Série Polis Blog : Schengen, sans frontières ?

Article publié le 16 janvier 2016
Article publié le 16 janvier 2016

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

« Is the Schengen dream of Europe without borders a thing of the past? » C'est la question que posait le journal britannique The Guardian début janvier. Beaucoup de jeunes européens y répondent par la négative. Ils veulent continuer à rêver d'une Europe sans frontières, mais ils veulent aussi pouvoir la vivre.

Schengen est sans aucun doute menacé. De plus en plus de citoyens et de politiques remettent en question la viabilité d'une Europe sans frontières. Les barbelés et les barrières ont remplacé la paix et la sécurité et font désormais partie d'une (pas si) nouvelle réalité européenne. L'Allemagne a rétabli le contrôle à ses frontières avec l'Autriche. La Suède et le Danemark contrôlent tous deux leurs frontières communes, et la France fait de même à toutes ses frontières. Mois après mois à Bruxelles, les pays membres de l'UE cherchent désespérément des réponses à une crise qui transcende largement les frontières de l'Europe. Mais surtout, certaines mentalités dont on pensait être venu à bout ressurgissent dans la tête des Européens et enveniment leur relation entre eux : la peur et la défiance envers l'autre. Le Schengen de 2015, vingt ans après son entrée en vigueur, c'est avant tout un idéal bien lointain.

Une idée osée mais cohérente

C'est en 1985 que les chefs d'État et de gouvernement européens se réunissent dans la petite ville frontalière de Schengen pour déclarer leur volonté de faire de l'abolition des frontières intra-européennes un objectif commun. Des siècles de conflits autour des frontières du Vieux Continent précèdent cette déclaration historique : « La suppression des frontières internes de l'Union européenne signifie reconnaître que tous les citoyens des États concernés appartiennent à un même espace et partagent une même identité ». Schengen est alors une idée très osée, compte tenu de la réalité impregnée du concept d'État-nation dans laquelle nous vivons encore. Il s'agit pourtant d'une démarche logique. Une démarche clairvoyante qui sait reconnaître que seule une Europe communautaire ne peut être à la hauteur des défis qui nous attendent. L'immigration, le commerce, le terrorisme... tout cela avait rendu les frontières des anciens États-nations poreuses depuis bien longtemps.

Schengen prend la mesure des limites de la Nation

« Une nation qui ne peut pas contrôler ses frontières n'est pas une nation. » Ronald Reagan aurait parfaitement compris que Schengen est étroitement lié à une reconstruction de ce qui est à l'intérieur, à l'extérieur, de ce qui est national et de ce qui ne l'est pas. Les frontières servent au droit et à l'ordre, mais également à la protection de l'identité nationale et des structures de l'État. Schengen, quant à lui, touche aux fondements même de l'État-nation. La question que Schengen pose, et à laquelle il tente aussi d'apporter une réponse, est la suivante : les États-nations sont-ils encore adaptés à notre époque, face aux défis politiques transnationaux et parfois même mondiaux ? Les États du XXIe siècle sont confrontés à des défis qui nécessitent des outils innovants tels que Schengen. L'argument du « c'est comme ça qu'on a toujours fait » n'est plus valable dans le monde d'aujourd'hui, si tant est qu'il l'a jamais été.

Une utopie impossible ?

La situation actuelle de Schengen oblige à prendre conscience des divergences au sein de l'Europe que nous ne pouvons pas ignorer en toute connaissance de cause. Malgré Schengen, malgré le marché unique et l'union monétaire, des barrières sociales, religieuses et économiques subsistent. Même en Allemagne, traditionnellement l'un des pays européens les plus favorables à l'intégration, nombre de citoyens estiment qu'une « identité commune » a et doit avoir des limites. Voyez l'omniprésence de la faillite grecque et le traitement qui lui a été réservé dans les médias allemands au cours des dernières années. Les 26 États qui composent l'espace Schengen sont très différents les uns des autres, c'est bien vrai. Le développement de la confiance réciproque qu'une telle structure exige n'est peut-être pas un simple « défi ». On pourrait même penser qu'il est tout bonnement impossible. Des pays « égaux » peuvent-ils donc vivre sans frontières ? L'espace Schengen est-il un simple amas uniforme ?

La mentalité Schengen

Ces questions, ainsi que tant d'autres que l'on est en droit de se poser face à la situation préoccupante de Schengen, feront l'objet d'une série d'articles sur cafébabel et sur le Polis Blog (en allemand) au cours des prochaines semaines. Les membres du think-tank dit « grassroot » Polis180 se penchent sur différentes facettes de Schengen, qu'elles soient de nature économique, culturelle, juridique ou bien sociale. À l'issue de cette série, Polis180 organisera une conférence tout au long de la journée du 20 février prochain à Berlin, avec pour thème « Schengen, sans frontières ? » et au cours de laquelle de jeunes européens feront part de leurs réflexions sur l'idée d'une Europe sans frontières.

Car pour eux, Schengen correspond aussi à l'incarnation d'une certaine mentalité : celle de notre jeune génération européenne. Tolérance, ouverture et compréhension mutuelle, tant de valeurs qui vont selon nous de pair avec l'absence de frontières et qui représentent les seuls outils véritablement efficaces sur le long terme pour éviter les conflits. Oui, cela ressemble à une rêve idéaliste. Mais les frontières sont faites pour être franchies.

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Au cours des prochaines semaines, cafébabel et le Polis Blog de Polis180 publieront une série d'articles observant plusieurs aspects de l'espace Schengen et de l'idée associée d'une Europe sans frontières. Mardi prochain, Natalie Welfens marquera le début de cette série avec une « interview » sur le sujet du trentième anniversaire de Schengen.