Scandinavie : la recette magique de l’égalité des sexes

Article publié le 19 novembre 2014
Article publié le 19 novembre 2014

[Opinion] Le Forum économique mondial a récemment publié le Global Gender Gap Report (le rapport mondial des inégalités entre hommes et femmes). Surprise, surprise : l’Islande, la Finlande, la Suède, la Norvège et le Danemark sont en tête de liste et assurent le plus haut degré d’égalité des sexes. Mais quel est le secret de leur recette magique ? 

Une fois encore, en plus d’être l’endroit où l’on est le plus heureux sur Terre, l’Europe du Nord occupe les cinq premières places dans le Global Gender Gap Report. Alors quel est le secret de la Scandinavie ?

La réponse ne se trouve pas seulement dans les politiques en matière d’égalité des sexes de la Scandinavie mais aussi dans les autres fortes politiques sociales qui y sont menées. Intéressons-nous à ce phénomène du point de vue de l’État-providence. La notion d’État-providence trouve son origine à l’époque de l’industrialisation. Plusieurs régions de ce monde avaient alors développé un régime social qui a depuis lors été adapté à leurs propres conditions, besoins, croyances et à leur capital politique et social. À l’époque, la gauche avait le pouvoir décisif dans les pays scandinaves et elle promouvait fortement une idéologie social-démocrate. D’après cette idéologie, chaque personne, indépendamment de son salaire ou de son origine sociale, doit pouvoir bénéficier de l’égalité des chances afin de pouvoir grimper l’échelle sociale. Au départ, cette idéologie était plus forte en Suède et au Danemark, mais elle progressa ensuite rapidement jusqu’en Finlande, en Norvège et en Islande.

La laïcité était un élément de grande importance. Contrairement au reste de l’Europe, où les églises catholiques et protestantes étaient relativement interventionnistes dans l’État-providence, l’église protestante en Scandinavie s’exprimait peu et ne montrait pas d’intérêt particulier à nuire aux politiques sur la famille et le travail créées par l’État-providence en réclamant par exemple plus d’allocations familiales pour les mères au foyer, au lieu des congés maternels et paternels obligatoires.

À ce stade, il est essentiel de comprendre de quelle manière l’idée d’égalité est perçue et mise en pratique. En réalité, l’égalité est atteinte plus précisément à travers une distribution équitable des revenus, c’est-à-dire à travers la répartition des dépenses publiques, l’égalité des ressources et des chances pour les hommes et les femmes, ainsi que plus généralement, entre ceux qui ont des revenus de niveau varié. C’est ainsi que par la même occasion, la dépendance institutionnelle fût créée peu à peu.

Les cadres historiques et institutionnels ont permis à ces pays de créer un État-providence universaliste où l’égalité a été un aspect central dans chaque politique publique mise en oeuvre. De plus, de tels développements ont ouvert la porte à une série d’évènements liés à trois types principaux de politique sociale, qui sont directement responsables de la performance actuelle de la Scandinavie dans le Global Gender Gap Report. Les politiques sociales auxquelles ces pays sont particulièrement dévoués sont : l’éducation, le marché du travail et les politiques familiales, qui abordent toutes l’égalité  sous un angle différent.

Pour commencer, l’accès à l’éducation obligatoire et complètement gratuite à tous les niveaux est fondamentalement ce qui a fourni aux femmes scandinaves les outils nécessaires pour construire des bases solides sur lesquelles elle peuvent rivaliser avec les hommes en ce qui concerne leurs chances sur le marché du travail et leurs salaires. De plus, d’importants mouvements féministes soutiennent un grand nombre d’initiatives visant à apporter aux femmes de tous âges et de tous horizons à travers la Scandinavie, de vastes capacités et compétences entrepreneuriales. Ainsi, ce n’est pas surprenant que l’Initiative Féministe originaire de Suède soit entrée au Parlement européen et soit devenue l’une des actrices majeures en ce qui concerne l’égalité des sexes dans sa propre région et, espérons le, dans toute l’Europe dans un futur proche. Des statistiques nationales et des études de l’OCDE ont confirmé que cet investissement a porté ses fruits puisque le pourcentage de femmes suivant des formations et trouvant un emploi n’a pas seulement doublé : dans certains pays (en Islande et en Finlande), plus de femmes que d’hommes obtiennent un diplôme d’études supérieures.

La sagesse traditionnelle veut qu’un résultat positif dans un domaine entraîne souvent la réussite dans plusieurs autres. Les politiques en matière de marché du travail en Scandinavie sont toujours examinées et adaptées en fonction des politiques familiales, principalement parce que le désir de créer un équilibre entre le travail et la famille est central. Mais même dans ce cas, les sacrifices qu’ont à faire les deux sexes sont minimes. Un modèle de ménage à double revenu fonctionne depuis des décennies sur le marché du travail scandinave, et alors que l’Islande était le précurseur de ce modèle, d’autres voisins ont suivi son exemple en augmentant le nombre de ménages où les femmes et les hommes contribuent tous les deux au revenu et à l’entretien ménager.

Des politiques familiales avantageuses servent d’indicateurs de l'égalité des sexes sur le marché du travail. Par exemple, les pays scandinaves ont une longue tradition de congés parentaux, où les deux partenaires sont obligés de partager la période de congé qu’ils ont à leur disposition lorsqu’ils ont un enfant. Ces congés sont d’ailleurs plutôt généreux, puisque presque 85% du revenu est assuré durant la période de congé. Les femmes ont accès à un congé de maternité relativement flexible pour les aider à préserver leurs compétences professionnelles et à réintégrer facilement le marché du travail. Dans le même temps, une assistance est garantie par l’État sous la forme d’allocations pour enfant à charge garanties et de mise en place de structures de garde d’enfants financées par l’État, permettant ainsi aux couples qui travaillent de gérer indépendamment leur vie professionnelle et familiale. Une fois de plus, des solutions intelligentes pour la famille et la sécurité publique ont posé les bases sur lesquelles l’égalité entre hommes et femmes peut se développer.

Mais il ne faut pas oublier que l’égalité des sexes ne peut pas être concrétisée sans effort, même dans les pays nordiques. Cette égalité risque également de rester un phénomène idéaliste. Une égalité des sexes effective et complète dans des contextes individuels et nationaux différents peut se produire de nombreuses manières différentes. Cependant, la mise en place de telles politiques dans d’autres pays est sans aucun doute une bonne manière pour d’autres sociétés de se rapprocher un petit peu plus des Scandinaves.