Sandrine Bélier: "Je serai encore là dans 30 ans!"

Article publié le 18 mars 2009
Article publié le 18 mars 2009
Strasbourg, Campagne élections européennes 2009 Par Lena Morel Autour d’une table de café, Sandrine Bélier lève son verre à l’Europe et à celle qu’elle porte ! Europe Ecologie (voir notre article du 22.01.09) a fait une entrée remarquée avant l’heure sur la scène de la campagne européenne, en présentant pour le Grand Est une quasi-inconnue issue du monde associatif.
Il ne fait aucun doute que la tête de liste du Grand Est pour le rassemblement écologiste dénote : son allure, son âge, son parcours. Mais c’est avec force conviction, avec un discours entre vision et pragmatisme, entre ingénuité et lucidité, qu’elle aborde son entrée dans la vie politique, le projet d’Europe Ecologie et l’avenir de l’Union européenne.

A la veille du lancement de la campagne d’Europe Ecologie, Sandrine Bélier a accordé à Café Babel Strasbourg un peu de son temps.

CBS : Après dix ans d’engagement dans le monde associatif, on vous retrouve sur le terrain politique. Qu’est ce qui a provoqué cette décision ?

SB: J’ai eu une réelle réflexion sur mon passage de l’associatif au politique. L’engagement associatif m’a beaucoup appris par la diversité des personnes et le partage désintéressé des savoirs, surtout dans le domaine de l’interaction systématique qu’il y a entre l’économie, le social et l’environnement. Le mode d’action associatif est efficace et a réussi à faire accepter le mode d’action intégré. J’ai constaté une nouvelle fois lors du Grenelle de l'environnement que les associations étaient les plus aptes à répondre à la crise écologique. Il fallait alors profiter de cette fenêtre de tir car nous avions la possibilité de sortir de la crise avec des solutions mûries depuis longtemps par des associations. C’était un moment fort de démocratie participative, qui est un sujet qui me tient à cœur : on parvient à des choses qu’on ne serait pas parvenu à avoir sans cette énergie « 1+1 ». Beaucoup de solutions arrivent finalement de la base. Lors du Grenelle, on a assisté à l’émergence de solutions porteuses pas uniquement environnementalistes mais aussi de dimension socio-économique. Lorsque j’ai par la suite assisté aux débats parlementaires, j’ai constaté que le portage politique n’était pas assez fort pour mettre en œuvre le travail des associations et lobbys. Et si la loi a été adoptée à l’unanimité, le doute m’a envahie. Je me posais la question de savoir si les députés avaient mesuré la portée de cette loi et s’ils pouvaient s’engager à sa mise en œuvre. Puis il y a eu la crise financière, économique et François Fillon a annoncé le projet de loi de relance qui signifiait la relance de la construction et des sites industriels. La relance économique sous cette forme est finalement contre-productive et déconnectée du social et de l’environnemental. C’était une désillusion totale. C’est alors que je me suis dit : « Je me lance en politique !».

CBS: Et pourquoi avez-vous choisi la représentation européenne ?

SB: L’Europe est inéluctable. En termes environnementalistes, la biodiversité ne peut être traitée que de manière transnationale et supranationale. Les espèces et espaces naturels ne connaissent pas les frontières administratives d’un Etat. Les directives européennes et en particulier Natura 2000 ont permis d’avoir des leviers et d’apporter une vision européenne. La France qui avait d’ailleurs tardé à mettre en œuvre Natura 2000 (il a fallu près de 10 ans) a été condamnée par la Cour européenne de Justice. Même si on se heurte à l’incompréhension de ce qu’est l’Europe communautaire et qu’il peut y avoir des difficultés de culture et d’appropriation en fonction des régions, c’est une richesse considérable de pouvoir mutualiser les expériences de terrain. logo_natura2000.jpeg.jpg

Pour ce qui est de la particularité des mécanismes institutionnels ou du mode d’action européens, ça me motive et me stimule. J’ai l’impression qu’il y a plus de souplesse dans l’action politique au niveau européen qu’au niveau national français. Il y a plus de risque d’enfermement dans une logique d’appareil au sein des institutions françaises qu’a l’échelle européenne. Les territoires sont immenses et on se confronte inéluctablement à des cultures différentes, qui agissent sur les choix politiques. Il y a une réelle énergie, porteuse d’espoir, à investir et qui peut faire bouger les choses. Et puis, il n’y a pas de traité, il reste donc plus à construire !

