Sans la Turquie, sans le Caucase: l’UE doit-elle vraiment se tourner vers le Sud-Est ?

Article publié le 14 février 2003
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Article publié le 14 février 2003

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Quel est l’intérêt pour l’Union européenne de se tourner vers le Sud-Est si elle ne doit jamais s’étendre jusqu’à la Turquie et au Caucase ?

La dissolution de l’Empire Soviétique a représenté pour certains Etats qui ont surgi ou ou resurgi de ses cendres un problème de positionnement international, et même de définition historico-géographique. C’est le cas de la Georgie, de l’Arménie et de l’Azerbaijan. Tout à coup ces trois pays se sont tournés vers les institutions de l’Europe et ses Etats membres afin de rendre effective une indépendance qui, en 1991, apparaissait purement formelle. Se pose alors un problème de fond, le même qui s’est posé et se pose encore aujourd’hui pour la Turquie : ces pays sont-ils européens ou non ? Le Conseil de l’Europe s’est prononcé immédiatement pour le oui et a initié le processus d’adhésion en son sein.

Mais c’est surtout l’Union européenne (UE) que ces trois pays regardent. Le président Géorgien Sheverdnaze l’a clairement répété au cours de son premier discours devant le Parlement européen, le 18 mars dernier. La région du sud Caucase doit se défaire d’un niveau élevé de corruption, créer une nouvelle classe d’entrepreneurs indépendante du pouvoir, renforcer les récentes et fragiles institutions démocratiques. Tous ces pays doivent, en premier lieu reconquérir une souveraineté réelle sur leur territoire et sur la population qui y réside, afin de la soustraire au contrôle exercé de fait par des groupes criminels de diverse nature.

"Variante sud" de la coopération avec les pays baltes

Résoudre les conflits qui ont explosé au cours de la dernière décennie est la condition sine qua non pour atténuer les tensions de nature ethnique et créer cette réelle coopération régionale que l’UE a justement reconnue comme nécessaire pour l’amélioration des conditions de vie dans ces trois pays.

Les Etats Unis agissent dans un tel sens, formant, depuis l’automne 2001, les services des douanes géorgiens et les forces de police azèris, dans le cadre de la « guerre contre le terrorisme ». Une intervention plus active de l’Union européenne n’aurait pas les conséquences négatives que ceci a eu, d’un côté parce qu’elle agirait à un niveau structurel, et de l’autre parce qu’elle instaurerait harmonie et coopération avec les pays frontaliers. Le Parlement européen a débattu en 2001 de la proposition de créer une « variante sud » de la dimension septentrionale créée pour les trois Républiques baltes. A cette occasion l’Union a décidé et mis en œuvre toute une série d’initiatives transfrontalières entre les trois pays en question et tous les pays limitrophes, Russie comprise. La pierre angulaire de cette démarche était clairement une perspective d’adhésion pour ces trois Etats.

L’UE est déjà en train d’encourager une politique de coopération entre les trois Républiques et les Etats voisins. Elle a ainsi par exemple indiqué à la Turquie que la réouverture des frontières avec l’Arménie était une des pré-conditions pour le lancement des négociations d’adhésion. L’Etat anatolien recouvre en effet une position clé pour l’avenir de la région du Caucase. Le projet esquissé au début des années 1990, d’étendre sa propre influence jusqu’au Turkestan oriental (l’actuelle province chinoise du Xinjiang) est de fait révolu. Au delà de quelques déclarations verbales, Ankara ne possède pas la force économique ni politique pour mener à bien un dessein aussi ambitieux. Les mêmes difficultés structurelles entravent la Russie dans sa tentative de rester le pôle central de l’union des régions post-soviétiques.

Aujourd’hui la Turquie se tourne vers l’Union européenne qui, élargie aux ex-satellites soviétiques d’Europe centrale, se pose comme un véritable pôle d’agrégation dénué des objectifs hégémoniques d’un Etat seul. Les relations avec Ankara constituent le véritable banc d’essai pour l’Union dans sa volonté de jouer un rôle plus actif dans le monde, en premier lieu dans les régions limitrophes.

Si l’on considère que le trafic des stupéfiants et des êtres humains qui passe par le Caucase, le terrorisme qui se niche dans un territoire mal contrôlé, les flux croissants de nature économique et politique méritent une réelle attention, alors l’Union doit se tourner vers le Caucase. La forme, c’est à dire, savoir s’il doit s’agir d’une perspective d’adhésion ou d’un nouveau pacte de stabilité, est une question pour l’instant contournable. Mais sans la Turquie, il n’y aura pas de frontière commune avec ces petites Républiques. Par-dessus tout, si l’on exclue l’adhésion turque, l’Union va se condamner à s’enfermer dans les frontières fixées à Copenhague et ce grand couloir de biens, énergie, culture qu’est l’Europe du Sud-est s’arrêtera aux Balkans, sans s’étendre jusqu’au Caucase.