Saint-Valentin : découvrez le musée de la rupture !

Article publié le 14 février 2012
Article publié le 14 février 2012
En pleine Saint-Valentin, Olinka Vištica et son ex, Dražen Grubišić, célèbre la puissance d’une rupture amoureuse. Provocation ? Non, simplement l’envie d’afficher les souvenirs de leur rupture, sur les murs du Museum of the Broken Relationships à Zagreb, aux côtés d’objets symbolisant l’amour déchu.
Grâce à ça, l’ancien couple a remporté le prix du meilleur concept novateur aux European museum awards de 2011. Rencontre avec une impie.

cafebabel.com : Des seins en silicone de Serbie, une mèche de cheveux de Skopje, une hache de Berlin… Olinka, comment t’es venue l’idée d’exposer des objets symbolisant les ruptures amoureuses ?

« Rencontrer les gens qui font des dons est très excitant. Ça fait ringard, mais c’est comme donner un organe ou une part de toi-même. »

Olinka Vištica : D’une conversation que l’on a eue lorsque nous nous sommes séparés. Cela a été très dur pour Dražen et moi. Et ces situations de stress ou d’inconfort sont très propices à la créativité. Les gens continuent leur vie et vivent de nouvelles choses, donc on a pensé : pourquoi ne pas parler de ce que l’on vient de vivre ? Comment le transformer ou comment l’aborder ? On a pensé qu’il serait sympa d’avoir un endroit où l'on pourrait tout conserver : quelque chose comme un musée. L’idée a trainé dans mon ordi pendant quelques temps. Puis, Dražen m’a appelé deux ans après pour un concours à Zagreb et nous avons gagné. On a eu quelques semaines pour tout préparer, envoyer des emails à des amis qui ont eux-mêmes alerté les leurs…

cafebabel.com : Sur quels critères avez-vous choisi les objets ?

Olinka Vištica : C’était difficile de choisir ce que l’on allait montrer. Donc, on y est allé par catégorie. Il y avait tant de dons ! Une partie est restée chez moi (parfois je me dis que c’est une malédiction). L’expo a été divisée en six pièces. On a aussi voulu donner aux visiteurs un certain sens de l’orientation en leur glissant des indices. Ils sont passés à travers différents stades émotionnels. La première salle concerne tout ce qui a trait aux promesses et à la proximité et qui constituent le départ de chaque relation. Puis, s’ensuit le désir et la convoitise, la colère et la fureur, les mariages et les rituels etc… Le concept du temps était intéressant : on disposait de pas mal de montres et d’horloges dans notre collection. Un jour une femme est venue et a demandé où nous nous trouvions à l’office de tourisme. Elle avait pris l’avion avec ses filles pour s’éloigner d’un mari dangereux. C’était touchant. Rencontrer les gens qui font des dons est très excitant. Ça fait ringard, mais c’est comme donner un organe ou une part de toi-même.

cafebabel.com : Le musée est situé à Zagreb depuis 2009, mais tu as beaucoup voyagé pour cette expo.

Olinka Vištica : Et cela a été bien au-delà de nos espérances. Zagreb a beaucoup de choses à offrir mais tout est mal organisé. Après la fin du premier projet, que pouvait-on faire avec tant de trucs ? Les jeter ? On a essayé de tout installer ici et on reçu plusieurs demandes. On dépendait beaucoup des organisateurs locaux dont la communauté est très importante. En temps normal, tu viens avec ta collection d’objets et les organisateurs s’occupent de leur propre processus de donation. Donc, les expositions ont toujours une touche locale.

cafebabel.com : Les critiques ont avancés que ton musée était purement commercial, sans aucune approche esthétique. Comment as-tu réagi à ce type de reproche ?

Olinka Vištica : Personne ne peut vivre de ce projet. C’est à peine suffisant pour payer un loyer. Notre projet est borderline, mais je me fous de savoir si les gens pensent que le musée est commercial ou pas. Tout ce qui transforme ta propre expérience en une chose nouvelle peut être perçu comme de l’art. C’est ta manière de voir les choses à travers un certain média. Il y a un moment de création effectif lorsque tu racontes une histoire qui émane d'un objet. La rupture, c’est connecter les gens entre eux. Dans n'importe lequel nos voyages, les artistes ont rejoint le projet. Car nous avons des valeurs émotionnelles.

cafebabel.com : Ton expo s’inscrit-elle dans une toile de fond purement croate ?

Olinka Vištica : Les histoires correspondent à notre héritage culturel, à notre identité. Quelques histoires de Zagreb, ou celles provenant de « cette partie du monde » comme la Slovénie, la Serbie, sont très proches et comptent parmi mes préférées. C’était une chose dont nous étions conscients depuis le début. Les histoires de ruptures amoureuses sont universelles : des Philippines à la Croatie, tout le monde réagit de la même manière. Mais à travers les relations intimes, tu peux effectivement sentir certaines mentalités, certaines cultures voire certains évènements culturelles.

« Tu sais, dans le monde tel qu’il est, on doit être en couple : les places de ciné sont moins chères quand tu es à deux. »

Peut-être que les gens qui viennent nous voir de Singapour n’ont jamais entendu parler de notre guerre ou des histoires croates à partir de la guerre. On a tourné dans les pays d’ex-Yougoslavie avec un projet intitulé « cœurs brisés au sein de territoires brisés ». On partage encore les mêmes références culturelles, malgré ce qui est arrivé. On a reçu une lettre troublante d’un garçon de Sarajevo âgé de 12 ans. Quand il a dû quitter la ville avec ses parents, en voiture, il est tombé amoureux de la fille qui conduisait.

cafebabel.com : Quelque part, avec le Museum of the Broken Relationships, tu as retrouvé Dražen. Comment tu te sens désormais ?

Olinka Vištica : On ne se serait jamais rappelé si l’on n’avait pas réalisé ce projet. Cela montre que les relations peuvent changer, que rien n’est tragique et qu’il y a toujours quelque chose qui te lie avec ces gens. J’ai énormément de respect pour Dražen, on est passé par beaucoup de choses ensemble. C’est très précieux et tu apprends beaucoup. Je ne peux que parler de ma propre expérience, mais une rupture n’est pas nécessairement si douloureuse.

cafebabel.com : Les gens te demandent-ils conseils en ce qui concerne leurs ruptures ?

Olinka Vištica : Oui, mais je ne suis pas psychologue. Peut-être même que je m’y connais moins qu’eux. Je devrais prendre de la distance avec cela mais ma vie a toujours été un mystère. Tu continues à faire les mêmes erreurs. Mais c’est quoi une erreur, en fait ? C’est tellement relatif, et ça arrive à tout le monde. Si tu es heureux, tu n’as pas forcément envie de communiquer ta joie. On a aussi montré qu’être seul n’était pas un problème. Tu sais, dans le monde tel qu’il est, on doit être en couple : les places de ciné sont moins chères quand tu es à deux. Mais être seul peut également constituer une période enrichissante.

Photos : © brokenships.com ; Olinka ©KK