bêtes munies de Tablette et d’iPhone.

Nous n’avons jamais été si bien informés. De la même façon, nous n’avons jamais été si passifs.

b-1-9.jpg Je me demande que se serait-il passé si les parisienes de Juillet 1789 avaient disposé des mêmes moyens d’échange d’informations que nous aujourd’hui. Je me demande s’ils auraient attaqué la Bastille où s’ils se seraient contenté de reproduire jusqu'à satiété un tweet pas très différent de celui-ci :

“Louis XVI a clôturé les États Généraux. Coup d’État du roi absolutiste. Le peuple continue sans souveraineté ni democratie #LouisXIV #eteaparis RT ???”

b-1-7.jpg Si nous voulons que l'Histoire ne cesse de marcher vers le progrès dans une seule direction, et que règne à nouveau le progrès, la solidarité et la démocratie, nous devons arrêter d'être de simples spectateurs et des porte-parole, et plutôt nous transformer en des acteurs de la vie publique.

#éteignonsnosportables et #nettoyonslesordures

Personne ne le fera à notre place.

Joaquín Saravia

Fotos: Valentina Ricci

Traduction: Marta Arias