Séisme en Italie : tremblement de coeurs

Article publié le 1 septembre 2016
Article publié le 1 septembre 2016

[OPINION] Quelques heures après le tremblement de terre qui a détruit Amatrice, Arquata et Accumuli une chaîne de solidarité s’est mise en place pour aider les victimes et leur apporter des biens de première nécessité. Cette solidarité a montré les Italiens sous leur meilleur jour. Les images de la tragédie ont brisé le cœur de tout le monde, un cœur très grand qui ne s’est jamais arrêté de battre

Imaginez que vous vous faites réveiller au milieu de la nuit par votre maison qui tremble, qui se balance, qui danse. Essayez de penser aux sensations éprouvées à cet instant où votre chambre commence à s’effondrer, vos objets sont projetés par terre, vous entendez les hurlements de vous parents, de vos frères, de vos amis effrayés tout autant que vous par ce qui est en train de se passer. Si vous parviendrez sûrement à vous imaginer cette scène, je crois qu’il vous est en revanche impossible d’imaginer les sensations ressenties, la peur puis le désespoir. Celui de voir sa vie voler en éclats et de devoir pleurer la perte d’un être aimé. Seuls ceux qui ont vécu ces choses-là peuvent les comprendre, et la plupart des Italiens l’ont fait. Seulement quelques heures après la première secousse de magnitude 6.0 au centre de l’Italie des initiatives de soutien et de solidarité ont été mises en place par les communautés touchées.

Dimanche dernier, était prévue la 50ème fête des spaghettis à l’amatriciana, un plat typique de la cuisine des zones touchées par le tremblement de terre qui doit justement son nom à la ville d’Amatrice qui paye un lourd tribu aussi bien en terme de vies que de bâtiments détruits. C’est justement l’approche de cette fête qui a donné l’idée au blogueur Paolo Campana d’utiliser le plat de pâtes typique de la ville pour mener une initiative de solidarité et récolter des fonds. Avec le hashtag #AmatricianaSolidale (AmatricianaSolidaire, ndlr), les restaurateurs et leurs clients ont été invités à participer à cette initiative en donnant 2 euros (1 euro est versé par le client et l’autre par le restaurateur) à la Croix Rouge pour chaque plat de spaghettis amatriciana commandé.

Amatriciana, mais pas seulement  

Les élans de solidarité sont venus de toutes l’Italie, du monde entier. La Protection Civile a immédiatement mis en place un fonds auquel il est possible de donner 2 euros en envoyant un sms, l’argent servira à la reconstruction des biens et services publics dans les zones touchées par le séisme, et la Croix Rouge italienne a fait la même chose pour les victimes. Dans toutes les régions, les nombreux centres de collecte sont bondés, les gens viennent donner de la nourriture, des couvertures et des biens de première nécessité qui seront envoyés aux zones sinistrées, ce fût aussi le cas des Centres de don de sang pendant les premières heures d’urgence. Du Christ Rédempteur de Rio illuminé avec le drapeau tricolore italien, à Toronto, de New York à Dallas, le monde entier soutient le peuple italien. Comme avec ce hashtag #prayforItaly. Jamie Oliver, un célèbre chef cuisinier et restaurateur britannique a reproduit outre-manche l’initiative de l’Amatriciana lancée en Italie en l’introduisant dans ses restaurants. Même action : 2 livres sterlings reversées pour chaque plat de pâtes vendu. Lady Gaga a annoncé sur Twitter qu’elle allait faire un don pour la reconstruction des villages détruits. Mark Zuckerberg, en visite en Italie a lui aussi exprimé ses condoléances aux victimes et annoncé sur Facebook qu’il donnera 500 000 dollars (en publicité sur Facebook) à la Croix Rouge.

Un total manque de culture de la prévention

Donc pour une fois tout semble avoir parfaitement fonctionné. Non, car les polémiques ne se sont pas faites attendre. Où sera vraiment alloué l’argent récolté ? Comment et quand interviendra-t-on ? Comme pour les autres séismes ayant eu lieu dans le passé, les structures et les matériaux utilisés pour la construction des bâtiments qui se sont écroulés (en particulier l’école et l’hôpital d’Amatrice) sont soumis à l’expertise de la justice. C’est triste mais nécessaire. Puis, les thèses complotistes ont été évoquées. Il y en a pour tous les goûts : la véracité des chiffres fournis sur la magnitude du tremblement de terre par le gouvernement, la préférence soi-disant accordée aux immigrés sur ceux qui ont perdu leur maison en vue de la répartition dans des logements temporaires, certaians sont allés jusqu'à remettre en cause la fiabilité des dons parce que « qui sait ce qu’il font de l’argent venant de dons ». Tout ceci se passe de commentaires, les faits parlent d’eux-mêmes.

Mais le fait est surtout que la solidarité ne suffit pas. Une phrase qu’on utilise pour ces tragédies fait toujours mouche : « Ce n’est pas le tremblement de terre qui tue, ce sont les maisons que l’homme construit ». C’est vrai, sacrément vrai. Nous avons une fois de plus démontré notre immense valeur dans l’urgence, dans les secours, dans l’esprit de proximité aux populations touchées. Nous avons cependant aussi une fois de plus démontré notre manque total de culture de la prévention, de la programmation, de la mémoire. Berice, Frioul, Irpinia, Ombrie, L'Aquila et maintenant Amatrice. On devrait tirer les leçons des erreurs du passé, on devrait faire de la « sécurisation » de notre territoire une priorité. Mais cette fois encore dès qu’on aura terminé d’enterrer les victimes, que les décombres auront été enlevées on oubliera. Pourtant, il reste le cœur. Les images des dégâts causés par le tremblement de terre, celles de la recherche désespérées de survivants, celles des enterrements des victimes ont brisé le cœur de tout le monde. Un cœur brisé oublie difficilement la raison qui a provoqué sa souffrance. Si nous ne réussissons pas à avoir de la mémoire, essayons d’avoir du cœur pour éviter les erreurs, déjà commises. De ça, on n’en a jamais manqué.