Royaume-Uni : un nouveau parti se bat pour l'égalité des femmes

Article publié le 10 juin 2015
Article publié le 10 juin 2015

Alors que les partis d'intérêts particuliers sont de plus en plus nombreux sur la scène politique britannique, le Women’s Equality Party vient encore grossir leurs rangs avec comme ferme objectif la création d'une société plus égalitaire à l'horizon 2020.

L'une des co-fondatrices la plus facilement reconnaissable est la comédienne Sandi Toksvig, qui a recueilli des millions d'auditeurs hebdomadaires au News Quizz satirique de la BBC.

Début mai, elle confiait à la BBC qu'elle s'apprêtait à quitter l'émission après neuf ans afin de se lancer sur la scène politique. « J'ai fait quantité de blagues sur la politique et, vous savez quoi, après ces élections j'en ai assez » a-t-elle dit. « J'ai pris la décision d'y prendre part, au lieu de continuer à en rire. Je participe en ce moment à la création d'un nouveau parti appelé le Women's Equality Party. Il rassemble un groupe fantastique de femmes, et d'hommes aussi d'ailleurs, qui ont décidé de dire "ça suffit" et qu'il était temps de changer certaines choses. »

Toksvig avait déjà montré la voie en mars dernier en « lançant » un nouveau parti, intitulé « Le parti du sauvetage » (The Rescue Party) au cours d'un sketch. Elle avait même dressé sa liste rêvée de ministres de sexe féminin. Catherine Mayer, force du mouvement féministe et ancienne envoyée spéciale pour Time Magazine, participait à ce même festival en tant que jury. Ce qui n'était qu'un commentaire en aparté - « crééons un parti pour les femmes et voyons ce que ça donne : je serai au bar tout à l'heure » - a donné lieu à une réunion inaugurale rapidement suivie d'une conférence informelle en avril. Une réunion présidée par Sandi Toksvig avec l'auteur Stella Duffy en intervenante principale. Une tribune s'y est tenue. L'intérêt pour le parti a été très important. Des branches régionales et locales ont déjà été créées dans tout le Royaume-Uni, en amont du lancement officiel du parti prévu en septembre.

WE (Women’s Equality) a peut être raté de justesse les élections générales de 2015 mais ses co-fondatrices sont confiantes quant aux élections de 2020 pour lesquelles elles se voient déjà envoyer des candidates. Le leitmotiv du parti, tel qu'il apparaît sur la page Facebook du groupement se lit comme suit : « L'égalité des femmes n'est pas que le problème des femmes. Quand les femmes accomplissent leur potentiel, tout le monde en bénéficie. L'égalité va de pair avec de meilleurs politiques, une économie plus dynamique, une main-d'oeuvre qui profite des talents de toute la population et une société qui est en paix avec elle-même ».

Parmi leurs principaux objectifs : une représentation égalitaire en politique, dans les entreprises et dans l'éducation, l'égalité des salaires et des droits parentaux et la fin des violences faites aux femmes. Surtout, le parti veut attirer et mobiliser les 9,1 millions de femmes qui n'ont pas voté lors des dernières élections, contre 7 millions d'hommes.

Lorsqu'on lui demande pourquoi les gens ne prennent pas part à la politique, Toksvig répond que c'est parce que les candidats ne reflètent pas la diversité du pays. « La plupart des partis traditionnels parlent des questions concernant les femmes comme si nous étions un groupe minoritaire alors que nous formons en réalité la majeure partie de la population », explique-t-elle. « On se retrouve avec des manifestes seulement à destination des femmes, ou à parler de la garde d'enfants comme s'il s'agissait d'un problème qui ne concerne que les femmes. »

Il y a 31 millions d'hommes et 32,2 millions de femmes au Royaume-Uni, pourtant seulement 29% des MPs (membres du parlement, nda) sont des femmes. Les élections de mai dernier ont vu une hausse du nombre de MPs femmes, il était de 23%, le plus importante depuis la victoire du Parti travailliste de Tony Blair en 1997 qui avait vu le nombre de MPs femmes grimper de 173%. La plus jeune MP depuis 1667, Mhairi Black, candidate du SNP (Scottish National Party, ndlr) de 20 ans, est une jeune étudiante au visage inconnu. Pourtant, si la répresentation des femmes continue d'augmenter de la même manière lors des prochaines élections, il faudra attendre 2035 pour que les femmes représentent 51% des MPs. Aujourd'hui, 3 des partis, les Libéraux-Démocrates, UKIP et le DUP (Parti unioniste démocrate) n'ont aucun MP de sexe féminin.

La représentation des femmes en politique varie d'un pays à l'autre en Europe. Sans surprise, les pays scandinaves sont champions dans le domaine avec 45% de femmes dans la chambre basse du Parlement en Suède, contre 42,5% en Finlande. L'Irlande (15,1%), la Roumanie (11,2%) et Chypre (10,7%) sont les mauvais élèves du classement selon les statistiques des Nations unies.

Ces dernières années, la scène politique britannique a vu une hausse du nombre des partis d'intérêts particuliers, tels le Green Party, le SNP ou encore Plaid Cymru, le parti nationaliste gallois. Leur succès semble indiquer que la meilleure façon de poursuivre l'égalité des sexes est de le faire via un parti dédié aux femmes qui ferait progresser un programme et amènerait les partis traditionnels à lui prêter attention. Cependant, certains ont accusé ce parti dédié aux femmes de ne pas être suffisamment inclusive. Pourquoi s'appelle t-il le « Parti pour l'égalité des femmes » et non pas seulement le « Parti pour l'égalité » ?

L'une des co-fondatrices, Stella Duffy, a fait part de son opinion dans un article publié sur son blog : « La première chose qui me vient à l'idée c'est que si cette question était posée à un groupe LGBT, de personnes en situation de handicap, de minorités ethniques ou d'égalité des classes, elle ne serait pas prise au sérieux tellement elle serait absurde. Il serait en effet absurde (et offensant) de demander à un groupe activiste noir par exemple, "Pourquoi il ne s'intéresse qu'aux inégalités dont souffrent les populations noires ?". Pourtant on attend des femmes qu'elles se préoccupent de TOUTES les inégalités ». Catherine Mayer a ajouté « #WE veut gagner, pour amener à de vrais changements. Cela requiert de la concentration et des idées claires »

Avec un écart de salaire de 35% dans les emplois à mi-temps, le parti semble être sur une bonne piste.

À surveiller.