Roulez jeunesse, on vous fournit les pneus

Article publié le 27 novembre 2012
Article publié le 27 novembre 2012
Par Jan Nils Schubert Initié par l’agence Alter, qui se donne pour objectif de « faire avancer l'emploi et la citoyenneté », Bruxitizen était conçu comme un festival jeune de l’action citoyenne. Plus de 170 participants, trois journées intenses et un constat : la vie des jeunes n’est pas aussi rose que l'affiche du festival.

Trois jours intenses… « Il existe à Bruxelles peu d’endroits fédérateurs et mobilisateurs pour les jeunes, où l’on suscite et outille toutes les formes d’engagements » raconte Thomas Lemaigre, directeur adjoint de l’agence Alter. « On a voulu sortir les jeunes de toutes les œillères qui existent. L’engagement, ce n’est pas seulement de s’inscrire dans un syndicat ou une association. Il s’agit aussi de trouver un boulot qui colle à ses valeurs, s’impliquer au niveau politique, etc. »

L’idée vient de nos amis les québécois, sous la forme des « écoles d’été ». Alliant réflexions sérieuses et festivités, la formule de Bruxitizen était vaste et variée : conférences, ateliers, petit-déjeuner, ciné-débats, soirées concerts… le tout condensé en trois journées bien remplies. « Il y avait vraiment la volonté d’offrir un panel large, avec des activités à la carte. Et ça, on ne sait pas le faire en une après-midi » explique Thomas.

Et si l’on en croit le tour de table des participants et organisateurs, cette première édition de Bruxitizen était un succès. « Des rencontres, de nouvelles idées, une sortie de son mini-monde, dialogues au lieu de monologues… » Tant de ressentiments partagés lors de ce moment « presque émouvant », qui n’allait pas sans faire penser à une dernière journée de colo, le feu de camp en moins. La tête dans les nuages, les pieds dans la gadoue

Pourtant, le constat initial était plus sombre que les organisateurs ne l’avaient pensé. « Les gens sont fâchés et il y a beaucoup de cynisme » rapporte Félix, membre de la délégation québécoise venu voir le petit frère belge. Un cynisme, qui s’explique par les parcours des jeunes présents. Cherchant à réaliser leurs rêves d'un monde meilleur, ils luttent pour en faire une activité rémunérée. « Si ça continue comme ça, je vais devenir prof » m’explique une participante qui, entre les stages non rémunérés et les actions bénévoles, ne dispose pour revenu que d’une allocation chômage.

Tel est aussi le défi rencontré par Aurélie, une bloggeuse qui cumule deux masters et plusieurs stages dans le journalisme. Facebook aidant, elle a entendu parler du festival et s’est inscrite au parcours média. L’occasion pour elle de « jouer les journalistes », mais aussi de rencontrer des professionnels et d’autres jeunes aux parcours similaires. Mais, ce qui l’aura particulièrement marqué, c’est un débat avec Pierre Jassogne et Anne Löwenthal, « deux anciens journalistes, devenus bloggeurs à plein temps. Ils ont choisi l’instabilité financière pour se consacrer à un journalisme d’investigation et restent très critique vis-à-vis de la presse traditionnelle ». Et en attendant de trouver du boulot, elle espère « ne plus enchaîner les stages », avant de conclure: « mais c’est bien ça le problème ».

Une première étape: exprimer ses ressentiments. C’est ce que proposait notamment Ahmed dans son atelier « l’homme est un animal social ». Munis d’un masque, les participants choisissaient un animal comme totem, puis exprimaient leurs sentiments par des cris, tout en respectant les autres animaux. Une joyeuse jungle quand on s’imagine la scène, aux retombées marquantes cependant. Ainsi, l’animateur de la MJ Ganshoren, raconte. « Un des jeunes présents, ne savait pas être joyeux en public. Mais quand il se mettait dans le rôle du chat, il savait envoyer pleins d’émotions. »

« Mais une fois qu’on a gueulé, il faut agir. Donc, comment peut-on prendre le relais ? » se demande Thomas. En montrant qu’on n’est pas tout seul dans ce bateau. En redonnant espoir. Puis, en proposant des solutions, des pistes à explorer et quelques outils pratiques tels que la possibilité d’alimenter le blog original de Bruxitizen. Et une fois le samedi passé, transformer l’esprit positif dégagé lors du festival en action créative. « Vous avez du talent ? » demandait Pierre Desproges dans une de ses chroniques, avant de répondre : « ne vous emmerdez pas à passer le bac ». Une réflexion philosophique à méditer en attendant une prochaine édition de Bruxitizen.