Romani Design: La mode pour valoriser les Roms

Article publié le 21 décembre 2015
Article publié le 21 décembre 2015

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Si le style Rom est à la mode en Hongrie, il le doit certainement au label Romani Design. Partout dans le pays, de célèbres actrices parcourent le tapis rouge enveloppées de robes florales – aujourd’hui, porter des tenues Roms devient synonyme d’ouverture d’esprit. Malgré leur succès, les femmes qui se cachent derrière Romani Design n’oublient pas leur mission : valoriser les communautés Roms.

L’aventure Romani Design débuta dans un petit atelier de couture, en 2009, tout en grimpant dans l’échelle de la mode. Depuis 2010, leurs shows s’inscrivent parmi les événements les plus huppés de Hongrie – depuis 2 ans, Romani Design présente ses collections lors des Marie Claire's Fashion Days.

At Lors des défilés organisés dans des villes comme Berlin, Bruxelles, Stuttgart et Paris, Romani est tenu hors des podiums – et doit généralement son invitation aux ambassades hongroises locales ou aux institutions culturelles.  Son dernier défilé à New Delhi fut ainsi organisé par l’Ambassade Hongroise d’Inde. Sa dernière collection, IKON, repense des tenues iconiques de femmes non moins iconiques, mettant en lumière leurs fortes identités.

La marraine du conte de fées Romani Design

La marraine de ce conte de fées sexy et haut en couleurs, Erika Varga, fondatrice de Romani Design, explique que « [sa] mission est d’augmenter le prestige des communautés Roms, et par conséquent de les valoriser. Je fais partie de ces Roms qui revendiquent leur identité et en sont fiers, tandis que d’autres tentent de la cacher par tous les moyens – ceux-là sont malheureusement les plus nombreux. Je veux leur montrer qu’il existe une nouvelle identité Rom, libérée ».

Erika contribue à construire cette identité depuis l’obtention de son diplôme en ethnographie.  En 1999, elle fonda la Fondation Amaro Trajo (« Notre Vie ») pour la Culture Rom ; depuis 2004, elle organise également des ateliers d’ethnographie Rom à destination des enfants et parcourt les communautés Roms à travers le pays. Démarrée en 2009 avec la création de Romani Design, son activité de confection demeure à ses yeux un puissant médian pour partager son message.

“Cette marque m’aide à faire entendre ma voix, tandis que les tenues parlent d’elles-mêmes », explique-t-elle. « Elles génèrent un dialogue parmi la société quant à la vie des Roms. Dorénavant, l’ambassadrice américaine et de célèbres actrices portent des tenues Roms ; peut-être que de jeunes Roms les verront à la télévision et commenceront à voir le côté positif de leur culture ».

"Je ne sais pas coudre…"

"… et mes collègues non plus”, explique Erika lorsqu’il est question de couture. “La couture requiert des connaissances complexes; nous sommes tous à des étapes différentes de ce processus, et encore en apprentissage ».

Alors qu’elle employait 6 personnes à ses débuts, Romani Design engage aujourd’hui entre 9 et 12 personnes, en fonction du nombre de stagiaires. Hormis les sœurs Varga, Erika et Heléna, 5 autres femmes Roms et non Roms travaillent continuellement pour le studio de mode. Toute la famille est impliquée dans Romani Design : Erika dessine les vêtements, sa sœur Heléna est responsable des accessoires, leur mère Margitka crée des poupées Roms – tout le monde trouve sa place dans ce conte de fées.

Quelques-unes des poupées Roms ont trouvé acquéreurs lors d’une vente aux enchères caritative pour l’UNICEF. Mais aux yeux d’Erika, le changement social ne viendra pas de ce genre d’événements.  Elle préfère ainsi offrir un emploi à ceux qui en ont besoin. Aussi longtemps que Romani Design existera, la Fondation Amaro Trajo demeurera impliquée dans les programmes de couture éducatifs. En 2013, elle prit part au programme européen d’un an entre la Hongrie et la Slovaquie, transformant 15 stagiaires Roms et non Roms en couturiers. L’opération fut renouvelée l’année suivante avec 4 nouveaux stagiaires pendant 6 mois, et fut cette fois-ci financée par leurs propres moyens.

“Ce n’est qu’en 2015 que nous nous sommes réellement concentrés sur notre business, alors que nous étions auparavant davantage concentrés sur la transmission de notre message social. Tant que le message restera fortement associé à notre marque, nous serons en mesure de voler de nos propres ailes », affirme Erika, faisant référence au prochain défi de Romani Design, devenir financièrement indépendant.

"Ces deux dernières années, nous étions heureux d’exposer notre message partout où les gens nous invitaient gratuitement – désormais, nous demandons toujours à être payés. Cependant, 50-60% de nos dépenses sont financées par la Fondation ERSTE, programme auquel nous prenons part. Notre intention est d’abaisser ce pourcentage grâce à l’établissement d’un business viable – la Fondation nous aide en cela ».

L’inspiration Romani

Romani Design est la seule initiative en Europe qui utilise la mode comme médian pour le développement communautaire des Roms – selon les recherches effectuées par Erika et ses collègues. Le système est néanmoins prêt à être bâti, et a déjà incité des organisations hongroises en Slovaquie et en Roumanie à mettre en œuvre la « méthode Romani » - soit en recourant à la confection pour évoquer la culture Rom. 

Le buzz est aussi puissant en Hongrie qu’à l’étranger – de plus en plus d’organisations contactent Romani Design dans l’espoir d’une coopération. « Des demandes nous parviennent tous les jours », déclare Erika, « les écoles viennent nous rendre visite. De jeunes Roms comme non Roms nous réclament des tenues pour des représentations publiques. C’est une joie pour moi de les leur offrir – à condition qu’ils les portent eux-mêmes ! ».

Erika évoque un jeune chercheur d’origine Rom, qui a choisi de revêtir une veste Romani lors d’une conférence à l’Académie Hongroise sur l’identité Rom moderne. Des bénévoles de Bagázs – la plus grande association hongroise travaillant pour l’intégration des Roms vivant dans la plus grande pauvreté – ont également eu la chance de porter des vêtements Romani.

Le prestige Rom

Le studio Romani Design est situé dans un ancien immeuble d’un quartier éloigné de Budapest, où Erika vit avec son mari et son chien. « Le studio avait besoin d’un plus grand espace », justifie-t-elle, « en outre, nous avions quelques soucis avec le voisinage, dans le centre. Ils nous aimaient beaucoup, mais ils ont pris peur lorsque 6 élèves gitans ont monté les marches pour visiter notre studio ».

Parallèlement aux pièces raffinées créées dans ce studio, le label prévoit de lancer une collection de vêtements plus accessibles, dans une gamme de prix allant de 70 à 100 euros – la rendant plus abordable à la classe moyenne hongroise. « L’argent ne doit pas être un obstacle. Si quelqu’un désire porter du Romani et ne possède que 50 euros, nous lui confectionnerons une pièce pour 50 euros », explique Erika.

Pendant ce temps, Erika et Heléna nous montrent fièrement leur nouvelle collection de sacs, entièrement dessinés par Heléna. Ce design particulier a été réalisé à l’aide d’une machine repérée lors d’un salon du design à Berlin. Le tissu, acheté en Inde, est entassé sur des étagères. Garnies de succès et aux projets ambitieux, les femmes Roms aux sourires fiers peuvent dorénavant prendre la pose devant l’objectif.

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This article was published by our local team at cafébabel Budapest.