Séisme en Italie : la presse européenne en parle

Article publié le 8 avril 2009
Article publié le 8 avril 2009

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Le tremblement de terre de lundi dans la région montagneuse des Abbruzes a fait plus de 200 victimes. Des milliers de personnes sont blessées et près de 100 000 autres n'ont plus de toit. Alors que les sauveteurs poursuivent leurs recherches pour trouver des survivants, la presse européenne tire les premiers enseignements de la catastrophe.

La Stampa - Italie

Après le tremblement de terre destructeur, le quotidien libéral La Stampa critique la négligence des autorités italiennes responsables de la construction : « Le tremblement de terre (…) nous parle de maisons qui ont été construites trop vite et avec des moyens restreints. On a fait des économies sur le fer et on a mélangé un béton qui contenait beaucoup de sable et peu de ciment. Il nous parle d'entreprises du bâtiment irresponsables et de donneurs d'ordre publics sans scrupule et sans discipline, grisés par le boom de la construction de ces deux dernières décennies. (…) En Italie, nous disposons de l'un des centres de sismologie des plus renommés (à Pavie) et de l'une des unités de protection civile les plus efficaces. Mais nous ne comprenons pas la gravité constante d'une situation qui repose sur des décennies de négligences et d'éléments superficiels. La nature de ce problème critique (…) nécessite de toute urgence la modification d'une situation devenue insupportable depuis longtemps. Car c'est précisément le dernier paradoxe cruel qui nous vient des Abruzzes : nous parlons constamment de développement ‘durable’ sans remarquer les milliers de bâtiments autour de nous qui ne sont plus ‘durables’ depuis longtemps. » 

(08.04.2009)

La Repubblica - Italie

« De nombreuses maisons ont été construites sans autorisation ou ont été agrandies de manière illégale »

Après le tremblement de terre, le quotidien progressiste de gauche La Repubblica commente l'image de l'Italie dans les médias internationaux : « Si on lit les journaux internationaux, on comprend alors immédiatement qu'un séisme en Italie n'a pas les mêmes conséquences qu'un séisme au Japon ou en Californie. (…) En termes de sécurité sismique, il n'y a pas une Italie au-delà des normes face à une Italie des normes. L'Italie est, comme le monde le découvre, complètement au-delà de toutes les normes. Personne ne respecte des règles de construction qui ne peuvent sûrement arrêter aucun tremblement de terre (…) mais qui sont un appel à la prudence et en même temps une incitation à la vie et au courage. (…) Même si nous ne pouvons pas freiner la puissance destructrice de la nature, il ne faut plus que l'on puisse dire de nous à l'étranger que nous sommes un pays sans lois. (…) Les techniques de sécurité sismique doivent être appliquées, l'acier qui porte le ciment doit être évalué. Nous avons besoin de maîtres d'œuvre, de responsables des monuments, de législateurs et de juges en acier. »

(08.04.2009)

Frankfurter Allgemeine Zeitung - Allemagne

Après le tremblement de terre dans la région des Abruzzes, le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung appelle les politiciens à rendre des comptes : « De nombreuses maisons ont été construites sans autorisation ou ont été agrandies de manière illégale. Les gouvernements qui ont finalement accordé une amnistie à ce sujet, dernièrement sous Silvio Berlusconi en 1994 et en 2001, ont pu jouir d'une grande popularité. Mais à cause de ces amnisties, les caractéristiques techniques de ces maisons n'ont jamais été contrôlées. Il suffisait que les maîtres d'ouvrage versent leur taxe d'indulgence au fisc. (…) Le ministère du transport et de l'infrastructure a entre-temps annoncé que le tremblement de terre à l'Aquila a causé l'équivalent de plus de 1,3 milliard d'euros de dégâts rien que pour les bâtiments publics. Pourtant, le chef de la protection civile italienne Guido Bertolaso a déjà démontré il y a des années aux politiques qu'à long terme, il reviendrait beaucoup moins cher de prévenir les catastrophes que de réparer les dégâts à chaque fois. Mais jusqu'à présent, il n'a réussi à faire bouger ni les Italiens ni leurs politiques. »

(08.04.2009)

Corriere del Ticino - Suisse

Un sismologue amateur aurait prévu le tremblement de terre grâce à la présence de radon dans la nappe phréatique. Le quotidien Corriere del Ticino écrit à ce sujet : « Un scientifique inconnu mais génial fait une grande découverte qui reste cependant ignorée et, après coup, on se rend compte qu'il avait raison. Le protagoniste est 'l'expert en séisme' Gioacchino Giampaolo Giuliani qui (…) est désormais devenu une sorte de héros national. Cependant Giuliani n'est pas un expert mais un technicien. (…) Un symptôme plus réel et plus fiable qui pourrait annoncer suffisamment à l'avance (…) un tremblement de terre serait le saint Graal de la sismologie. Mais cela n'est pas valable pour le comportement du radon indiqué par Giuliani. Comment peut-on alors considérer ce gaz comme indicateur fiable ? On peut uniquement le faire dans le cas où l'on a d'autres intentions. Par exemple, celle de raconter une histoire convaincante, de toucher le public, de faire apparaître un héro du néant par un coup de baguette magique ou de mettre un gouvernement dans une situation difficile. Ce sont des intentions qui serviront certainement à quelqu'un mais qui n'ont rien de scientifique. »

(08.04.2009)

Libération - France

Suite au tremblement de terre en Italie, le quotidien Libération se penche sur la force hostile de la terre : « La terre n'est pas une mère. Au mieux une marâtre. Les tremblements de terre, les tsunamis … viennent nous rappeler cette vérité cruelle. Ce sont des malheurs qui n'ont pas de sens. On ne saurait les imputer aux hommes, bien incapables de les prévoir ou de s'en prémunir vraiment, et seuls les croyants extrêmes les attribuent à Dieu ou au diable. Ils procèdent seulement d'une fatalité impassible. Cette absurdité même suscite deux remarques très contemporaines. Si la nature est une victime qui doit être justement secourue, elle est aussi et surtout une entité inhumaine que nous habitons par effraction, à force d'ingéniosité et de lutte. Dans sa philosophique indifférence aux hommes, elle est d'abord, comme la mer, une force hostile. Il faut la protéger, mais il faut aussi s'en protéger. »

(07.04.2009)