Roumanie vs Grande-Bretagne : le clash humoristique

Article publié le 14 février 2013
Article publié le 14 février 2013
Un site de presse en ligne roumain répond par une offensive de charme au quotidien britannique The Guardian qui a lancé une campagne controversée contre l'ouverture du marché du travail de l'UE à la Bulgarie et à la Roumanie. Lecteurs et rédacteurs du site roumain invitent les Britanniques dans leur pays, avec une bonne dose d'ironie.

La Roumanie contre-attaque. Plus précisément, le site de presse en ligne Gandul. « Chez nous, la moitié des femmes ressemblent à Kate, l'autre à sa sœur. » Voilà ce qu'on peut lire sur fond bleu à côté du portrait de la princesse. En-dessous, le slogan : « Venez chez nous ».

Le portail Internet de Bucarest répond par une offensive de charme à la campagne anti-roumaine lancée récemment par le quotidien britannique The Guardian : temps pourri, bouffe pourrie, jobs pourris – il faut empêcher 29 millions de Roumains et de Bulgares d'aller chercher du travail en Grande-Bretagne. Le message est clair : « Ça ne va pas vous plaire ! ». Les lecteurs du Guardian s'en sont donnés à cœur joie sur cette campagne.

2014 : ça ne va pas vous plaire

Pourquoi cette campagne ? La rumeur veut que le gouvernement britannique cherche un moyen de protéger le royaume insulaire contre une invasion massive de Roumains et de Bulgares. Car c'est en 2014, c'est-à-dire dans un an, que tombent les barrières qui empêchaient les citoyens des nouveaux États membres de s'établir dans un autre pays de l'UE. Le marché du travail sera alors ouvert aux 25 États membres, y compris la Grande-Bretagne. Le Premier ministre David Cameron craint un afflux massif, comparable à celui des Polonais et des Tchèques il y a une dizaine d'années. À l'époque, Londres a vu augmenter le nombre de ses travailleurs qualifiés, mais aussi celui de ses SDF.

Beaucoup de Roumains en Grande-Bretagne ont été agacés et déçus par le message « Ne venez pas en Angleterre ». « J'ai fondu en larmes », raconte Ramona Burlescu. À 35 ans, celle-ci travaille comme médecin dans un hôpital de la ville écossaise d'Aberdeen. « Tout le monde en a pris pour son grade : nous ici et les Roumains au pays. » En Bulgarie il y a même eu des réactions en haut lieu : une telle campagne ne correspond « ni aux valeurs, ni aux principes de l'UE », a déclaré le ministre des Affaires étrangères Nikolai Mladenhow.

À Bucarest, en revanche, le site de presse en ligne Gandul a invité le jour même ses lecteurs à lancer une contre-offensive : « La Grande-Bretagne, ça ne va peut-être pas nous plaire. Mais vous, vous allez adorer la Roumanie. » Non sans humour, la rédaction invite les Britanniques à venir en Roumanie. « Nous parlons un anglais meilleur que tout ce que vous pouvez entendre en France », proclame une page. Ou encore : « Nous avons plus de pubs anglais que de restaurants roumains. »

Bram Stoker est des vôtres. Mais Dracula vient d'ici

Les allusions politiques ne manquent pas non plus pour les lecteurs de Gandul : « Nos journaux pénètrent dans la vie privée des célébrités, pas dans les téléphones des gens normaux. » Et puisqu'on joue la carte de l'humour, les stéréotypes aussi sont de la partie. Une page annonce : « Bram Stoker est des vôtres. Mais Dracula vient d'ici. » Et pour ceux qui n'auraient toujours pas compris qu'on peut manger, boire et faire la fête en Roumanie : « Chez nous il y a d'autres choses à manger que des tartes, des saucisses et des fish & chips. » Ou bien : « Chez vous, il n'y a que le whisky. Chez nous, il y a le vin, l'eau-de-vie de prune, le raki et le cognac. »

Chaque slogan du site est une invitation à destination des Britanniques, mais au-delà de l’humour, c’est d’un appel au respect dont il s’agit. Gandul poste régulièrement de nouvelles affiches sur sa page d'accueil. Une agence de publicité soutient ce site de presse en ligne qui a arrêté sa version papier il y a un an pour devenir le premier journal inter-régional sur la Toile. « Nous avons tout simplement retourné les clichés anglais pour nous montrer sous un meilleur jour. Ce qui demande un certain sens de l'autodérision », a déclaré Mihai Gongu, le chef du projet.

Le couch-surfing pour la Grande-Bretagne

Depuis lundi, un nouveau projet a démarré : les Britanniques, friands de voyages, peuvent s'inviter d'un clic chez des Roumains. Les ingénieux roumains ont ouvert un portail internet rien que pour ça. Grâce à « Couch-surfing pour la Grande-Bretagne », ils peuvent prendre leurs quartiers gratuitement chez l'habitant en Roumanie. La pub régale : « Une semaine de loyer chez vous suffit pour un mois chez nous. Nuits au bar comprises. » Et aussi « Une chope de bière chez nous coûte autant qu'un verre d'eau chez vous. »

« Le contact direct contribue à construire une meilleure image de la Roumanie. Un canapé chez l'habitant c'est quand même beaucoup plus sympa qu'un hôtel sans chaleur, explique le spécialiste de pub Mihai Gorgu. Et en plus, c'est gratuit. » Mais l'argent est bien la dernière des préoccupations. Comme le dit une affiche : « Nous avons la moitié de votre PIB, mais trois fois plus de plaisir. » C'est précisément ce que les Roumains viennent de démontrer.

L'auteure de cet article, Ulrike Butmaloiu, travaille pour le magazine d'Europe de l'Est ostpol.

Photos : Une (cc)Kevin N. Murphy/flickr; Texte : Campagne "Why don't you come over?" courtoisie de ©gandul.info,