Roms en Italie : une cible (im)mobile

Article publié le 2 mai 2013
Article publié le 2 mai 2013
La journée internationale des Roms et des Tziganes, qui a eu lieu le 8 avril dernier, a une nouvelle fois été consacrée à l’énième différence de traitement subie par ces groupes en Italie.
Le dernier chapitre de l’histoire de la ségrégation résidentielle concernant les groupes de Roms depuis une décennie dans le Bel Paese s’est consumé à Rome où la mairie de la ville a de facto refusé l’accès des logements sociaux aux roms comme l’a récemment dénoncé Guardian.

Les Roms et les Tziganes ont a nouveau été victimes d’une manœuvre - pas très subtile - relative aux critères d’admission pour obtenir un logement social. En clair, les deux communautés n’auront pas la possibilité de sortir des ghettos romeains où ils sont reclus depuis 30 ans. L’avis d’’attribution pour les logements sociaux, publié en décembre, semblait pourtant laisser un peu d’espoir aux 250 Roms reclus dans les camps de la capitale, puisqu’il devait au préalable donner priorité « aux familles se trouvant dans des situations de vulnérabilité majeure, ou étant dans des conditions de logement précaires ».

Peu de jours après cette publication, une précision fait son apparition : « les personnes souhaitant obtenir un logement social doivent habiter dans des abris temporaires ». Cela ne concerne pas les Roms puisque les « camps nomades » sont considérés comme des structures permanentes. Cette clarification s’inscrit donc dans la continuité des mesures visant les Roms et s’ajoute au plan Nomade du maire de Rome Gianni Alemanno dont les nouveaux « villages de solidarité » sont toujours sagement confinés en périphérie de la ville.

Une anomalie italienne

C’est ainsi que continue l’anomalie toute italienne des « camps roms » ou « camps nomades », ces structures entre le ghetto et le centre de détention en liberté surveillée. Ces camps sont nés dans les années 60 en réponse (improvisée) aux petites migrations internes, qui se sont multipliées dans les années 80. Les « camps nomades » sont devenus un modèle de marginalisation spatiale qui s’est consolidé et a créé des préjugés qui s’apprécient à l’aune du terme « nomade », dont la signification n’a soit dit en passant rien à voir avec le mode de vie actuel des groupes roms –tziganes.

Selon certaines estimations, on compte environ 12 millions de Roms en Europe et 140 000 en Italie A côté des histoires de réussite professionnelle et économique (dans lesquelles les sujets intéressés cachent cependant souvent leur origine rom pour éviter les discriminations), il subsiste des groupes de Roms extrêmement pauvres reconnaissables entre tous, victimes de violences et de préjugés. Sans faire de distinction, on les appelle des « Tziganes » mais les Roms et les Sinti sont des groupes très différents, chargés d’histoire, qui vivent en Europe depuis plus de 600 ans. Ces groupes font partie des nomades et 80% d’entre eux sont des Roms et des Sinti européens. En Italie, la plupart sont des résidents permanents depuis plus d’un siècle et au moins 80 000 détiennent la nationalité italienne. D’autres proviennent d’ex-Yougoslavie, de Bulgarie et de Roumanie, venus dans la botte pour fuir les guerres et la misère.

Taxés de « nomades » sur la base de vagues connaissances sur leur histoire, isolés dans des camps indépendamment de leur origine, de leur langue, de leur religion, les Roms les plus pauvres n’ayant pas la possibilité d’acheter un appartement décent sont obligés de vivre dans des espaces construits « ad hoc » avec des restrictions de liberté inexplicables au sein d’un État de droit (on pense notamment au couvre-feu ou à la prise des empreintes digitales).

Les camps nomades en Italie et en Europe

Lire aussi sur cafebabel.com : « Italie : sur la route du Rom des camps»

Dans la quasi-totalité des cas, les « camps nomades » continuent à être gérés par des organismes médiateurs, souvent à caractère caritatif ou religieux. Des organismes qui se montrent souvent timides lorsqu’il s’agit remédier à ces problèmes de logement. Dans ces endroits où l’arbitraire règne, les conditions de logement varient d’un campement à l’autre, tout comme les modalités de participation aux coûts. Trente ans de services exclusifs, de démarches d’accompagnement qui même lorsqu’elles sont effectuées par des opérateurs motivés et compétents, contribuent à creuser le fossé entre les Roms et la société majoritaire. Dans ce contexte, les « innovations » proposées par le Plan Nomades d’Alemanno comme la gestion par la Croix Rouge des services sociaux et la création de bureaux au sein des camps dans lesquels se dérouleront des activités didactiques vont probablement donner lieu à une radicalisation de ces relations.

En Italie, rares sont les exemples de politiques de logements destinées aux Roms et Sinti pauvres, comme alternatives aux camps nomades. Quelques villes comme Venise, Padoue et Bologne ont toutefois adopté des solutions en matière de logement et permettent de démontrer à quel point la dignité des logements est une condition nécessaire à l’intégration. De telles expériences sont cependant encore loin d’être adoptées comme modèle de référence au niveau national.

Le plus simple serait de s’inspirer de certains pays européens où le « problème » des Roms a été bien géré grâce à des choix visant à garantir l’égalité. Par exemple en Espagne, les Tziganes en situation difficiles vivent dans des logements sociaux comme n’importe quel autre citoyen défavorisé. En Allemagne une loi reconnaît les Roms comme « minorité nationale », contrairement à l’Italie qui le 15 décembre 1999 a exclu les Roms et les Sinti des 12 minorités linguistiques reconnues par la loi 482. Cette mesure a empêché ces groupes sociaux de bénéficier d’une protection et de garanties importantes.

Pourtant les choses semblent également bouger dans la politique italienne. L’espoir vient du nouveau gouvernement ou plus précisément d’une femme, Laura Boldrini - nouvelle présidente de la Chambre des députés - qui a souligné la nécessité d’inclure les Roms parmi les minorités protégées en Italie, de favoriser la connaissance de leur histoire et de permettre leur insertion dans des logements sociaux pour remplacer les « camps Roms ». Car l’intégration ne peut pas exister lorsque la ségrégation persiste.

Photo : © puffodrax/Flickr