Saint Jacques de Compostelle, sans foi ni loi

Article publié le 15 octobre 2010
Article publié le 15 octobre 2010
Chaque année, près de 140.000 personnes venues du monde entier, parmi lesquels environ 14.000 Allemands, empruntent le même chemin. Klara Gockel (22 ans) et son ami Felix (23 ans) ont, eux aussi, voulu tenter l’expérience du pèlerinage de Compostelle. Moins pour prier avec leurs pieds que pour vivre une aventure extraordinaire.

En 2001, Hape Kerkeling, un célèbre humoriste et animateur de télé allemand, entreprit d’accomplir le pèlerinage de Saint Jacques de Compostelle où est supposé se trouver le tombeau de l’apôtre Jacques le Majeur. Paru en 2006, le témoignage de sa randonnée (Ich bin dann mal weg) , écrit sur un ton plus amusant que mystique, devint rapidement un succès de librairie.

Pieds nus à Saint Jacques

A la limite couper les talons de vos chaussures C'est un peu par hasard que le livre de Hape Kerkeling est tombé dans les mains de Klara, une étudiante en chirurgie dentaire qui songeait depuis longtemps à prendre le large. Au printemps 2009, cette originaire de Herne (en Rhénanie du Nord-Westphalie) décide de tenter l'aventure, moins par vœu pieu que par envie de se dépasser et pour son budget limité. « Dans un premier temps, cette expérience, je voulais le faire seule », explique Klara, avant de convaincre son camarade d’école Felix qui suit actuellement une formation d’infirmier hospitalier de se joindre à elle. « T’es pas un peu cinglée ?! » fut la première réaction du jeune homme. Cependant, ils compulsèrent très vite ensemble toute la littérature sur le sujet et, afin de parfaire leur maîtrise d’un espagnol resté à l’état rudimentaire, ils s’intégrèrent à un groupe d’autres pèlerins par l’intermédiaire de Studi VZ, un réseau social basé à Berlin. « Nous finissions même par devenir trop pros, constatent-ils en riant. En chemin, nous avons rencontrés des gens qui font le parcours pieds nus. » Peu enclins à une telle mortification, ils ne négligèrent pas le choix de bonnes chaussures de marche, ni l'achat d'une de ces précieuses huiles pour bébés, indispensables quand l’heure est venue de soigner ses pieds endoloris.

24 km par jour, ça use...

En août, le duo était au point de jonction des cinq grands chemins qui sillonnent la France, au début du Camino Francés, qui traverse le Nord de l’Espagne, via les Pyrénées, sur une distance d’environ 800 km. A partir de là, le chemin se rétrécit. Partis de Saint Jean Pied de port, il leur faudra six bonnes semaines pour atteindre la capitale de la Corogne. Bon an, mal an, ils maintiennent une moyenne de 24 km quotidiens. Des jours de pause ? Pas un seul. Mais, ils portaient vraiment de bonnes chaussures ! A la fin de la journée, chacun a sa méthode pour se soulager les pieds. Selon Klara, l’application de la lotion apaisante exige un doigté méticuleux. C’est comme « l’onction vespérale ». Il y a autant de façons d’oindre que de pèlerins. Un soir, l’un d’eux, à bout, a découpé sur le champ et sans cérémonie les talons de ses chaussures... C’est de loin cette rencontre permanente avec d’autres pèlerins qui a le plus fortement marqué nos deux voyageurs. Bien sûr, il faut souvent se battre durement avant de trouver un coin convenable dans un refuge… Quand on n’est pas obligé de céder le lit à deux places rudement conquises à une dame allemande plus âgée ! Mésaventures mises à part, les rencontres gardent toujours un aspect positif, à l’image de ce grand-père hollandais en route avec son petit fils. Félix le confirme : « Chez les pèlerins, tu n’es jamais seul. »

La route de l’oubli

Le but s'appelle Santiago, mais Félix et Klara ont décidé de pousser jusqu'au Finistère !« Le plus important était le but qui se trouvait devant nous. » En aucun cas, ni Felix, ni Klara n’étaient guidés par des motifs religieux. Le plus souvent, ils voulaient se prouver de quoi ils étaient capables. Mais aucun des deux ne nient qu’on s’immerge vite dans le monde des pèlerins et qu’on perd rapidement le contact avec la réalité. De quoi donner la frousse à leurs parents ! « Maman avait accroché une carte de l’itinéraire », se souvient Félix. A chaque étape, elle plantait un petit drapeau. Pas mal de fois, on a oublié de donner des nouvelles, donc pas de petits drapeaux. Ainsi, quand je suis revenu, en dénombrant les vides sur la carte, j’ai pu compter le nombre de fois où nous n’avons effectivement donné aucun signe de vie. » Durant ces six semaines, les deux pèlerins n’ont manqué de rien. « Parfois, à titre de récompense on s’accordait un Coca à la place de l’habituelle eau du robinet. Ou une véritable serviette de table plutôt qu’un kleenex. » Les trésors du pèlerin résident dans de petites choses. « Bien sûr, le soir, j’apprécie toujours de pouvoir prendre une douche et de m’essuyer dans une vraie serviette, reconnait Klara. Mais en chemin, on oublie vite tout ça. »

Ambiance fin du monde

Après six semaines d’une sacrée marche et tant de nuits passées dans de grands dortoirs, Klara et Félix arrivèrent enfin à destination. Ils ont trouvé l’endroit impressionnant. « Le temps était pluvieux et nous pensions avoir atteint le bout du monde. » Toutefois, l’autre Finistère – celui qui fait la fierté des bretons - se trouve 90km plus à l’ouest. Alors, même si ce n’était que folie, ils voulurent aller y jeter un dernier coup d’œil avant de repartir : « Devant nous, le soleil se couchait au-dessus des vagues. Cela reste un instant émouvant… »

Enfin arrivés !

Même si Klara a choisi l'improvisation, rien ne vous empêche de bien vous préparer. Voici de quoi aider les planificateurs.

Photos: ©Klara Gockel und Felix Wenzel