SACEM mais est-que ça récolte le tempo ?

Article publié le 28 novembre 2012
Article publié le 28 novembre 2012
Le président français voulait faire de la jeunesse la grande cause de son quinquennat. C’est ainsi que la SACEM lui a renvoyé l’ascenseur en organisant ses grands prix, très portés sur les noms qui ont tout fait, sauf l’année 2012. Compte-rendu.

Lundi 26 novembre. Ça gratine sec au Casino de Paris. Rassemblés dans le hall de la salle de spectacles construite par le duc de Richelieu, le gotha des ouvriers de la musique s’envoient des mamours. Bisous baveux, clins d’œil, regards taquins… le personnel très chic invité par la SACEM se préparent à fêter l’édition 2012 de ses grands prix. Selon l’organisation, ses récompenses visent avant tout à célébrer deux choses : la carrière des auteurs et la diversité du spectre musical français. Par « spectre » entendez-bien une large palette qui peut aller de la musique classique jusqu’à l’humour. Parfois donc, ça n’a rien à voir avec la musique.

La new Dave

L’intérêt du raout se trouve dans la sacro-sainte « création ». Car si l’on baigne aujourd’hui dans le faste et les corsets pailletés, c’est surtout pour glorifier les auteurs et non les interprètes. Autre spécificités : les lauréats sont connus à l’avance. Après tout, nous sommes en 2012, et le suspense est devenue une inquiétude un peu surfaite. Ces lauréats sont nommés par le Conseil d’administration de la SACEM, composé de 26 membres qui, de façon collégiale, essaie de retenir ce qui s’est fait de mieux durant les dernières années en matière de création. Et là, vous verrez que dans les choix sanctionnés, nous sommes encore bien loin de 2012.

La cérémonie commence par un petit mot du président. Entre le bonjour-bonsoir, Laurent Petitgirard digresse longuement sur l’importance de la copie privée. Pas de surprise, « elle souffre ». En d’autres termes, il faut que les gens continuent à pouvoir copier sans limite mais que « cet accès soit régulable (sic) pour tous ». On avoue ne pas avoir tout compris, mais en gros l’appel était la vigilance. Bref, en l’état, tout le monde s’en fout et n’a qu’une hâte : voir débouler Dave pour la remise des prix.

Dave débarque donc, assène quelques vannes et présente Louise Ekland, le joli minois british de C à vous, l’émission de France 5. Premier moment fort, les deux présentateurs remettent le prix de la chanson de l’année à un groupe de rap, Sexion D’Assaut pour leur morceau «  Avant qu’elle parte  ». Mais c’est encore plus fort lorsque l’on sait que le nom du prix « Rolf Marbot » désigne un ancien éditeur de la SACEM qui, selon des documents de l’époque de la collaboration, est aussi tristement célèbre pour avoir été celui qui édita l’hymne pétainiste Maréchal nous voilà. Passons. Après 2-3 jeux de mots à la con, Dave s’en sort très bien côté vannes et s’affirmera – pour nous en tout cas – comme le très bon saisissement humoristique de cette année.

Une cérémonie sans swag

Le deuxième coup de théâtre de la soirée est l’arrivée impromptue de la ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, venue remettre le grand prix de la chanson française à Camille. Une occasion pour Laurent Petitgirard d’en remettre un coup sur la copie privée et de se révéler comme le maitre de cérémonie le plus relou de sa génération. S’ensuivent les Gipsy Kings (sacrés grand prix du répertoire Sacem à l’export et à notre connaissance le seul groupe français à avoir vendu plus d’un million d’albums aux Etats-Unis) qui quand ils ne chantent pas, ont un accent du sud à figer Jean-Claude Gaudin sur place. Puis Anaïs qui chantera à capella, Tiken Jah Factory et ses punchlines ( « Si tu me laisses l’uranium, moi je te laisse l’aluminium  » ) et Richard Bona qui remportera haut la main le titre de meilleure prestation de la soirée.

La suite ? Des inconnus « ouvriers de la musique » (Eric Tanguy, Jean-Philippe Allard, Fabien Waskman…), un humoriste de 63 balais (Roland Magdane) et Dave qui régale de plus en plus, écrasant par la même la pauvre Louise dont le crédo se situe désormais dans une seule et même question : « que représente ce prix pour vous ?  » Pour y répondre, la palme d’or du «  je m’en foutisme » retournera sans hésiter à Justice (qui ne jouera pas) dont le phrasé de remerciements est aussi tonique que la mélodie de Vanina (de Dave).

Enfin bon, après 2 heures de cérémonie, le clou du spectacle revient à Catherine Ringer (prix spécial de la Sacem) qui l’enfoncera bien correctement, sanctionnant du même coup une soirée placée sous le signe d’un autre siècle. Si vous avez un jour l’opportunité de vous y glisser, les grands prix Sacem vous rappelleront sans doute les soirées pyjamas de vos 8 ans quand Maman et Papa, partis trinquer, vous laisser chez Mamie qui se faisait une joie de vous servir un chocolat chaud devant Le plus grand cabaret du monde. La calvitie du président, le décor du Casino de Paris, les lauréats, la moyenne d’âge de l’assistance, Dave… tout ça sent bon la napthaline. Mais qui sait ? C’est peut-être par une cérémonie sans swag que la SACEM voulait célébrer les auteurs de l’ombre.

Photos : © courtoisie de la page Facebook de la Sacem , Dave © courtoisie de la page Facebook officielle de Dave