CBS : Lorsqu’on vous écoute, l’Europe est le champ de tous les possibles. Pourriez-vous prétendre que vous vous « sentez » européenne?

SB: Voilà une question que je ne me suis jamais vraiment posée. C’est une chose tout à fait naturelle pour moi. J’appartiens à la génération où l’Europe fait partie de l’éducation, elle est là depuis toujours. A l’école on entendait parler de l’espéranto et on pensait « L’Europe c’est l’avenir, le territoire de l’économie et de la gouvernance de demain ». Et souvent on nous disait : « C’est vous qui construirez l’Europe de demain et c’est vous qui en serez les principales victimes ». J’ai toujours pensé que ce ne serait effectivement pas facile mais qu’il y avait là la possibilité de construire quelque chose de nouveau. Un changement qui permettrait aux générations futures d’avoir un système plus cohérent qui a tiré les leçons du passé. Finalement, je me suis sentie très tôt européenne. D’autant plus que je suis née dans la banlieue parisienne dans la génération du mouvement « Touche pas à mon pote ». Le mélange des cultures, c’ était pour moi la vraie vie.

europe__cologie.jpgCBS : Pourquoi le choix s’est-il porté sur vous pour conduire le rassemblement Europe Ecologie dans le Grand Est ?

SB : Je pense que ce choix est en particulier lié au travail et aux rencontres pendant le Grenelle de l’environnement. Mais aussi par les échanges qui ont pu avoir lieu au-delà avec certaines personnes comme Daniel Cohn-Bendit, Jean-Paul Besset, Nicolas Hulot ou Greenpeace. Nous discutons de nos craintes et visions. Notre questionnement commun tourne autour de l’interrogation « est-ce que la politique fera le poids ? », « est-ce que le paysage politique français actuel est en capacité de prendre le virage pour apporter des solution aux crises croisées ? ». Cette base commune est sûrement l’une des raisons pour lesquelles le choix s’est porté sur moi. De plus, lors du Grenelle et dans le cadre du Mouvement France Environnement, je m’occupais des questions de démocratie écologique. Peu de personnes se sont investies de cette question car elle est complexe. Nous avions alors envisagé un changement par des réformes institutionnelles au sein du Comité Economique et Social par exemple (l’instauration de la possibilité de saisie du Conseil Constitutionnel par 60 conseillers pour veiller à la constitutionnalité des lois ou l’introduction de 60 conseillers représentants les intérêts environnementaux pour faire jouer les effets juridiques de la Charte de l’Environnement). Il s’agissait là d’être au cœur de la politique en tant qu’instrumentarium démocratique et républicain pour faire évoluer la situation.

Ce sont peut être tous ces éléments qui ont fait ma plus-value et qui permettent de garantir la complémentarité au sein du rassemblement Europe Ecologie.

CBS: Vous avez défini le rassemblement Europe Ecologie comme une nouvelle offre politique rassemblant des personnes provenant des mouvements « apolitiques » et de partis politiques (les Verts et RPS). Mais lorsqu’on écoute et lit le programme ou le manifeste, et lorsqu’on compte les personnes qui ont rejoint le rassemblement, on tendrait à vous inscrire dans la gauche française. Et on serait aussi tenté de faire un rapprochement avec la tentative échouée de rassemblement écologiste en 2007.

