Royaume-Uni : europhiles et eurosceptiques s’accordent sur l’importance d’une politique étrangère européenne commune

Article publié le 9 mars 2013
Article publié le 9 mars 2013
Par Noémie Schoen C’est dans un contexte de grande remise en question de l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union européenne (UE) que s’est tenu mardi 12 février à Westminster, une conférence organisée par le Foreign Policy Center (et cofinancé par la Commission européenne) sur l’impact de la politique étrangère de l’UE.
La question du débat – est ce que la politique étrangère de l’UE peut avoir un impact ? – a été analysée par un panel d’acteurs britanniques varié, issu des milieux médiatique, politique et académique.

Service Européen pour l’Action Extérieure - Un constat mitigé

Au sein d’une Union à 27 et bientôt 28 états membres aux priorités et intérêts parfois divergents, il n’est pas toujours facile de parvenir à un accord en matière de politique étrangère européenne. Les acteurs présents à la conférence ont exposé leurs visions respectives à l’image d’Emma Reynolds, membre du Parlement au Labour Party et ministre de l’Europe dans l’opposition. Celle-ci souligne le travail accompli par Catherine Ashton, Haute Représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité et par le nouveau Service Européen pour l’Action Extérieure (SEAE) depuis leur création en 2009 avec le traité de Lisbonne. Le combat contre la piraterie en Somalie, le rôle clé joué par Madame Ashton dans le rapprochement entre la Serbie et le Kosovo et sa réussite à rassembler dans un contexte de crise iranienne, Américains, Russes et Iraniens autour de la table des négociations, sont autant de succès à ne pas oublier.

John Peet, éditeur de la section Europe pour le magazine The Economist se montre plus partagé quant aux résultats accomplis par le SEAE. Alors que les négociations avec la Turquie sont en ‘standby’ depuis quelque temps déjà et que l’UE a manqué de se positionner clairement par rapport aux révolutions arabes, il convient de ne pas négliger les partenaires proches, en adoptant notamment une politique réaliste vis-à-vis de la Russie et des pays concernés par le partenariat Oriental (Arménie, Azerbaïdjan, Biélorussie, Moldavie, Géorgie et Ukraine).

Le conservateur Sir Malcolm Rifkind, ancien ministre d’état sous Margaret Thatcher et Secrétaire des Affaires étrangères entre 1995 et 1997 se décrit comme un «eurosceptique modéré ». Il fait la distinction entre une politique étrangère unique qui lie les 27 états membres ensemble et une politique étrangère commune. Alors que la première est difficilement délivrable en raison de la difficulté à coordonner 27 états membres à une politique étrangère unique, la seconde se révèle plus réaliste car elle suppose la présence d’un intérêt commun véritable et authentique.

Enfin, Anand Menon, professeur de politique européenne et d’affaires étrangères de la prestigieuse université du King’s College à Londres, s’est lui montré plus pessimiste en soulignant le développement quasi inexistant de la politique étrangère européenne depuis le souhait commun du président Chirac et du premier ministre Blair à la fin des années 90 de doter l’UE de moyens permettant une avancée dans ce domaine. « Il ne s’agit pas d’un manque d’investissement financier ». Le problème est à lier à la fois à la réticence des états membres à faire converger leurs intérêts et à l’incapacité de l’UE à traiter cette question au niveau européen.

L’UE, porte parole des intérêts britanniques

A l’heure où l’Union européenne fait l’objet de vives critiques au Royaume-Uni, il est intéressant de constater que ce débat a clairement révélé qu’au-delà des divergences liées à la manière de mener cette politique européenne commune, europhiles et eurosceptiques reconnaissent ensemble les avantages d’une politique étrangère et de sécurité commune.

Aux premiers abords, en raison de la place qu’occupe le pays sur la scène internationale, il ne paraît pas inconcevable d’imaginer un Royaume-Uni faire cavalier seul dans ce domaine. La septième puissance économique au monde représente le quatrième budget en matière de défense. Le pays possède un siège au sein du conseil de sécurité des Nations Unies, est membre respecté de l’OTAN et du G8, est à la tête du Commonwealth et bénéficie d’une relation privilégiée avec les Etats-Unis.

Mais dans un contexte où face à des enjeux communs, une forte coopération internationale s’impose, l’Union - malgré une politique étrangère européenne à consolider - bénéficie d’un poids et d’une influence bien plus considérable en comparaison à un seul pays. L’UE agit comme porte-parole des intérêts britanniques en projetant son influence au delà de ses frontières. De plus, contrairement à d’autres secteurs où le pays se montre plus réticent à agir, la politique étrangère de l’UE reste un domaine où le Royaume-Uni s’implique. Le pays représente 22, 4% des dépenses en matière de défense européenne et constitue avec la France, presque la moitié des dépenses globales.

Quand l’heure sera venue de réellement peser le pour et le contre de l’appartenance à l’Union, il se peut que le SEAS – même s’il reste à améliorer - constitue un terrain d’entente entre pro-européens et eurosceptiques. En matière de politique étrangère, l’Union européenne joue à ce jour un rôle clé dans le succès britannique. Obtenir des accords plus intéressants en restant à la table des négociations pèsera sans doute lourd dans la balance pour le Royaume-Uni, qui au lieu de faire cavalier seul, pourra continuer à profiter de la position de l’UE qui agit comme porte-parole des intérêts nationaux sur la scène internationale.