Sélection basque de football : le peuple qui drible des deux côtés des Pyrénées

Article publié le 23 décembre 2008
Article publié le 23 décembre 2008
Le traditionnel match de Noël de la sélection basque aura lieu contre l’Iran le 23 décembre. Mais joueurs et supporters, personne ne s’entend sur le nom à donner à une équipe qui appartient à deux pays, la France et l’Espagne. Quand sport et identité se rencontrent…

Noël arrive et, avec lui, le touron (petite gourmandise espagnole), les repas de travail, les réunions de famille, les achats compulsifs au cas où ce serait la fin du monde, les lumières dans les rues et sur les immeubles pour illuminer le changement climatique et bien sûr, le match de football de la sélection basque contre celle d’un autre pays. Cette année, le match se jouera le 23 décembre contre l’Iran qui est, selon le classement de la FIFA, la deuxième meilleure sélection du continent asiatique après le Japon.

Sortez vos Kleenex

Pour surmonter la dépression provoquée par la situation des équipes de football basques, ici, on aime se rappeler la décennie dorée des années 80 quand la Real Sociedad et l’Athletic de Bilbao gagnaient des ligues… ou les émouvantes années 90, quand on parlait du « Barça Baskolona » vue la multitude de joueurs basques dans l’équipe barcelonaise. Ah la belle époque ! Aujourd’hui, chaque fois que nous entendons parler de football basque, nous sortons un kleenex. 

Quelques équipes se maintiennent miraculeusement en première division, en trichant diront certains, une majorité se cache dans une médiocre ligue 2 et d’autres flirtent même sans simagrées avec la Nationale. Il faut donc changer de sujet de conversation. Mais la vérité, c’est que nous n’en avons pas d’autre ! La crise est partout dans les journaux, et lire des romans est sûrement trop fatiguant… Alors nous continuons, sans répit, à nous faire du mal !

Une sélection basque mais compliquée

La sélection basque n’est, en réalité, pas vraiment officielle : on la convoque pour certains matchs de caractère festif et revendicatif, non exempts de symbolique nationaliste. Pourtant, cette équipe aspire à devenir officielle et à appartenir à la FIFA comme un membre différencié de la sélection espagnole, bien que les footballeurs basques jouent habituellement avec celle-ci.

Ses origines remontent à 1915, quand elle a commencé à jouer avec des footballeurs de Cantabrie sous le nom de « Selección Norte ». Après plusieurs changements de nom et une guerre civile suivie de 40 ans de dictature et de répression, la sélection basque a recommencé à jouer en 1979 sous le nom de « Selección de Euskadi ». Le problème onomastique a commencé en 2007 quand, à la demande des joueurs et sous l’impulsion de la fédération basque, elle s’est appelée « Euskal Herria ».

Out Navarre et Pays basque français

Et ainsi a commencé la grande embrouille. Certains avancent que le nom « Euskadi » représente seulement les trois provinces de la Communauté autonome espagnole du Pays basque, mais sans y inclure la Navarre voisine, ni les trois provinces du Pays basque français (le « Lapurdi », la « Zuberoa » et la « Behenafarroa »), qui appartiennent au département des Pyrénées atlantiques en France.

« Nous pourrions même nous demander si, derrière tous ces gros titres dans la presse, les Basques existent vraiment »

C’est pour cela que la sélection devrait s’appeler « sélection d’Euskal Herria » puisqu’elle réunit des joueurs des sept provinces. Sept provinces qui partagent une langue, une culture et des traditions millénaires, mais qui n’ont jamais disposé d’institutions politiques ou administratives communes, ce qui a provoqué une grande diversité interne qui se reflète dans la vie culturelle et politique. 

Dans une de ses chansons, le groupe basque Negu Gorriak disait avec beaucoup de justesse et d’ironie que « nous pourrions même nous demander si, derrière tous ces gros titres dans la presse, les Basques existent vraiment. » Mais nous existons, c’est en tout cas ce que croyait Voltaire qui définissait les Basques comme « le peuple qui danse des deux côtés des Pyrénées. »

Totum revolutum basque

En réalité, la discussion ne porte pas sur le football, ni sur un nom mais elle reflète les contradictions entre des aspirations politiques, des traditions et une réalité sociale et politique qui ne laisse pas beaucoup d'espace aux jongleries territoriales. Et ce qui se passera le 23 décembre est encore plus compliqué ! Les joueurs ont annoncé qu’ils ne joueront pas si le nom actuel, « Sélection d'Euskadi », est conservé. Ils joueront seulement sous l'appellation de sélection « Euskal Herria ».

Ce sont les gitans qui ont finalement trouvé la solution à un problème infernal (et une conclusion à une discussion stérile) : de façon très sage, ils n’ont jamais confondu peuple et territoire, et encore moins maintenant dans une Europe sans frontières. En revanche, nous, les Basques, continuons de confondre peuple, pays et territoire… Tout cela nous occupe beaucoup. Peut-être trop ?