Room : le monde entre quatre murs

Article publié le 17 mars 2016
Article publié le 17 mars 2016

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Le réalisateur irlandais Lenny Abrahamson fait mouche avec Room : l'histoire de la redécouverte du monde après un enlèvement et l'éloignement forcé du réel.

Joy Newsome a 24 ans et habite dans une chambre de 3 mètres carrés avec son fils Jack, âgé de 5 ans tout juste, qui n'a jamais rien vu d'autre que l'espace dans lequel il vit. Ce que l'on appelle une « chambre » est une pièce minuscule dans laquelle la jeune femme a été enfermée sept ans plus tôt par un homme surnommé Old Nick, qui continue à abuser d'elle et leur apporte à manger.

Joy fait de la chambre un microcosmos acceptable dans laquelle chaque chose a un nom et où le temps est infini. Mais ce qu'elle veut par dessus tous, c'est libérer son enfant et revenir à la vie normale, elle élabore donc un plan pour réussir à les sauver.

Bande-annonce de Room.

Room/Le monde

Le monde fait d'arbres et de ciel que Joy ne pouvait plus voir apparaît alors comme un paradis accessible. Mais se réhabituer à des relations sociales normales n'est pas simple : mère et fils commencent une nouvelle vie.

Room est intéressant car il montre l'évolution d'un rapport délicat entre l'intérieur et l'extérieur qui reste présent malgré la fuite de la chambre. Au début, la pièce est leur seule réalité et le monde est une possibilité. Après leur libération, on assiste à un rétablissement de vieux équilibres, devenus obsolètes : les parents de Joy, son ancienne maison, rien n'est plus comme dans ses souvenirs.

Il arrive à l'inverse quelque-chose de différent à Jack. Lui qui n'avait pour seule réalité que la chambre dans laquelle il a grandi, prend pleinement conscience après sa libération de ce qu'il s'est passé et est confronté aux évènements sans aucun filtre.

Les acteurs

La force d'un film comme Room vient notamment de ses interprètes : Brie Larson dans le rôle de Joy - elle a remporté l'Oscar de la meilleure actrice 2016, le Golden Globe de la meilleure actrice dans un film dramatique et le BAFTA de la meilleure actrice - et Jacob Tremblay, acteur canadien de 9 ans à peine. Les deux sont convaincants et apportent une rare intensité à des personnages difficiles à comprendre. Ils sont spontanés, naturels, et émouvants.

Les origines de Room

L'histoire est tirée du roman Room d'Emma Donoghue : un best-seller international inspiré de l'affaire Fritzl (qui a séquestré sa propre fille pendant 24 ans dans le sous-sol de sa maison, à Amstetten, en Autriche).

Est-il possible de raconter une telle histoire sans tomber dans le pathos ? Lenny Abrahamson y parvient avec un film qui parle de la reconquête du monde réel et de la normalité, en restant fidèle au roman et en introduisant, grâce à une mise en scène intelligente, une émotivité tangible.

Nous vivons tout d'abord l'impossibilité et la réclusion, puis l'immense diversité du monde sous tous ses aspects ; le tout à travers le regard de Jack, si bien qu'on peut avoir l'impression, comme lui, de voir le ciel pour la première fois.