Sarkozy et ses contradictions européennes

Article publié le 6 mai 2009
Article publié le 6 mai 2009
Très long discours de notre Président sur l’Europe, qui a marqué le départ de la campagne UMP pour les Européennes. Derrière le tonnerre d’applaudissements des 4000 militants du parti présidentiel, combien de contradictions ? Contradiction numéro 1 : L’Europe unit les Français Il a exalté une Europe des Pères fondateurs qui selon lui unit les Français. En est-il vraiment sûr ?
Si les manuels d’Histoire ne se trompent pas, ce sont bien le Parlement français (et donc les Français) qui ont repoussé la Communauté européenne de défense (promue par les mêmes grandpapas fondateurs) en 1954, grâce à l’action conjointe des Gaulliste et des Communistes (alliance de rêve). Si Maastricht a été adopté par référendum en 1992, c’est à une très courte majorité…51% (je crois d’ailleurs que le locataire actuel de l’Elysée était assez opposé à ce texte non ?). Et en 2005, on se souvient des déchirements. Finalement, en France, c’est toujours fifty-fifty, balle au centre et match très serré.

Contradiction numéro 2 : L’Europe des Grands Projets

Nicolas Sarkozy a plaidé pendant 10 bonnes minutes pour l’Europe des grands projets, celle qui unit. Bien. Question maintenant : alors pourquoi a-t-il pinaillé pendant 5 grosses minutes sur la TVA à 5,5% ? C’est un grand projet ça ? Ca ne rentre pas dans la catégorie « mes petits intérêts à moi qui serve de poil à gratter pour mes partenaires » ? 

Contradiction numéro 3 : On est tous des frangins

Peut-être pris dans l’euphorie de son discours, imaginant dépasser celui de Schuman, le Président français a lancé un : « nos frères ». Allez soit, nous lui accordons mais cher grand frère, la prochaine fois, évite juste de citer explicitement la Tchéquie comme zone de délocalisation des entreprises françaises. Car même si actuellement ce membre de la famille est un peu rebelle, il n’en est pas exclut pour autant. Déjà que le contentieux de Munich ne passe toujours pas, mieux vaut ne pas en rajouter (surtout que la Tchéquie est loin d’être rentable. La Roumanie par contre !). Selon Nicolas Sarkozy, ce genre de boutades n’est là que pour favoriser le débat. Vraiment ? Ca ne serait pas un petit peu pour une opinion publique frileuse et qui veut être rassurée ?

Contradiction numéro 4 : La Turquie n’a pas vocation à rentrer dans l’UE

La Turquie selon Sarkozy n’a pas vocation à rentrer dans l’UE…un de ses slogans préférés et qui fait hurler Ankara. Le problème c’est que juridiquement parlant, rien n’est moins sur. Car selon l’article 49 du Traité en vigueur, « tout Etat européen » peut déposer une candidature auprès de Bruxelles, qui doit ensuite être validée. Et n’est-ce pas ce qui s’est déroulé à Helsinki en 1999 quand la Turquie a été reconnue comme candidat officiel ? Concrètement donc, d’un point de vue juridique la Turquie est européenne et a autant de droit et de légitimité que la Croatie pour entrer dans l’UE. Sur ce problème turc, Noway! y reviendra dans un prochain article.  

Contradiction numéro 5 : La gouvernance économique européenne

Depuis le début de la crise, Nicolas Sarkozy n’a que ce mot à la bouche : gouvernance économique européenne. Il aime aussi beaucoup ajouter que les critères du pacte de stabilité ne sont qu’un dogme qui doit être remis en cause. La rhétorique est pas mal, mais fausse. Ce pacte n’a été mis en place que pour une seule raison : l’absence de gouvernance économique européenne. Comment voulez-vous tenter de garantir la stabilité d’une monnaie et une politique monétaire, si ceux qui utilisent cette monnaie ont le droit de faire n’importe quoi en matière budgétaire et économique ? Alors comme dans les années 90, pas question de lâcher un millimètre de souveraineté sur ce sujet, le pacte de stabilité fut inventé. Et Monsieur Sarkozy pense-t-il qu’une gouvernance économique lui donnerait plus de liberté de faire du déficit ? Comme celle au lendemain de son élection d’aller à Bruxelles pour annoncer que de toute façon, les critères dont en particulier celui d’un équilibre budgétaire, la Commission pouvait le tailler en pointe et se le m…. Enfin vous voyez. 

