Royalmania sur le continent

Article publié le 1 mai 2006
Article publié le 1 mai 2006

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Ringardes, les têtes couronnées ? Au contraire, depuis quelques années, la tendance en Europe s’est totalement inversée : les rois sont adulés. A condition d’être nus.

Les princes et les princesses sont à la mode. Devenus pour certains de véritables people fricotant avec la jet-set, érigés en icônes de mode ou symboles de rêve pour d’autres, ils ne cessent de s’afficher — complices ou à leur corps défendant — à la une des magazines. Pourquoi cette frénésie médiatique ? « Comprendre l’excitation que les royaux suscitent en scrutant l’inconscient de l’âme populaire » selon Claude Weil, rédacteur en chef du Nouvel Observateur. Mais comment expliquer cet engouement soudain pour ces héritiers d’un autre âge ? Depuis Charlemagne, les rois et les reines amusent leurs sujets grâce à leurs frasques ! Entre cousins, la connivence est facile.

Les têtes couronnées d’aujourd’hui sont les descendants de quatre dynasties : les Capétiens, les Saxe-Cobourg, les Holdendburg et les Habsbourg. Amour, gloire et beauté, ces trois mots sont inséparables de leur destinée. Du rêve, sans oublier une bonne dose de tragédie. La première qui a fait basculer la tendance en leur faveur, Diana, est désormais une légende. En communication, elle est même devenue un cas d’école. Le 29 juillet 1981, lorsque Lady Diana Spencer épouse le prince Charles, futur roi d’Angleterre, elle est une jeune fille de 19 ans, timide, mal habillée et un peu gauche. Négligée par son époux, Lady Di se passionne pour des causes humanitaires et s’engage dans le monde entier auprès des déshérités et des malades, qui lui apportent le rôle de sa vie. Une icône est née. N’apparaît-elle pas dans des robes sublimes, le corps sculpté par des heures de gym ? Sa mort accidentelle en août 1997, enrobera son personnage d’une aura supplémentaire.

Une affaire de com’ ?

La suite confirme cet engouement. Depuis le mariage de Camilla avec le prince Charles, en avril 2005, la cote de popularité de la famille royale britannique remonte en flèche. Derrière ce miracle, un homme : l’ancien directeur de communication du club de foot de Manchester United, Paddy Harverson. En un an à peine, cet ex-journaliste du Financial Times a su préparer le terrain pour transformer Camilla Parker-Bowles, femme honnie et montrée du doigt, en princesse enviée et adulée. « Camilla, c’est la revanche des moches ! », pointe d'ailleurs avec humour Alix Girod de l’Ain, journaliste à Elle.

En Espagne, la Maison royale a tiré les leçons de l’épisode Diana. Si la branche conservatrice a avalé une première couleuvre en acceptant le mariage du prince héritier avec une ex-journaliste, divorcée qui plus est, hors de question de la transformer en diva. Pendant sa première année de mariage, Letizia ne prononcera pas un seul mot en public, se contentant du rôle de l’épouse effacée, trois pas derrière Felipe. Des rumeurs iront bon train sur sa prétendue anorexie.

Au final, peu importe la vérité, les lecteurs veulent du romanesque ou des drames. Il faut que cela saigne, que l’on pleure de joie ou de malheur. Comme au spectacle. Si la monarchie fonctionne aujourd’hui, c’est aussi parce qu’elle est un miroir de la vie en général, à la merci d’être critiquée en permanence et en surexposition perpétuelle. «Tels des demi-dieux, les rois sont entre l’Olympe et l’Agora. A l’heure où tout passe si rapidement, les figures royales sont des étoiles qui brillent plus longtemps, immuables », précise Stéphane Bern, chroniqueur et journaliste spécialiste du gotha.

La noblesse bankable ?

Et dans l’Hexagone ? Comment expliquer que dans le pays européen qui coupe les têtes de ses nobles, le gotha fasse aussi rêver ? « Si les têtes couronnées sont à la mode, c’est peut-être que nous sommes un peu frustrés de ne plus avoir de roi », suggère Daniel de Montplaisir, historien. La haute couture notamment reprend les royaux à son compte. Vivienne Westwood fait défiler ses mannequins avec la couronne d’Angleterre sur la tête, vétues de robes à crinoline, ornées de coiffures XVIIIème, sans oublier les faux-cul. Castelbajac reproduit le visage de Diana ou de la Reine Victoria sur des tee-shirt à des milliers d’exemplaires. Lacroix ou Dior se sont engouffrés dans la brèche avec délectation, sans parler de Karl Lagerfeld, grand ami de Caroline de Monaco qui ne s’habille qu’en Chanel.

« La monarchie et l’aristocratie sont devenues vendeuses, la preuve, un grand nombre de produits alimentaires y font désormais référence », analyse Christian Blachas, directeur de publication de CB News. Philippe Stark réinvente le fauteuil Louis XVI en Plexiglas, les mini couronnes en strass ou en perles envahissent les rayons de la mode féminine et Sofia Coppola attise la curiosité du monde entier en montant, dans le plus grand secret, son film 'Marie-Antoinette', tourné à Versailles. Dernière accro en date : Madonna ! La chanteuse la plus populaire de la planète, en quête de respectabilité, vient de se découvrir grâce à des généalogistes chevronnés, des liens de parenté avec Camilla Parker-Bowles, duchesse de Cornouailles. Madonna, Camilla, même combat...