Saint Valentin en Russie: ni coeurs ni fête pour les gays

Article publié le 15 septembre 2013
Article publié le 15 septembre 2013

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

La célébration du jour de la Saint Valentin en Russie ressort à la lumière les discriminations dont souffrent les personnes LGTB dans le pays. En effet, bien que l'homosexualité soit dépénalisée depuis 1993, dans la pratique les droits des membres de la communauté LGTB sont encore loin d'être respectés.

Pour célébrer la Fête des Amoureux, aux ornements qui décorent les rues des principales villes de la Fédération Russe - si animées par cette fête commerciale -, s'est ajouté un flashmob lors duquel plusieurs couples s'embrassaient en public. Organisé à travers de VK, le principal réseau social russe, les homosexuels russes étaient invités à rester chez eux et à ne pas participer à ce simple geste qu'est un baiser spontané dans la rue.

C'est que le collectif LGTB en Russie, en plus de subir l'une des persécutions les plus incisives de la planète, est toujours stigmatisé avec la lettre écarlate ou l'étoile juive d'autres temps. Une discrimination qui touche aussi ceux qui les accompagnent. Dans les dernières décénies, le collectif a vu son espace de liberté se réduire jusqu'à devenir irrespirable.

Il est loin déjà ce 28 mai 2011, lorsque Moscou avait accueilli sa première parade de la Gay Pride. Une initiative qui, paradoxalement, avait coïncidé avec le Jour de la Garde Frontière, un corps d'élite de la machine guerrière et un orgueil national. Les troubles inévitables n'ont pu qu'alimenter les moqueries du bas peuple, qui a pris cette journée comme un divertissement à l'époque du pain et des jeux.

Plus d'informations sur l'homophobie sur le continent dans Gaffes, coups et faits divers: cartographie de l'Europe homophobe.

Les incidents ont entraîné une décision salomonique de la part de la justice russe: interdire la célébration de la Gay Pride pendant 100 ans. Et c'était encore sans compter le coup porté par la classe politique, garante incorruptible de la moralité du pays: la Douma, le Parlement composé de fonctionnaires, sportifs et autres célébrités, a récemment approuvé, dans un acte de foi qui lui est propre, l'interdiction de la propagande homosexuelle. Une loi qui, sans définir en quoi elle consiste, laisse son jugement à la libre interprétation.

Les manifestations et les protestations énergiques des organisations, soutenues par le Tribunal Européen des Droits de l'Homme, n'ont servi à rien contre une norme qui viole, selon ce qui est dénoncé, la liberté d'expression et de manifestation. Dans la mémoire collective du peuple russe est toujours présent ce fameux article 121 du code pénal soviétique qui condamnait, par des peines d'emprisonnement, l'homosexualité - considérée alors comme une maladie mentale - et qui avait disparu avec la chute de l'URSS.

Au final, des non-sens sans fin avec lesquels les autorités cherchent à laver leurs consciences pleines de préjugés, pour effacer ce fléau de sa communauté. C'est que le gay ne colle pas avec l'imaginaire russe, empli de vodka, d'extravagance, de luxe, de mafia et de jeunes et jolies femmes, où se détache la figure d'un président apprenti super-héros.

Imagen: portada, © Это моя ориентация! Я – ГЕЙ/VK. Vídeo: euronewses/YouTube.