Russie : Menaces à longue portée

Article publié le 3 décembre 2004
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Article publié le 3 décembre 2004

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Poutine annonce la création de nouveaux missiles nucléaires russes et personne ne semble se soucier de l'escalade technologique -pour l'armement- que ses fanfaronnades peuvent inspirer. Pendant ce temps, l'UE bâille.

« Sans pareille dans le monde pendant de nombreuses années » : tels sont les mots qu’emploie Vladimir Poutine, le président russe, pour décrire la technologie des missiles nucléaires dont devrait bientôt disposer la Russie. Il s'agit de la technologie Boulava-30, dont le développement a commencé en 1986 et qui est arrivée jusqu'à nos jours sous la forme de missiles d'une portée de 8 000 km avec dix ogives destinées des objectifs indépendants et à lancement maritime.

Une réalité ambivalente

Les scientifiques et les hauts responsables politiques du monde entier ne semblent pas accorder une importance excessive à l'annonce de Poutine, la considérant comme une occasion de faire impression. Nombreux sont ceux qui, comme le confirme Scott McClellan, porte-parole de la Maison Blanche, étaient au courant des recherches et ne les considèrent pas comme une menace. La Russie fabrique quatre missiles par an et il lui faudrait en fabriquer quarante par an pour pouvoir renouveler tous les missiles qui deviendront obsolètes d'ici 2020. Certes, ce renouvellement de missiles nucléaires respecte le Traité de Moscou sur la réduction des armes stratégiques offensives (START) ainsi que le traité SALT 1 (Traité de Limitation des Armes Stratégiques) qui exige que les deux parties s'informent mutuellement, dans un laps de temps raisonnable et en divulguant les données sur les programmes d'élaboration de missiles stratégiques. D'un autre côté, les essais qui sont en cours depuis janvier 2004 ont été réalisés avec des charges inoffensives et la Russie n'a plus procédé à des essais nucléaires depuis 1990, c'est un fait.

Toutefois, plus la technologie est avancée, plus sa mise au point demande d'essais nucléaires. Et si on ajoute à cela que le budget de 2005 en ce qui concerne la défense russe augmentera de 30% pour atteindre 15 milliards d'euros, se demander si la stratégie de Poutine convient aux européens n'est pas une question secondaire.

La solitude particulière de l'Europe

Lors de son communiqué, Poutine a ajouté: « il suffirait que nous relâchions notre attention sur les composantes principales de notre défense, comme le bouclier de missiles nucléaires, pour que nous nous trouvions confrontés à de nouvelles menaces ». C'est précisément ce qui doit inquiéter l'UE. Non seulement Poutine considère comme nécessaire de disposer d’un bouclier de missiles nucléaires équivalent à celui de Bush aux Etats-Unis -ce qui, vu d’Europe, consiste à écraser une mouche avec un marteau– mais il isole encore plus l'Europe dans la mise en œuvre de sa stratégie pacifiste et dans l’utilisation du renseignement pour lutter contre le terrorisme. Pendant que l'UE tente de négocier avec l'Iran afin de limiter les activités nucléaires de l’Iran au domaine civil, Poutine fait le fier. Il est peu probable que ses discours lui attire –pas plus qu’à nous- la sympathie de pays aussi cruciaux que l'Iran, les pays transcaucasiens et même le Pakistan, dans la lutte contre le terrorisme.

Le pire, c'est que l'Europe sait que les missiles russes sont également pointés vers des pays aux gouvernements à l'indépendance sous contrôle, comme la Biélorussie et l'instable Ukraine –ses voisins- et elle reste sans broncher, elle ne fait aucun commentaire à Poutine de peur que son économie ne subissent plus encore le fléau du prix du pétrole.

Les stratégies d’armement russe et américaine ne doivent pas déformer la bonne disposition européenne et ses politiques orientées vers la coopération et l’amélioration du renseignement. Le plus urgent est néanmoins l'approbation et la mise en œuvre de la Constitution pour que les diplomaties européennes ne chancellent pas et pour que les politiques de défense et de sécurité commune prouvent au reste du monde les bénéfices de l'équilibre entre passions sécuritaires, qualité démocratique et talents diplomatiques.