Serbie, entre conflits internes et rapprochement vers l'UE

Article publié le 12 février 2008
Article publié le 12 février 2008
Par Véronique Strobel 3 février 2008. Un jour important pour la Serbie. Celui du second tour de l’élection présidentielle, qui voit s'opposer le président sortant, le pro-européen Boris Tadić et l'ultra-nationaliste Tomislav Nikolić et qui déterminera probablement l'avenir du pays.

C'est certainement la raison pour laquelle un nombre record de personnes se sont rendues aux urnes dimanche, pour ces élections considérées comme les plus importantes depuis la chute du régime de Slobodan Milosević en 2000. Ce sont 67, 7 % des quelques 6,7 millions d'électeurs qui se sont déplacés. Pour choisir finalement Tadić, en lui donnant une courte avance (50,5 %), ce qui ne va pas sans soulager l'Union européenne qui ne cachait pas sa préférence pour le candidat pro-européen.

Une victoire qui n'avait rien d'évident lorsqu'on sait que Nikolić devançait son adversaire de près de 4 % au premier tour et que Vojislav Koštunica, premier ministre, n'approuvait pas son président. Ce dernier n'était, en effet, pas convaincu de la politique menée par Boris Tadić contre l'indépendance du Kosovo, jugée trop peu incisive. Une divergence de point de vue qui a presque tourné au «chantage» lorsque Koštunica a envoyé une lettre au président dans laquelle il expliquait quels changements pourraient intervenir dans la coalition entre son parti, le DSS (Parti démocrate de Serbie) et le DS (Parti démocrate), le parti de Tadić, si ce dernier ne renonçait pas à ses ambitions pro-européennes. Des difficultés qui ont toutefois pu servir la cause de Boris Tadić qui a alors été en mesure de s'adresser à ses électeurs et rassembler à sa cause ceux qui jadis lui avaient reproché sa coalition avec le premier ministre Koštunica.

La question du Kosovo reste cependant à l'ordre du jour, puisque malgré la volonté du président d'empêcher son indépendance, les leaders albanais indépendantistes de la province se préparent à proclamer leur indépendance d'ici à quelques semaines. D'où d'ailleurs, la volonté de l'Union européenne d'y envoyer une mission pour prendre la relève de l'ONU. Une idée très mal perçue par le premier ministre qui voit là la volonté de l'UE d'aider le Kosovo à proclamer son indépendance, ce qui créerait donc „un Etat albanais fictif en territoire serbe“ selon les mots de Koštunica. L'accord qui devait être signé jeudi 7 entre le gouvernement serbe et l'Union européenne a du coup été reporté, créant un véritable chaos entre les membres du gouvernement serbe et débouchant sur une certaine instabilité politique.

(Crédit Photo: Flickr/Laurent François)