Russie : le parti de Poutine écrase tout

Article publié le 19 septembre 2016
Article publié le 19 septembre 2016

Le parti de Poutine, Russie unie, a remporté haut la main les élections de la Douma dimanche, devant trois autres partis proches du Kremlin. Et à nouveau, on parle de fraudes et de malversations. Il n'empêche, le président russe s'embarasse de moins en moins avec les obligations d'une politique démocratique et le peuple, lui, semble de moins en moins s'en soucier.

Autriche - Die Presse : Poutine fait ce qu'il veut

Vladimir Poutine n’a rien à craindre des élections, analyse Die Presse : « S'il a autant de succès, c'est que contrairement à ses homologues occidentaux, il n'est pas obligé de répondre de ses actes. Alors qu’en Europe, les hommes politiques sont sanctionnés par leurs électeurs, le président russe peut, en toute impunité, mentir droit dans les yeux de ses citoyens. Alors que les populistes européens, une fois au pouvoir, échouent souvent à transformer leur politique destructive en gouvernance constructive, à amener des solutions rapides qu’ils n’ont pas, le président russe ne doit pas répondre aux obligations imposées par un régime démocratique. Il a la chance de pouvoir faire presque tout ce que bon lui semble, sans avoir à en craindre les conséquences. Cette irresponsabilité organisée du système poutinien n'est (heureusement) qu'un rêve pour les populistes occidentaux ». (19/09/2016)

Pays-Bas - De Telegraaf : des Russes résignés  

Le faible taux de participation en Russie traduit l'état avancé d'apathie qui règne dans le pays, analyse De Telegraaf : « Si en 2012, suite à la fraude de grande ampleur qui avait accompagné l'élection (de décembre 2011), la population était descendue en masse dans les rues de Moscou, aujourd’hui, elle semble définitivement engourdie. Les retraites ne sont pas revalorisées, les citoyens se retrouvent sans emploi, la classe moyenne ne peut plus se payer de vacances en Égypte ni en Turquie. Mais il semble que personne n'en tienne Poutine pour responsable. (...) À nouveau, on rapporte dans tout le pays des fraudes électorales. Dans l'après-midi, le taux de participation était extrêmement faible dans les grandes villes : en dessous de 20%. Finalement, c’est le parti de Poutine qui l’emporte, et personne ne commente le faible taux de participation. (...) Seules les structures pénitentiaires et les établissements psychiatriques indiquent que le taux de participation n'a jamais été aussi élevé : 89% ou 85%. C’est donc les fous et les détenus qui assurent au président sa victoire. Bienvenue dans la Russie de Poutine ! » (19/09/2016)

Suisse- Corriere Del Ticino : Poutine marche sur l'eau  

Les Russes récompensent l’impunité de leur président, constate Corriere del Ticino : « Au-delà des frontières russes, on critique la "démocrature" de Vladimir Poutine et son absence de scrupule en matière de politique extérieure. À l’intérieur du pays, le chef du Kremlin est encensé pour les mêmes raisons. En outre, Poutine a usé de quelques ruses pour assurer la majorité au parti Russie unie. (…) Il a fait taire les oligarques, en leur donnant le champ libre. En contrepartie, il leur a demandé de ne pas le contredire. (…) La clé de son succès : la nouvelle identité nationale qu’il a réussi à forger, et qui repose sur la défense des valeurs traditionnelles russes et autochtones (une alternative aux valeurs occidentales). Pour cela, il a misé sur la défense du territoire, sur le rêve d’un retour à la grandeur de l'Union soviétique, et sur la capacité militaire d’intervenir dans de grands conflits internationaux ». (19/09/2016)

Slovénie - Delo : l'ennui ultime 

L’élection de la Douma en Russie n’a jamais été aussi inintéressante depuis cette dernière décennie, analyse Delo : « La nouvelle répartition des sièges entre le parti au pouvoir Russie unie et les trois "partis du système" n’a même pas suscité un grand intérêt chez les médias et commentateurs du pays. (…) Les experts du Kremlin savent bien pourquoi : la faute est du côté de la répression mise en place par le régime du président Poutine. Depuis 15 ans, les spécialistes des intrigues qui ont lieu à la cour du "nouvel empereur" expliquent que la Russie, après avoir connu une courte période démocratique, est retournée au "Moyen Âge", c'est-à-dire à l'ère de l'Union soviétique, où des élections comme celles d'hier ne sont que de la poudre aux yeux. (…) Il se peut que les électeurs russes se fichent pas mal de savoir qui remportera ce jeu de fiction démocratique. (…) Mais peut-être que les Russes constatent également que quel que soit le nom du parti, l'intérêt premier de tous les hommes politiques est d'accéder au pouvoir ». (19/09/2016)

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Cet article est publié en partenariat avec euro|topics