SB: Les associations, dont nous venons, sont apolitiques car elles ne sont pas attachés à une tendance politique ; pour autant elles ne sont pas exclus de la politique au sens de la vie de la cité. Le rassemblement est une alternative au-delà des partis traditionnels « de gauche ». Les solutions aux crises et à l’urgence écologique ne sont pas portée par les partis traditionnels de gauche ou la droite qui négligent la valeur humaniste où l’humain est au cœur du système. L’aspect environnementaliste et l’humain doivent être au cœur pour que ces solutions fonctionnent dans l’avenir. Si les associatifs rejoignent le mouvement c’est justement parce qu’Europe Ecologie est une nouvelle offre politique. Je n’ai pas de crainte que le rassemblement explose car on partage le fond : celui de l’impératif du changement avec un volet écologique et environnemental, social et économique fort. Faire de la politique, c’est gérer la chose publique selon les échelles et surtout construire l’avenir avec des perspectives et un vrai projet de société. C’est ce nouveau projet de société qui sous-tend le rassemblement.

CBS : On pourrait penser que ce changement dans votre carrière professionnelle, cette « inexpérience » pourrait engendrer des craintes ou une certaine appréhension. Qu’en est-il ?

SB: C’est plutôt l’inverse. J’ai tellement le projet d’Europe Ecologie en tête, un projet qui est pour moi de l’ordre du réalisable et du possible que je n’ai pas d’appréhension particulière. Le fait qu’Europe Ecologie ait pris la forme d’un rassemblement fait justement sa particularité. Les personnes qui l’ont rejoint ne sont, pour la majorité, pas issues des partis politiques donc formatées « politique ». Elles ont investi le champ de l’écologie ou du social sous différents mode d’action et se regroupent aujourd’hui pour jouer la complémentarité. C’est une réelle richesse. Le programme n’est pas non plus une utopie, une folie mais bien quelque chose de pragmatique qui relève du champ du possible. Il reste à faire passer le message et éviter les croches-pieds disant : « vous êtes jeune donc vous ne savez pas ». Mon avenir ne s’inscrit pas dans les 10 ou 20 années à venir ! Je serai encore là dans 30 ans!

drapeau.jpgCBS : Si vous aviez trois vœux à faire: l’un pour l’Europe et l’Union européenne, l’un pour Europe Ecologie et le dernier pour vous. Que souhaiteriez-vous ?

SB : Je souhaite un réel changement pour l’Europe et l’Union européenne. Qu’elle devienne plus innovante, en particulier dans ce contexte de crise et qu’elle ait une réelle force de proposition. L’essentiel pour l’Union européenne aujourd’hui, c’est qu’elle adopte un véritable positionnement politique qui permettra de passer d’une Europe politique à une Europe sociale en laissant une ouverture à l’évolution. L’Union européenne doit être en mesure d’avoir des politiques concertées et de montrer au niveau mondial qu’elle a conscience d’elle-même. Je souhaite à l’Union européenne d’avoir un vrai rôle politique et géopolitique à jouer dans l’avenir.

Je souhaite à Europe Ecologie une mobilisation massive des citoyens. Que les débats et les rencontres se multiplient, entre voisins, collègues, avec les députés… Que les citoyens se saisissent des questions environnementales et que tout transpire l’Europe avec un flot citoyen. Je souhaite au rassemblement qu’il ait le poids pour porter des convictions et d’avoir une possibilité d’action pour peser au Parlement européen, à commencer par la renégociation du paquet climat-énergie. Europe Ecologie donnera une couleur à la politique.

Je me souhaite de porter haut et fort l’impératif et l’urgence écologiques. Mais aussi de la résistance, car j’ai beaucoup à apprendre. Et de la pérennité à mes rêves.

Merci à Sandrine Bélier pour cette entrevue et pour le temps qu'elle a consacré à cette rencontre. Le lancement officiel de la campagne d'Europe Ecologie aura lieu officiellement le 23 mars prochain à Strasbourg.

Et retrouvez d'ici au 18 avril prochain, les interviews avec les principales autres têtes de liste pour les européennes à Strasbourg et le Grand Est.