Saint-Pétersbourg et l'homophobie : « Hitler a commencé avec des lois anti-gay »

Article publié le 6 mars 2012
Article publié le 6 mars 2012
En 1993, la Russie rayait l’homosexualité de la liste de crimes passibles d’emprisonnement. En 1999, elle rayait l’homosexualité de la liste des maladies mentales. En 2012, le Parlement de Saint-Pétersbourg adopte une loi bannissant « tout acte public » de promotion de l’homosexualité, de la bisexualité ou de la transsexualité. Cherchez l’erreur !

Indice numéro 1 : un peu de mathématiques

Notons tout d’abord que ce projet de loi anti-gay est tout de même passé à 29 voix contre 5. En somme, plus des 80% des parlementaires russes sont d’avis qu’écrire, parler ou débattre de l’homosexualité devrait être puni par loi d’une amende pouvant s’élever jusqu’à plus d’1 million de roubles, soit 25 000 euros. Mes maths sont certes un peu rouillés, mais ces chiffres ne vous paraissent-ils pas inquiétants ?

Indice numéro 2 : homo ou pédo ?

Se refusant bien évidemment à s’arrêter en si bon chemin, ces messieurs du Parlement ont décidé de mettre la pédophilie dans le même sac. Pour eux, la promotion de la pédophilie sera tout aussi nuisible que la sensibilisation à l’homosexualité ! Et la dictature dans tout ça ?

Indice numéro 3 : la non-spécification

Comme l’ont souligné les associations militantes LGBT et les organisations de défense des droits de l’homme – qui risquent bientôt de devoir débourser pour une telle défense de l’homosexualité sur la toile – le caractère perfide de cette loi réside dans sa non spécification du terme « propagande ». Ainsi, le simple fait de discuter de l’homosexualité dans un lieu public pourrait très bien être considéré comme une sorte de propagande. La liberté d’expression ? Un concept sans doute assez vague pour nos amis à chapka. Pour reprendre les récents propos du despote-biélorusse-voisin : « Mieux vaut être dictateur que pédé » !

Indice numéro 4 : arrestations

Pendant que les politiques débattaient de ce texte fallacieux, un militant russe brandissait ces mots glaçants : « Hitler a commencé avec des lois anti-gay. » Bien sûr, comme il n’y a que la vérité qui blesse, cette homme fut arrêté par les autorités locales.

Alors, vous avez trouvé l’erreur ou je continue ?

Un tel retour en arrière est un coup dur pour les droits de l’homme et le respect de notre liberté d’expression. Les associations contre l’homophobie craignent même que cette loi ouvre la voie à la légalisation de l’homophobie en Russie. Membre du Conseil de l’Europe et des Nations unies, la Russie s’était pourtant engagée, au même titre que la France, à respecter ces principes pour lesquels beaucoup se sont battus tant d’années.

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Trop longtemps, les membres de la communauté LGBT ont été considérés comme les parias de la société, souffrant d’une maladie que certains craignent encore des plus contagieuses. Au 21e siècle, on s’insurge contre le racisme sans pourtant réaliser que la discrimination envers les homosexuels est elle aussi une forme grave de racisme. Lors de protestations, l’activiste et directeur de Coming Out, Kotchetkov, arrêté en quelques minutes par les autorités, renvoyait avec une justesse qui dérange à la persécution des gays en Allemagne nazie. La question est posée : en laissant passer cette loi perfide, n’ouvrons-nous pas la voie à une nouvelle forme de nazisme ?

Photo : Une (cc)rezavoody/flickr Vidéos : All Out : AllOutorg/YouTube pancarte Hitler : FeyrJuhl/YouTube