Scandale United

Article publié le 26 juin 2006
Article publié le 26 juin 2006

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Cela fait près de deux ans que le football européen est secoué par des scandales à répétition, jetant le doute sur l’univers du ballon rond. Pourtant, c’est au niveau national que l’on tente de trouver des solutions.

Tout a commencé dans un bistrot berlinois, le Café King. C’est là que Robert Hoyzer passait la majorité de son temps libre. Début 2005, l’Allemagne apprenait que cet arbitre de la 'Bundesliga' –le championnat de 1ère division allemand- alors âgé de 25 ans, ne se contentait pas d'y boire du café en savourant quelques pâtisseries.

C'est dans cet endroit que Robert Hoyzer et le Croate Ante Sapina, un expert des paris truqués, ont trouvé un accord à l’origine d'une retentissante affaire de corruption : Sapina s'engageait à verser à Hoyzer de fortes sommes s’il trichait lors des matches qu’il devait arbitrer et sur lesquels Sapina voulait parier. La combine rapporta rapidement à Robert Hoyzer beaucoup d’argent et déclencha l’un des plus gros scandales de la ligue professionnelle de football allemande depuis sa création il y a plus d'un siècle.

En novembre 2005, le tribunal fédéral de Berlin a condamné Hoyzer et cinq autres accusés à des peines de prison ferme allant bien au-delà des peines requises. Hoyzer doit passer deux ans et demi derrière les barreaux, Ante Sapina trois. Ces peines exemplaires sont ainsi censées décourager d’éventuels tricheurs. Hoyzer fut reconnu coupable d’avoir manipulé six matches officiels, notamment dans celui conduisant à la victoire surprise du SC Pladerborn 07 contre le Hamburg SV lors d’une rencontre de la Coupe de la ligue en août 2004. En clair, les résultats complets du championnat en furent ainsi affectés.

Pire au Sud

Au Sud des Alpes, la situation n’est guère plus glorieuse. En Italie, une enquête a été ouverte en mai 2006 contre la ligue professionnelle de football italienne, la FIGC, ainsi que contre plusieurs clubs à la suite de la découverte d’enregistrements de conversations téléphoniques entre le directeur général de la Juventus de Turin, Luciano Moggi et plusieurs personnalités haut placées de la FIGC. Les extraits des échanges ont dévoilé des pratiques de manipulation et de corruption dans au moins 19 cas avérés. La Juventus est menacée de perdre son dernier titre de champion d’Italie et d’être rétrogradée en deuxième division.

Au fil des investigations, cette affaire de corruption n’en finit pas de montrer de nouvelles ramifications. A la démission de l’ensemble du conseil d’administration de la Juventus est venue s’ajouter celle de l’animateur de la célèbre émission de télévision « Il processo », Aldo Biscardi. On lui reproche notamment d’avoir volontairement fermé les yeux dans son émission sur les nombreuses « étrangetés » qui entachaient le parcours de la Juve.

Mais les enquêteurs s’intéressent également à Alessandro Moggi, fils de Luciano Moggi et patron de la plus grande agence de relations publiques du football italien, GEA World.GEA World aurait ainsi forcé certains joueurs à signer des contrats sous la menace.

Des soupçons de corruption pèsent aussi sur Davide Lippi, fils du sélectionneur national Marcelo Lippi et ancien collaborateur de GEA World. Néanmoins, l’affaire de corruption ne touche pas seulement des institutionnels du ballon rond mais également des joueurs, et pas des moindres.

Deux joueurs sélectionnés en équipe nationale ont été convoqués à des interrogatoires pour préciser leurs liens avec GEA World : le gardien Gianluigi Buffon et le capitaine Fabio Cannavaro.

L’affaire ne surprend pas outre mesure les Italiens. « La corruption n’est pas circonscrite au football mais traverse tout le pays, à tous les niveaux » avance Flavia, une interprète romaine de 25 ans qui n’en reste pas moins une fervente supportrice de la Juventus. Si les scandales américains s’appellent Watergate ou Nipplegate, en Italie on les affuble du suffixe –opoli. Le terme « Calciopoli » utilisé par les médias pour qualifier le scandale fait implicitement référence aux dessous de table de l’affaire Tangentopoli qui secoua la classe politique italienne aux débuts des années 90.

Les habitants de la Péninsule sont nombreux à partager l’avis de Davide Rizzo, étudiant à Milan, pour qui « l’Italie sera confrontée d’ici peu à la faillite de nombreux clubs, au départ vers l’étranger des meilleurs joueurs ainsi qu’au risque de voir les supporters frustrés descendrent dans la rue. » Malgré tout, Rizzo espère que les mesures annoncées feront souffler un vent nouveau sur le football italien.

Un problème européen

Si, en Allemagne, l’affaire semble en comparaison bien anodine, l'univers du ballon rond dans son ensemble semble être remis en question. « Dans le sport de haut niveau c’est maintenant l’aspect financier qui prime », juge Judith Köhler, 26 ans, étudiante à Cologne. « Que la distinction entre argent légal, semi légal ou illégal finisse ainsi par disparaître ne m’étonne pas du tout »

Au final, Robert Hoyzer aura touché près de 60 000 euros et un écran plasma pour manipuler les matches. Les dommages causés au football allemand se chiffrent eux en millions d'euros. Quant à la Juventus, elle a non seulement perdu la sympathie de ses supporters mais l’action du club a chuté de 40 %.

Les scandales dans le business du ballon rond touchent de nombreux pays européens. En mai 2004, une affaire de corruption a été révélée en République tchèque dans laquelle de nombreux arbitres et fonctionnaires étaient impliqués. Là aussi des matches furent truquées contre de l’argent. Par la suite, le nombre moyen de spectateurs assistant aux rencontres de championnat a chuté à 5 000, une fréquentation très faible eu égard à la contenance des stades.

En Belgique, c’est la mafia chinoise qui aurait manipulé massivement la compétition nationale. Depuis que l’affaire a été révélée en février de cette année, plus de 50 joueurs ont été mis en examen.

Des solutions nationales

Et pourtant les mesures prises le sont toujours au niveau national. La ligue professionnelle allemande s’efforce de régler le plus vite possible cette affaire, compte tenu de son rôle d’hôte de la Coupe du monde 2006. Outre-rhin, les arbitres peuvent dorénavant être changés le jour même du match. De plus, les joueurs, entraîneurs, institutionnels et arbitres ne sont plus autorisés à parier.

« Les scandales sportifs nationaux comme en Italie sont hors de portée de la législation européenne », explique Borja Garcia, une étudiante italienne, auteur d'une thèse sur le sport et l’Union européenne. La compétence réside clairement au niveau des ligues nationales et des gouvernements puisqu’il n’existe pour l’instant aucune régulation européenne. « Une possibilité serait de doter l’Union d’un cadre légal pour la régulation du sport de haut niveau » avance Gracia, pointant toutefois que « la volonté politique fait aujourd’hui cruellement défaut ».