Contradiction numéro 6 : le grand espace commun avec la Russie

A peine les braises géorgiennes éteintes, voilà que notre sauveur de Tbilissi veut un super partenariat avec Moscou, dans le domaine de l’économie et de la défense. Hormis le fait que la Maison Blanche risque de faire un travail de sape hors du commun pour torpiller le projet s’il devient trop ambitieux, les négociations internes risquent d’être TRES houleuses. Car parler de sécurité européenne commune Européo-Russe avec un Polonais, c’est presque une tentative de suicide. Chez eux, mais aussi chez les Baltes, les Roumains, et autres peuplades de l’Est, les termes sécurité et Russie sont antinomiques. 

Le thème à la mode en ce moment dans les couloirs de Bruxelles, c’est la renégociation de l’Accord de Partenariat et de Coopération entre l’UE et la Russie. Signé à la base dans les années 90, quand le Kremlin d’Eltsine était très faible, il n’a pas vraiment été une grande réussite. Surtout depuis que Poutine est arrivé au pouvoir. Et ce texte prévoit déjà la création d’un espace de coopération. Donc là encore, Sarkozy a repris une idée déjà existante, sur laquelle ça bosse déjà sévère. 

Contradiction numéro 7 : le marché de l’énergie

Pour poursuivre sur la Russie, quand le Président a parlé de la concurrence déloyale de certaines entreprises sur le marché européen, en ajoutant qu’il fallait nous unir pour les contrer avec par exemple des achats groupés de gaz, il ne visait rien d’autre que Gazprom, la filiale énergétique du Kremlin. Alors promouvoir la coopération d’un côté et taper de l’autre, c’est ça une politique étrangère cohérente ? 

Contradiction numéro 8 : la PAC va nourrir la planète

Parlant de la PAC, sujet que les Français (et la FNSEA) affectionnent tout particulièrement,  il l’a défendu en ajoutant que ce n’était pas le moment de la démanteler en argumentant qu’un milliard  de personnes avaient la dalle sur Terre. Ouille…Pour le milliard de personnes qui meurent de faim, je veux bien, mais les lier avec la PAC non. Car c’est surement par elle qui va les nourrir et encore moins les aider à faire pousser de quoi grailler dans leur pays. Allez donc demander aux agriculteurs burkinabés ce qu’ils pensent de la PAC, quand ils doivent faire face à la concurrence européenne, dopée par les aides bruxelloises…Alors qu’il faut le rappeler, le coût de la main d’œuvre africaine est assez largement inférieure à celle en Europe. Et l’avantage compétitif ne provient surement pas de marges plus faibles… 

Déjà 8…Pas mal pour un discours d’une heure…Mais quand même une petite dernière pour la route.

Contradiction numéro 9 : Où sont les élections ? 

C’est que pour un discours qui devait lancer, pousser les élections européennes (sinon pourquoi parler Europe en ce beau mois de mai), il n’a pas prononcé un le mot élection une seule fois ! Ah si, une fois, mais il faisait référence à son élection présidentielle. Idem pour le mot « vote ». Totalement absent. Le mot Parlement est cité deux fois quant à lui. A croire que Nicolas Sarkozy, s’il veut changer l’Europe, c’est vers celle de la gouvernance du Conseil des chefs d’Etats…Et là, plus question d’intérêt commun, c’est chacun pour soi.

Si l'on s'arrête là (toujours possible de fouiller encore plus), ça fait quand même une contradiction toutes les 5 minutes 30 (en comptant 50 min de discours)...Pas mal.