Royaume-Uni et UE : dans les coulisses du dernier round

Article publié le 30 juin 2016
Article publié le 30 juin 2016

Moins d'une semaine après la victoire du Brexit au référendum britannique, le sommet européen qui réunit (toujours) les 28 pays membres de l'UE s'est déroulé dans une atmosphère quelque peu particulière. Une triste nuit, de l'aveu Cameron, marquée par l'appréhension, la cohue et une porte fermée à clé. Ambiance.

La chaleur est étouffante tandis que la salle de presse ne cesse de se remplir. Sur l'estrade disposée face aux rangées de chaises presque toutes occupées, deux drapeaux de l'Union Jack accompagnent celui aux douze étoiles de l’Union européenne. Moins d’une semaine après la victoire du Brexit par référendum, cette association donne une étrange impression. 

L’heure tourne, il est déjà 23h passé. « Apparemment, ils boivent leur café. Cameron ne va plus tarder à arriver », entend-on depuis 20 minutes. Comme toujours, les rumeurs vont bon train au sujet de l’heure à laquelle se terminera la réunion des 28 dirigeants européens. Mais si le bâtiment contient autant de salles de presse nationales qu’il y a de pays membres, c’est dans celle du Royaume-Uni que la foule de journalistes continue à s’amasser. Tous attendent le discours du premier ministre britannique. Son dernier dans un sommet européen. 

« Dès l'annonce des résultats, j'ai demandé la nationalité française »

Japon, Norvège, France, Royaume-Uni, des journalistes et caméramans de toutes les nationalités sont présents. Si, à la base, migration, politique extérieure et économie étaient au planning de ce sommet européen, c’est le Brexit qui est sur toutes les lèvres.

« Et toi, tu t’y attendais ou pas ? », demande-t-on entre confrères. « Pendant la nuit du référendum, j’ai rêvé que le ‘Leave' l’emportait, raconte un journaliste. Je me suis réveillé, j’ai regardé les nouvelles pour me rassurer. Et j’ai vu le résultat… »  

Certains n’hésitent pas à plaisanter : « Allez, c’est la dernière fois que tu me vois, après ça on part ! ». Mais d’autres avouent être tout simplement « terrifiés » face à cette situation. « Dès l’annonce du résultats du référendum, j’ai demandé la nationalité française, lâche un journaliste britannique. Je suis honteux de voir qu'au Royaume-Uni, on pense toujours être à la tête d'un empire. » 

A contrario, des journalistes non-britanniques couvrant les affaires européennes depuis plusieurs années ne cachent pas une forme de soulagement. Cette sortie « est une bonne chose sur le papier », nous confie l'un d'entre eux. « Ça fait des années que le Royaume-Uni fait barrage au développement de l'UE. Ça nous donne la possibilité de reconstruire l'Europe. » Mais, prévient-il toutefois, face à la montée des nationalismes en Europe, la seule chose est de savoir si ce référendum sera le début d'un renouveau, ou le début de la fin. 

Une triste nuit

23h15. Les minutes avancent et la salle de presse est maintenant noire de monde. Les places assises se négocient. De nombreuses personnes doivent rester debout. Parmi les « chanceux », une journaliste britannique arrivée bien à l'avance avoue ne pas partager l’inquiétude ambiante : « Le Brexit signifie surtout pour moi un très gros changement. Je ne peux pas dire maintenant s'il sera positif ou négatif ». Par ailleurs, ajoute-t-elle, « la sortie du Royaume-Uni prendra du temps. En ce qui concerne les emplois des journalistes, cela ne m'inquiète pas. L'UE reste un sujet intéressant et important pour nous. On continuera à le couvrir. »

Et puis, soudain, le premier ministre britannique - perdant du référendum - fait son entrée. Son pas est assuré. Il se pose derrière le pupitre décoré par les armoiries royales du Royaume-Uni. Les yeux, les caméras, les smartphones, sont braqués sur lui. « Bonsoir à tous, ça fait six ans que je viens à des sommets et cette fois, ça sera mon dernier », annonce-t-il dès le départ. Mais, malgré sa démission, il tient à rassurer : « Il n'y aura pas de chaise vide pour négocier le Brexit, le Royaume-Uni sera toujours bien représenté ». 

Comme à son habitude, il s'exprime avec clarté et énergie. Mais à la question « n’est pas ce une triste nuit pour vous aujourd’hui ? », David Cameron se mord les lèvres et répond « Bien sûr, c'est une triste nuit pour moi ». L'émotion est palpable. 

Depuis un an, de nombreux observateurs s'accordaient à souligner que David Cameron - lui même hostile au Brexit - jouait avec le feu. En conditionnant sa victoire aux élections de mai dernier à la tenue d’un référendum sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’UE, le pari était risqué. « Mais j’accepte la décision du peuple », déclare-t-il. 

Le nombre de journalistes présents dans la salle atteste du caractère « historique » du moment. Au point que David Cameron conclut lui-même en remarquant que « c’est la meilleure audience que j'ai jamais eu en 6 ans ! ».

Il quitte la salle avant minuit. La plupart des journalistes le suivent, courent terminer leur article, leur montage vidéo ou radio. Le lendemain, une première réunion à 27 aura lieu dès le matin, sans Cameron. Et lors des conférences de presse nationale, la porte de la salle Royaume-Uni restera, elle, fermée à clé. 

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Cet article a été rédigé par la rédaction de cafébabel Bruxelles. Toute appellation d'origine contrôlée. 

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Il nous a été officiellement interdit de citer les Clash, mais la question rappelle bel et bien cette fameuse chanson. Le 23 juin prochain, les citoyens britanniques se rendront aux urnes pour décider, ou pas, du maintien du Royaume-Uni dans l'UE. Huge. Tant et si bien qu'on a 2 ou 3 choses à dire sur le sujet. Retrouvez notre dossier très costaud sur la question du Brexit.