Sarkozy l’européen contre Sarkozy le nationaliste

Article publié le 4 juillet 2007
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Article publié le 4 juillet 2007
Par Géraldine Canet et Yulia Kochneva Strasbourg, Palais de la musique et des congrès, lundi 2 juillet 2007. « Plus jamais ça ! » : c’est le ton choisi par Nicolas Sarkozy pour introduire son discours sur l’Europe lundi soir à Strasbourg, notre capitale européenne. Un bon moyen de placer la France et l’Allemagne comme moteurs de la volonté et de « l’idéal » européens.
Mais où sont donc passés les autres États membres, eux aussi moteurs de l’Union ? Et la persistance de la notion d’« identités nationales » dans le discours de Nicolas Sarkozy est-elle vraiment compatible avec les valeurs véhiculées par l’Union européenne, quand l’une prône le repli sur soi et les autres l’ouverture ?

« Le Sommet de Bruxelles marque le retour de la politique dans l’Europe »

Soit ! Pour le Président de la République française, c’est la dépolitisation de l’Europe qui l’a conduite à une crise, à une « obligation de subir au lieu de la mettre en capacité d’agir dans un monde où tous les autres continents défendent vigoureusement leurs intérêts ». Selon Nicolas Sarkozy, depuis le sommet bruxellois du 23 juin, l’Europe est « sauvée » grâce à la volonté de « tous les dirigeants politiques de l’Europe de sortir du blocage »… mais d’abord grâce à son « traité simplifié » qui permettrait enfin aux Européens de « parler ensemble, décider ensemble ». Il souligne tout de même le travail remarquable d’Angela Merkel et rend hommage au Président de la Commission européenne José Manuel Barroso pour son attitude « exemplaire » durant ce sommet. Sommet qui s’est finalement conclu par la signature d’un accord. Une politisation de l’Europe ? Oui ! A condition qu’elle soit vraiment au service de l’Europe.

Quand l’Europe se met à servir aux propos nationalistes du Président français…

Mais comment Nicolas Sarkozy peut-il aussi facilement passer de la notion d’« identité de l’homme européen » à celle des « souverainetés et identités nationales » ? Selon le Président de la République française, « il est clair que ce traité n’a pas vocation à devenir un super état, un seul pays, une seule nation, un seul peuple. Et ainsi la voie est désormais ouverte à un travail urgent et nécessaire sur les souverainetés et identités nationales au sein de l’Union Européenne ». Et si l’Union européenne, et plus, l’« unité européenne » n’avait d’avenir que dans l’intime conviction que nous sommes ensemble unis pour un idéal commun, comme un seul peuple, le Peuple Européen ? Qu’en est-il de tous les autres pays européens ? Ont-ils vraiment la sensation que leurs « identités sont malades », ou bien est-ce une inquiétude franco-française nourrie et exploitée par le candidat Nicolas Sarkozy pour gagner l’élection présidentielle ? Inquiétude qu’il serait grand temps de surpasser si l’Europe souhaite réellement accéder au vœu de l’ex-candidat : « étonner le monde » par son « audace », son « intelligence », son « cœur », son « courage », afin de changer le visage de la « civilisation mondiale » ! Pour quel visage et par qui ?