Samaris : le talent ingénu 

Article publié le 15 octobre 2013
Article publié le 15 octobre 2013

Poé­sies du XIXème siècle à base élec­tro et d'ins­tru­ments de mu­sique clas­sique. En un mot : Sa­ma­ris. Der­rière ce nom, se cache un jeune trio is­lan­dais ta­len­tueux qui ne se rend pas compte de son suc­cès. Mais qui es­saie de le ra­con­ter.

Paris, place de la Bastille, Café de l’Industrie. Les membres du groupe islandais Samaris n’ont l’air de rien de plus que trois étudiants excentriques qui se seraient donnés rendez-vous dans un bar quelconque. En vrai, ils ont parcouru l’Europe en long et en large, jouant ici et là dans des clubs locaux. Lorsque je demande à Þórður Kári Steinþórsson (instruments et arrangements électroniques) - vêtu d’une chemise à carreaux, d’un jean slim et de chaussures de skate - où ils ont joué jusqu’à présent, sa réponse est plutôt évasive : « Bah... dans pas beaucoup d’endroits. » A peine une seconde plus tard, Jófríður Ákadóttir et Áslaug Rún Magnúsdóttir (respectivement clarinettiste et chanteuse du groupe), me dressent une liste sans fin de pays et villes dans lesquels ils se sont arrêtés. Nous éclatons tous de rire. Il ne s’agit non pas de fausse modestie, mais plutôt d’ingénuité : Samaris, démarré en 2011 à Reykjavik (à l’extrême ouest de l’Islande, ndlr), est un groupe qui a beaucoup plus de succès que ce que ne s’imagine ses membres.

REMIX NATURALISQUE

Si je vous disais que deux des membres du groupe ont étudié la clarinette, vous n’arriveriez probablement pas à croire qu’il s’agit d’un groupe de musique électronique. Pourtant, de la combinaison d’instruments de musique classique et de basses électro est né un style imprévisible et assez émouvant. Leurs paroles sont un dialogue continu avec la nature, comme dans leur morceau le plus connu, « Gooda Tungla ». « Nous n’écrivons pas les paroles, ce sont des extraits de poésies du XIXème siècle », confesse Jófríður. « En ce qui concerne la mélodie des voix, je me suis inspirée de Enya et d'Arthur Russler» Leurs compositions, cependant, « ne suivent pas une logique précise ». Chacun ajoute et enlève des éléments selon leurs propres sensations : un processus horizontal potentiellement infini. Et comme si cela ne suffisait pas, le groupe a décidé de confier ses compositions à d’autres djs. Le résultat ? Des morceaux originaux et des remix. « C’est un moyen de toucher un plus large public » explique Þórður. 

album dE FAMILLE

« Je suis émue lorsque le public est impatient d’entendre notre prochaine composition. J’aime bien avoir la pression », me confesse Jófríður. Aslaug, quant à elle, a déjà pris la décision de voyager en Orient avec des amis à l’automne : « avec un peu de chance, je reviendrai les poches pleines de mélodies orientales ». Ces musiciens se tournent vers l’avenir avec une telle facilité qu’il en devient difficile de comprendre ce qui les lie. Une fois la glace brisée, les Samaris decident de nous ouvrir leur journal intime : « Je viens d’une famille de musiciens : mon père est compositeur est ma mère était clarinettiste. Je me suis essayée au piano, mais ma mère était décidémment plus douée que moi. J’étais embarassée lors que je jouais avec elle », admet Jófríður. Aslaug s’empresse de témoigner à son tour: « mon intérêt pour l’électro est né lorsque dans les années 90, mon frère mettait des lignes de basse à fond à la maison ». Notre séquence souvenir prend fin avec le témoignage de Þórður, qui tout simplement « détestait la musique électronique jusqu’à il y a de cela 5 ou 6 ans ». « Je suis passé de la basse, au piano, et à la guitare, avant de toucher à l’ordinateur et à l’électro. J’en ai tout de suite saisi le potentiel, et l'énorme flexibilité ! », nous raconte-t-il.

INSOUCIANCE OBSCURE

Jófríður et Áslaug se sont rencontrées au conservatoire lorsqu’elles étaient adolescentes, et c’est seulement à partir de l’époque du lycée qu’elles décident de jouer autre chose que de la musique classique. « Un jour on s’est dit : il faut qu’on fasse quelque chose de différent, et on a appelé Þórður. On savait qu’il était doué pour composer sur un ordinateur. »

Bien que Samaris soit né un peu par hasard, comme un groupe de lycée quelconque, l’insouciance adolescentese dissout dans un look obscur : la jaquette de leur premier EP, Hljóma Þú, représente le visage d’un poète sans yeux, et celle de leur album éponyme, Samaris, un enfant en proie à des pleurs hystériques. « Il n’y pas de message à comprendre, mais la personne qui a créé notre jaquette est fan de métal », explique Þórður, comme s’il s’agissait d’une justification.

Comme tout groupe d’avant-garde qui se respecte, les Samaris veulent eux aussi échapper au jeu des définitions. A peine ai-je touché la corde sensible qu’ils commencent à rire des étiquettes dont ils ont été affublés : « quelqu’un nous a défini comme un groupe d’”électro glaciale”. Qu’est-ce que ça veut dire au juste ? » déclare Jófríður, émerveillée, alors que Áslaug et Þórður ne peuvent se retenir de s’esclaffer. Pourtant, lorsque je les invite à décrire leur musique eux-même, j’ai l’impression de leur donner un os à ronger : « dreamy, atmosphérique, trip hop-pish, mélancolique, techno emo ! » , répondent-ils avec enthousiasme, de manière rapide que confuse.

Entre remix, insouciance et compositions à 6 mains, on en vient à se demander comment ces 3 jeunes dans la vingtaine réussissent à trouver un point d’entente en studio. Mais ce qui compte c’est qu’ils aient mis d’accord critiques et public : des fans de rock, de pop et d’électro. A la « plus grande satisfaction » du groupe,  selon Þórður.

Vidéo Credits: Thora Hilmarsdottir/youtube